A la Citadelle en téléphérique ?

MATRICHE,JOEL; DE BAST,ANNE-CATHERINE

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Mardi 13 mars 2012

Liège Les responsables de l’hôpital demandent une étude de faisabilité

A Lisbonne, Grenoble ou Portland, on prend le téléphérique comme le bus. À Liège, l’association urbAgora, groupe de réflexion sur l’urbanisme et la mobilité dans la Cité ardente, a proposé il y a quelques années de mettre en place une structure similaire entre le quartier Saint-Léonard et le Centre hospitalier de la Citadelle. L’idée a fait sourire, mais elle a fait son chemin… À tel point qu’aujourd’hui, les responsables de l’hôpital la cautionnent et cherchent à la concrétiser. « Il y a de nombreux problèmes de mobilité autour de l’hôpital, constate Marie-Claire Lambert, présidente de la Citadelle. Un téléphérique, en liaison avec le tram, permettrait d’en résoudre une partie, tout en développant l’attrait touristique de la ville. »

Chaque jour ouvrable, 7.000 personnes fréquentent l’hôpital. L’idée serait d’implanter une station dans le quartier Saint-Léonard, sur la place des Déportés ou sur la place Vivegnis pour favoriser la correspondance avec d’autres moyens de transport. Les travailleurs, patients et visiteurs du CHR pourraient accéder à la Citadelle sans devoir faire le détour par la place Saint-Lambert. Le week-end, les aires de stationnement de l’hôpital pourraient servir de parking-relais aux touristes qui feraient alors le chemin inverse à bord du funiculaire pour rejoindre le centre-ville.

« Les coteaux déterminent la façon dont Liège s’organise, constate François Schreuer, président d’urbAgora. Un téléphérique permettrait de relier la ville aux plateaux qui l’entourent. La question doit être posée maintenant, dans le cadre du débat sur le tram et sur le REL, réseau express liégeois. L’enjeu est de mailler le réseau des transports publics, ce téléphérique est une connexion qui manque. » Pour le mettre en place, il faudrait débloquer un budget de 10 à 15 millions d’euros. « Mais ce n’est pas grand-chose par rapport au budget du tram, pour un outil peu énergivore et relativement performant. »

Le CHR a pris contact avec la Ville et la Province, intéressées par l’attrait touristique de l’engin, notamment dans le cadre de Liège Expo 2017. La Citadelle a également demandé à la Région wallonne de réaliser une étude de faisabilité.

Seul, c’est sûr, le téléphérique ne permettrait pas de désengorger le quartier. Mais le CHR a déjà dégagé 100.000 euros pour promouvoir l’utilisation des transports en commun par le personnel. Un plan de mobilité a été mis en place rue Sainte-Walburge pour favoriser la fluidité de la circulation. Et dans les prochains mois, travailleurs, patients et visiteurs devraient pouvoir stationner sur le parking du Kinepolis de Rocourt afin de rejoindre la Citadelle par navettes.

Une exposition et une rencontre-débat

Pour donner plus de poids au projet

, les responsables de la Citadelle souhaitent que les Liégeois se l’approprient. Deux actions ayant pour but de lancer une réflexion sur le sujet seront organisées prochainement par le PAC et urbAgora. Une exposition se tiendra les samedi 17 (de 14 à 18 h) et dimanche 18 mars (de 11 à 15 h) à la Brasserie Haecht, rue Vivegnis, 253 (vernissage le mercredi 14 mars à 18 h). Une maquette du projet sera exposée, accompagnée de panneaux didactiques faisant le point sur les téléphériques en général, la mobilité autour de la Citadelle, dans le quartier Saint-Léonard et à Liège. Le projet, considéré comme un attrait touristique, sera également mis en relation avec Liège expo 2017. Une rencontre-débat se tiendra le 21 mars à 20 heures avec des experts, des politiques et des habitants du quartier au Théâtre Le Moderne, rue Sainte-Walburge, 1.

Infos au 04-221.42.10 ou sur le site www.telepherique.be

Au 19e siècle, un projet de transport suspendu Vers 1860, alors que la révolution industrielle bat

Au 19e siècle, un projet de transport suspendu

Vers 1860, alors que la révolution industrielle bat son plein, que la ville s’agrandit, que les moteurs à pétrole grignotent dans le râtelier des hippomobiles, la population et ses élus croient à l’urgence d’ouvrir de nouvelles voies carrossables vers les hauteurs de Liège. La Citadelle, mal desservie, est vite montrée du doigt, les mandataires rêvent d’y adosser un funiculaire : adieu crampes et pointes au cœur, le voyageur n’aura qu’à se poser dans un des wagons pour aussitôt se faire tracter, presque téléporter, jusqu’au sommet de la colline.

Le funiculaire s’engouffrerait dans un tunnel long de plusieurs dizaines de mètres, rejoindrait la surface et poursuivrait sa route jusque Sainte-Walburge. En fin de course, ce chemin de fer à plan incliné, profitant d’un pont en moellons haut de dix mètres et large de cinq, enjamberait les nouvelles voiries et les nouveaux lotissements que l’on projette de construire. Le projet sera adopté, mais pour construction ultérieure au conseil communal du 17 décembre 1894.

Est-ce parce qu’il était trop cher ? Que sa rentabilité n’était pas promise ? Qu’il risquait de fragiliser les maisons que l’on se réjouissait de construire à flanc de colline ? Les autorités publiques remettront finalement en cause l’opportunité de se lancer ainsi à l’assaut de la colline. Quelques variantes seront bien ébauchées, dont un départ de la rue Hors-Château, au pied de la Montagne de Bueren, mais sans récolter le succès escompté.