RENETTE,ERIC
Mardi 12 janvier 1999
LIÈGE Un projet bilatéral dessiné par des Africains et la Fédé, à l'Université Des étudiants dans la ronde de la coopération
Il n'est jamais trop tôt pour entamer des coopérations. Alors que les relations traditionnelles entre universités et pays en voie de développement sont généralement le fait de services scientifiques ou d'associations plus ou moins spécialisées, le projet de voyage académique et culturel porté par des étudiants de l'université de Liège se révèle assez original.
Parce qu'il émane directement d'étudiants qui ont décidé de favoriser, à leur niveau, les relations entre l'université et différents pays africains. Ils veulent à la fois aider des étudiants d'ici à mieux comprendre la réalité africaine et «exporter» l'image de la Belgique. Évoquée lors d'une rencontre du recteur avec les cercles étudiants, cette «prise en main» d'une coopération a été relevée par l'union des étudiants africains (UEA) et le cercle des étudiants africains en droit (CEAD), avec le soutien de la Fédération des étudiants et des autorités académiques.
Concrètement, le projet consiste à mettre sur pied un voyage d'une quinzaine de jours pour trente étudiants volontaires de toutes les facultés, recrutés par affichage. Mais, pour reprendre l'expression des organisateurs, il ne s'agit pas de passer quinze jours à la plage et d'organiser un voyage «clé en main» . Amateurs de confort, s'abstenir.
Une première destination a d'abord été sélectionnée: la Côte d'Ivoire. Un pays où l'ULg est peu présente (il y a eu quelques programmes de coopération scientifique en électricité, en médecine vétérinaire, pour la protection des parcs nationaux...) et qui est peu présent à l'ULg (une dizaine d'étudiants). Au programme: des activités académiques et protocolaires (visite de l'université d'Abidjan, d'écoles de différents niveaux, rencontre avec les professeurs et les élèves...) mais aussi et surtout la découverte d'un pays, de sa population (logement chez les habitants) et des actions «sociales» (dons de livres, de matériel didactique, visites de centres, aide à des chantiers...). Chaque étudiant liégeois sera porteur d'un axe, d'un thème, qu'il tentera de développer sur place.
A plus long terme, les organisateurs du voyage veulent que leurs actions servent de bases pour des relations plus durables entre l'ULg et les régions visitées. Ils espèrent ainsi que d'autres échanges suivront, entre professeurs par exemple mais aussi, pourquoi pas, avec des entreprises liégeoises.
Ils voudraient également que le mode de fonctionnement qu'ils sont en train de créer devienne permanent et que d'autres, après eux, poursuivent leurs objectifs. Au bout du compte, les promoteurs espèrent que leur mouvement servira de base à un réseau de relations entre l'université liégeoise et l'ensemble de l'Afrique. Un rêve? Lorgnant sur le Congrès des étudiants européens, Philippe Yengue et Seri Zokou se disent que tout est à faire et qu'il n'y a pas de raison de priver les étudiants de modes de coopération nouveaux, adaptés à leurs moyens et à leurs envies. Il n'est jamais trop tôt pour s'ouvrir l'esprit, pour chercher à comprendre et à aider.
É. R.
Le nerf de la guerre... et les demandes d'aide
Au-delà des intentions, pour généreuses qu'elles soient, il y a la réalité. Pour les étudiants liégeois qui désirent se rendre en Côte d'Ivoire (le voyage est initialement prévu pour février), elle débute avec la nécessaire collecte des moyens. Si des soutiens ont été obtenus auprès des autorités académiques liégeoises, auprès de l'ambassade et des autorités de Côte d'Ivoire, il faut aussi, avant tout, rassembler les espèces sonnantes et trébuchantes qui ouvrent les portes au voyage. Ils ont commencé par vendre des boissons à la Saint-Nicolas des étudiants, puis ils ont commercialisé une carte postale, ils organisent deux soirées de récolte de fonds (une le 28 janvier pour la fin des partiels et une le 4février sur le mode tropical) (1), ils veulent également vendre des T-shirt... D'ores et déjà, la trentaine de participants sait qu'elle devra mettre la main à la pâte pour payer une partie du vol d'avion (chaque étudiants doit trouver 25.000 F). Pour le reste, un appel vient d'être lancé à tous les sponsors possibles et imaginables afin de compléter le budget.
Mais ce n'est pas tout. Le côté «social» du voyage nécessite aussi différentes demandes. Les étudiants cherchent des livres et ouvrages généraux, scientifiques, d'histoire... qu'ils pourront offrir dans les différents centres pédagogiques qu'ils visiteront. Avis aux bibliothèques qui possèdent des doubles... Il en va de même pour du matériel didactique qui viendrait bien à point dans certaines écoles ivoiriennes. Bref, l'équipe liégeoise est confrontée aux mêmes besoins que toutes les organisations de coopération. Une manière, aussi utile que d'autre, de se confronter à la réalité.
É. R.
(1) Contact: Philippe Yengue et Seri Zokou, à la Fédé: 04-366.31.99.