Littérature - « Pince-mi et Pince-moi », de R. Rendell Qui survivra au naufrage ?

MAURY,PIERRE

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Samedi 3 mai 2003

Littérature - « Pince-mi et Pince-moi », de R. Rendell

Qui survivra au naufrage ?

PIERRE MAURY

Au coeur de ce roman de Ruth Rendell, un peu reluisant personnage qui faisait souvent cette blague idiote : Pince-mi et Pince-moi sont dans un bateau. Pince-mi tombe à l'eau. Qu'est-ce qui reste ? Il était ainsi Jerry - ou Jock, ou Jeff, au gré de ses partenaires féminines - qui aimait l'humour répétitif. Comme Minty, qu'il appelait toujours Polo, du nom de ses bonbons à la menthe préférés.

Plus inquiétant : il a emprunté de l'argent - jamais remboursé - à toutes les femmes de sa vie. Puis, il a envoyé à quelques-unes une fausse information annonçant sa mort dans un accident, ce qui lui permet de chercher une autre pigeonne. Cela permet aussi à Zillah, la seule qu'il avait épousée, de se remarier, avec un ami d'enfance - un homosexuel dont la respectabilité de parlementaire conservateur se trouve renforcée par l'image du couple.

Malheureusement pour le fragile ordre des choses qui pourrait se mettre en place, Minty est à moitié folle, si l'on peut étiqueter ainsi son obsession maniaque de la propreté alliée à la certitude d'être entourée de fantômes effrayants. Dont celui de Jock, à l'air si vivant que Minty s'arme d'un couteau pour s'en défendre.

Le jour où elle fait disparaître le fantôme dans un cinéma, un certain Jeffrey est retrouvé mort au même endroit. Et l'enquête piétine. Mais à force de fouiner, policiers et journalistes découvrent des faits troublants : Zillah a été bigame, et son parlementaire de mari a une vie moins transparente qu'il n'y paraît...

L'enchaînement pourrait faire virer le roman au vaudeville. Mais sous l'anecdote, c'est le drame qui surgit dans l'angoisse, obligeant les personnages à se poser force questions sur eux-mêmes. Plusieurs destins basculent. Qui restera dans le bateau ?·

Ruth Rendell, « Pince-mi et Pince-moi », chez Calmann-Lévy, 420 pp., 20,99 euros.