Liège, « planète foot »

CONRAADS,DANIEL

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Mardi 29 avril 2008

Football La nouvelle jeunesse du plus ancien des clubs wallons

Année historique pour le sport liégeois. Après le Standard, les « Sang et Marine » sont champions.

Une semaine après le titre de champion de Belgique du Standard, les chants de victoire des fans de foot ont, à nouveau, retenti, dimanche soir, dans le cœur historique de Liège. Ces supporters ivres de joie étaient certes nettement moins nombreux que les dizaines de milliers d’adulateurs des Standarmen qui, le 20 avril, ont transformé la place St-Lambert et ses abords en « place rouche ». Ils étaient un millier tout au plus à s’être amassés autour de l’hôtel de ville et du Perron. Ils scandaient d’autres des cris et d’autres slogans : « Quaranta, Quaranta…, Merci Rapha, Merci Rapha… ». Et ils exhibaient des drapeaux rouge et bleu pour fêter l’événement. Bien évidemment, la performance des joueurs entraînés par Raphaël Quaranta (un des fidèles parmi les fidèles du club puisqu’il y a disputé 454 matches sous la casaque « rouge et bleu ») s’avère plus modeste. Les Liégeois n’ont, en effet, décroché « que » le titre de champion de division 3B qui les repropulsent dans l’antichambre de l’élite du foot belge après une descente aux enfers qui a failli se solder par leur radiation pure et simple (lire ci-contre). Leurs prouesses et celles de leurs voisins de l’autre rive de la Meuse viennent cependant de permettre à la Cité ardente de connaître son plus grand cru footballistique depuis qu’on y taquine le ballon rond, c’est-à-dire

depuis 116 ans. Jamais, en effet, dans son histoire sportive, Liège n’avait vu ses deux clubs phares être sacrés champions lors de la même saison !

En s’imposant 0-3 à Verviers, le FC Liège a aussi grappillé une parcelle non négligeable de cette liesse populaire que son « cadet » de Sclessin avait déclenché sept jours plus tôt. « Liège c’est nous Olé, Olé. Liège, c’est nous Olé Olé », clamaient dimanche soir les aficionados des « Sang et Marine ». Une manière de souligner que le « Great Old » comme l’appellent toujours ses fans est avec son matricule 4 le plus ancien club de Wallonie (NDLR : les « gamins » du Standard portent le matricule 16) et qu’il reste donc le pionnier de l’aventure du foot en terre liégeoise

Dimanche lors du match contre Visé, le RFC Liège fêtera dignement ce titre qu’il espère être celui d’une renaissance durable Un match qui, autre première, devrait, retransmis en direct ou en léger différé par RTC-Télé Liège si elle obtient l’accord de l’Union belge de foot.

P.33 L’avis du président

Enfin la fin de treize ans de malheur ?

Avec son matricule 4, le RFC Liège n’est pas seulement le plus ancien club de Wallonie. Il s’est aussi forgé un des palmarès les plus enviables du foot belge : cinq titres de champion de Belgique, trois de vice-champion, une Coupe de Belgique et neuf participations à des coupes européennes dont des matches contre Arsenal, Benfica et la Juventus. En 116 ans d’existence, la vie du patriarche du foot wallon n’a rien eu d’un long fleuve tranquille. Dès le milieu des années nonante, il a connu une longue et douloureuse saga, dont les épisodes n’avaient pas toujours grand-chose à voir avec le sport. Depuis 1995, son parcours a, en effet, surtout pris les allures d’une descente aux enfers dont nous vous relatons les épisodes les plus marquants en puisant dans les archives de l’ASBL « Foot 100 » de Bruno Dubois (1). Beaucoup parmi ses supporters espèrent que le titre conquis dimanche va marquer la fin de ces 13 ans de malheur.

Dernière séance à Rocourt. Le 26 novembre 1994, Liège dispute contre le CS Bruges une rencontre qui se termine par un insipide 0-0. Il s’agira là de sa toute dernière prestation au stade de Rocourt où il évoluait depuis 1921. Pour des raisons de sécurité, le stade est, en effet, jugé inapte à accueillir des matches. Cette décision étonne les supporters qui ne manquent pas de faire remarquer que, quelques mois plus tôt, Rocourt a servi de décor à une rencontre de coupe d’Europe du FC Bruges dont le stade avait été suspendu par l’UEFA. Cette décision oblige les « Sang et Marine » à jouer quatre matches de championnat à Eupen et six à Sclessin.

Relégation. Cette situation nuit évidemment aux performances de l’équipe qui termine lanterne rouge en D1 et est reléguée en D2. En réalité la chute sera encore plus brutale. Le club qui avait aussi été mis en faillite en 1995, avait opté pour une fusion avec Tilleur, et le RTFCL né de ce « mariage » choisit d’évoluer au stade de Buraufosse. Le « hic » c’est que l’Union belge de foot refuse de valider cette fusion et sanctionne le RFC Liège en le rétrogradant en D3 !

Le clan des Siciliens. De 1995 à 2000, le club évolue à Buraufosse. Il y connaît une très brève embellie, en remportant le championnat 1995-1996 de D3 et remonte en D2 où il va végéter plusieurs années. Lors de la saison 97-98, il connaît un des chapitres les plus nébuleux de son histoire. Des investisseurs siciliens en prennent le contrôle et font miroiter de grands projets qui ne se concrétiseront jamais. La suite de la saga se fait particulièrement sombre. Il n’y est pratiquement plus question de sport, mais de conflits de personnes, de recours devant les tribunaux, de litige avec l’Union belge.

De Tilleur à Seraing. En 2000, le « Great Old » se tape un nouveau déménagement. Il quitte Buraufosse, qui doit être rénové, pour le Pairay, à Seraing. L’été 2003 s’avère particulièrement noir pour le RFC Liège. L’Union belge lui refuse sa licence et le rétrograde en D3 avec trois points de pénalité au départ du championnat. Avec un tel handicap, il lutte pour éviter la relégation en promotion à laquelle il est condamné après sa défaite lors du match de barrage contre le White Star Woluwe.

Promotion à Ans. En 2004-2005, le club se contente d’une place modeste dans la deuxième partie du classement en promotion. La saison suivante, il s’y montre plus performant puisqu’après quatre matches de barrage, il retrouve la D3. Après une nouvelle campagne de transition (ils terminent en douzième position), les élèves de Quaranta viennent donc de regagner la D2.

(1) Avec Thierry Evens et Philippe Leruth, Bruno Dubois est coauteur de RC Liégeois, La Jeunesse centenaire.