Le réveil de la Fête-Dieu divise

GUTIERREZ,RICARDO

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Jeudi 3 juin 2010

Liège La restauration de la procession enchante les milieux conservateurs

C’est une résurrection !… Tombée en désuétude, depuis les années 1970, la Fête-Dieu va faire sa réapparition dans les rues de Liège, samedi. Peu banal, le retour de cette procession de dévotion, où des fidèles n’hésitent plus à revendiquer leur foi, défilant, bannières dressées, derrière l’hostie consacrée.

Certains y verront l’effet du catholicisme décomplexé que prône le nouvel archevêque de Belgique, André Léonard. D’autres n’y percevront qu’un événement marginal, « survendu » par quelques groupes traditionalistes minoritaires.

De fait, on retrouve, au rang des organisateurs, l’abbé Jean Schoonbrodt, le prêtre en soutane qui préside la messe en latin, à l’église du Saint-Sacrement, boulevard d’Avroy, à Liège. Mais l’initiative elle-même est issue du Comité de la Lune Barrée, groupe informel animé par Jean Hermesse, anthropologue et professeur de religion qui s’inscrit dans le courant « restaurationniste » prôné par André Léonard et le pape Benoît XVI, dans un esprit de reconquête, d’affirmation assumée de la foi catholique.

La procession se tiendra ce samedi 5 juin. Dès 15h30, les fidèles, leurs bannières et le trône de la Vierge, partiront de la statue équestre de Charlemagne pour remonter la rue des Augustins, traverser le parc du Jardin botanique, puis descendre la rue du Jardin botanique, retrouvant le boulevard d’Avroy et l’église du Saint-Sacrement, où se tiendra, dès 17 heures, une messe grégorienne célébrée par Michel Dangoisse, doyen des chanoines de la cathédrale de Namur.

L’évêque réservé

Bien que la manifestation ne soit pas montée par la frange intégriste de l’Eglise (les Lefébvristes de la Fraternité Saint-Pie X), l’évêque de Liège, Aloys Jousten, interrogé par nos confrères de La Meuse, a tenu à prendre ses distances : « Face à cette initiative, j’ai des réserves, car je pense qu’elle est de nature à diviser plutôt qu’à réunir ».

« C’est une opinion personnelle qui ne nous étonne pas, réagit Jean Hermesse. Ceci dit, nous avons prévenu l’évêché dès le mois d’avril et avons obtenu l’autorisation officielle du doyen Bodson, au nom de l’évêque. Face à la logique de l’enfouissement, qui invite le fidèle à être comme le levain dans la pâte, nous préférons l’affirmation honnête et franche de notre foi. Mais nous ne prônons pas pour autant la division : il y aura parmi nous des charismatiques, des traditionalistes de la Fraternité Saint-Pierre, voire pourquoi pas des Lefébvristes ? »

HISTOIRE

La vision de Julienne

La Fête-Dieu a été célébrée pour la première fois à la collégiale Saint-Martin de Liège, en 1251. La célébration est née des visions mystiques d’une religieuse, Julienne, orpheline de Retinne, confiée à la léproserie de Cornillon.

À plusieurs reprises, dès 1209, Julienne a la vision d’une lune barrée par une bande noire… Révélation, pense-t-elle, de l’absence, au calendrier liturgique, d’une fête célébrant l’eucharistie, le « Saint Sacrement ».

Élue prieure, en 1222, elle mène un lobbying intensif pour établir la Fête-Dieu. L’évêque de Liège ne finira par l’instituer officiellement qu’en 1246. Et il faudra encore attendre cinq ans pour qu’elle soit enfin célébrée, à Saint-Martin, les bourgeois de la cité s’opposant à ce jour supplémentaire de jeûne. Face à l’adversité, Julienne de Cornillon fut contrainte à l’exil, de monastère en monastère, jusqu’à sa mort, le 5 avril 1258, à Fosses-la-Ville.

En 1264, le pape Urbain IV (qui fut archidiacre de Liège) universalisera la célébration, qui s’implantera dans toute l’Église au début du XIVe siècle. À Liège, la Fête-Dieu tombera en désuétude dans les années 1970.