C’est le bras de fer aux Guillemins

MOREL,PIERRE

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Mercredi 11 août 2010

Liège La nouvelle dispute SNCB-Ville suscite la colère des riverains

Les informations du Soir (le 5 août) sur la (nouvelle) discorde entre la SNCB et la Ville de Liège au sujet de l’aménagement des abords de la gare des Guillemins ont suscité un vif émoi à Liège. Pour rappel, à quelques semaines du début des travaux d’aménagement de la place devant la gare, voici que la SNCB, propriétaire d’une partie des terrains, s’y oppose, estimant que ses pelouses doivent être conservées. Au risque d’entraîner un nouveau retard dans un dossier qui a déjà dû être reporté de… trois ans à cause des travaux de la gare. Et qui doit être bouclé avant 2014 pour conserver le financement européen.

« Il n’y a pas d’accord entre nous et la Ville de Liège, c’est tout, assène Jean-Claude Fontinoy, président de la SNCB-Holding et d’EuroLiège TGV, constructeur de la gare. Nous n’avons jamais été d’accord avec leur projet. Ils ont obtenu un permis d’urbanisme sur des terrains qui ne leur appartiennent pas. »

Réactions outrées

« EuroLiège TGV a participé à des dizaines de réunions de travail pour développer le projet de place, j’ai des tas de PV, adoptés par eux, qui attestent leur engagement dans ce projet, s’étrangle Daniel Dethier, architecte de la place. D’ailleurs, quand ils ont réalisé les aménagements sous la casquette de la gare, ils l’ont fait en respectant les cotes et mesures que nous avions fournies pour assurer la continuité avec la place. Il est fallacieux de déclarer aujourd’hui qu’ils n’étaient pas d’accord ou pas au courant. »

Réaction tout aussi outrée dans le quartier, où la plate-forme Guillemins.be, qui regroupe six comités de quartier et associations s’est fendue d’un communiqué assassin : « Cette attitude irresponsable décrédibilise la SNCB comme institution publique capable d’œuvrer pour le bien commun. (…) Une gare de chemin de fer, en tant qu’équipement public collectif, doit être au service de la ville et ses usagers et non l’inverse. (…) Le respect de la propriété privée, aujourd’hui invoqué comme un talisman (…) ne semblait pas préoccuper autant la SNCB lorsqu’elle a exproprié sans motif valable d’importants terrains dans le seul but de capter la plus-value foncière générée par la gare. »

Et maintenant ? Le bourgmestre Willy Demeyer (PS) observe une prudence de Sioux, assurant qu’une « solution sera trouvée » et que les travaux débuteront en septembre comme prévu. Au besoin, forte de son permis d’urbanisme (obtenu de la Région en 2009), la Ville peut exproprier la SNCB. C’est bien dans cet ordre-là que se font les choses. Mais cela rallongerait encore les délais. À quand un retour au calme dans ce dossier pollué par de vieilles rancœurs ?

La gare qui voulait rester une carte postale

Commentaire

Ça tourne au vaudeville. Pour contester que des bus passent devant « sa » gare, le boss d’Euro Liège TGV, Vincent Bourlard, déclarait (06/08) à La Meuse : « Vous la voyez prise en photo avec sans cesse des bus devant ? » Voilà. Pour un directeur de la SNCB, entreprise publique de transports publics, la gare de Liège n’est pas un outil de développement du transport en commun ou de confort des usagers, mais un monument pour les touristes. Poussons le raisonnement : et si on interdisait la gare aux navetteurs qui, tout de même, ne font pas joli sur les photos ?

La pauvreté des arguments de la SNCB et sa mauvaise foi dans ce dossier (le projet de place qu’elle conteste est connu depuis… 2002 !) cachent mal la probable vérité : elle se fiche pas mal de ses pelouses. Vexée que son projet de Cité des Finances, rue du plan incliné (mal ficelé mais plus pertinent que la tour choisie, pour beaucoup d’intervenants), n’ait pas été retenu, elle a entamé un bras de fer qui concerne surtout ses autres propriétés foncières dans le quartier, nettement plus valorisables que les fameuses pelouses.

Désormais, il est sans doute temps que la Ville de Liège montre les dents. Car n’en déplaise à M. Bourlard, son monument a été construit en expropriant des centaines de Liégeois. Ils ont droit à un cadre de vie. Pas à une carte postale.