LIEGE Rues du Palais, des Mineurs et Hors-Château: les commerçants crient au secours Riverains cherchent dialogue pour agencer les travaux

RENETTE,ERIC

Page 13

Lundi 14 février 2000

LIEGE Rues du Palais, des Mineurs et Hors-Château: les commerçants crient au secours Riverains cherchent dialogue pour agencer les travaux

Révolution de palais dans la rue du même nom. Avec des chiffres d'affaire en chute libre depuis plusieurs mois, les commerçants encaissent mal la fermeture de la rue au trafic pour cause de travaux. Et surtout de n'avoir pas été prévenus.

Depuis quelques années, cette petite rue encaquée derrière le palais des Princes-Evêques sortait de la grisaille grâce à l'installation de nouveaux commerces. Pour les clients qui n'habitent pas Liège, ce n'est déjà pas facile de trouver la rue du Palais normalement, alors maintenant..., remarque la modiste Delphine Quirin (Tête en l'air). Il faut être bien renseigné pour savoir qu'elle est accessible, en voiture, dans le sens inverse du trafic habituel. L'amertume est plus grande, encore, chez Valérie Charon (De Là-bas et d'ailleurs) qui se voit contrainte de «liquider» son magasin. En fait, les travaux ont commencé en mai 1999 avec la réfection de la place du Marché et de la rue Feronstrée. Depuis, j'ai perdu entre 50% et 70% de mon chiffre d'affaires. Pour tenir le coup, j'ai dû demander un crédit bancaire supplémentaire. Et puis en janvier, sans que personne ne soit prévenu, on ferme carrément les rues du Palais, des Mineurs et le bout de Hors-Château. Comme mon commerce fonctionne notamment avec les gens qui y prenaient le bus ou qui y trouvait un parking (aujourd'hui fermé)... Quand on se renseigne, on nous dit que ça va durer trois mois supplémentaires. Si j'avais été prévenue, j'aurais sans doute fermé mon magasin plus tôt et j'aurais essayé d'ouvrir ailleurs. Maintenant, à 32 ans, je me retrouve avec des dettes que je n'ai pas envie de traîner pendant 20 ans... Qu'on fasse des travaux, je comprends. Et c'est vrai que ce sera mieux après. Mais en attendant, on a vraiment suicidé le quartier. Décidée à ne pas se laisser faire, la commerçante a introduit une action en justice contre la ville. Les autorités communales, précisément, renvoient la responsabilité du manque d'information vers les intercommunales responsables des travaux. Toutefois, celles-ci auraient été sommées d'accélérer les travaux, quitte à travailler de nuit, afin que la rue soit à nouveau ouverte à la circulation pour la fin février, début mars au plus tard. La fin des travaux d'aménagement sera postposée et s'intégrera dans la réfection de la rue Hors-Château.

Pas plus au courant de ces réactions que des décisions préalables, les commerçants du quartier se sont réunis le 8 février dernier. Nous avons décidé de demander aux intercommunales qui font les travaux d'être compréhensives envers les retards de paiements (eau, gaz) des commerçants du quartier, explique Christian Gérard (Trésors de Wallonie). Et de requérir de la ville la création d'un fonds d'aide qui permettrait des prêts sans intérêt aux commerçants qui doivent nouer les deux bouts, d'exiger une solidarité après travaux qui se traduirait par des mesures d'animation commerciale du quartier et d'information auprès des clients potentiels et, enfin, que la ville exonère les commerçants locaux des taxes communales sur les enseignes, les terrasses...

D'une manière plus globale, pour une partie des riverains, le manque de dialogue et de coordination des travaux qui frappe la petite rue du Palais semble assez symbolique de ce que subit le centre-ville depuis quelques mois. Et comme disait l'un d'eux, pour certains, le centre-ville s'arrête à l'îlot Saint-Michel...

É. R.