Loin d’être futuristes, nos maisons sont déjà technologiques

MATHIEU,BENOIT

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Jeudi 25 février 2010

C’était il y a quinze ans, et on nous l’annonçait pour aujourd’hui, voire hier. La maison du futur, celle qui nous obéirait au doigt et à l’œil, anticiperait nos désirs. Tout ça grâce à la révolution technologique domotique. Aujourd’hui, eh bien, cette maison « intelligente », on l’attend toujours. « La “maison du futur” a beaucoup fait parler d’elle, soupire Georges Klepfisch, directeur des relations extérieures pour le Centre scientifique et technique de la construction (CSTC) et par ailleurs administrateur délégué du BCDI, le Belgian centre for domotics and immotics. Toujours avec un certain sensationnalisme. Téléphoner à sa maison afin de faire couler son bain, qui a envie de ça ? Le concept de domotique a souffert de cette image un peu ridicule, presque dangereuse. »

Si le mot a pâti de ces visions parfois farfelues, la technologie, elle, a continué à se développer. « On n’a pas dit que des bêtises, reprend Georges Klepfisch. Il y a vingt ans, on prévoyait qu’une maison pourrait vous accueillir dans un état souhaité : chauffage en marche, lumières allumées. Tout cela est possible : une chaudière en veille peut être réveillée par internet. En fait, une grande part de la domotique telle qu’on la définissait dans les années 90 est rentrée dans nos maisons. » Bien sûr, cela reste parfois un luxe, comme la gestion de l’éclairage ou la sonorisation des pièces. « Mais un luxe moyen de gamme. Par contre, ce qui touche à la sécurité et à l’automatisation est courant. Une porte de garage automatique, cela n’a plus rien d’exceptionnel ! »

Un phénomène de banalisation

Discipline jeune, évoluant rapidement dans un champ d’action mouvant, la domotique n’est pas aisée à définir. « Il s’agit d’un ensemble de fonctions qui sont offertes aux utilisateurs de maisons, individuelles ou collectives. » Aussi diverses qu’elles soient, ces fonctions peuvent toutefois être groupées autour de trois grands axes, note Georges Klepfisch : sécurité, confort, gestion. « En soi, rien de neuf. La domotique n’a pas inventé la lumière ou le chauffage. Mais elle gère le tout en évitant que cela ne devienne le capharnaüm. »

Est-elle vraiment déjà dans nos murs ? « Mais oui ! Prenez une clef d’hôtel, sous la forme d’un badge qui gère les lumières et éteint tout quelques minutes après qu’on l’a retiré de son boîtier. A l’heure actuelle, plus personne ne s’étonne de voir de l’eau couler d’un robinet lorsque l’on passe ses mains devant. Le souci de la domotique, c’est qu’elle souffre d’une forte banalisation. Tout ce qui est accepté et courant n’est plus vu comme technologique. On ne s’y arrête plus, c’est devenu normal. Cela n’en reste pas moins de la domotique. »

Voilà maintenant une dizaine d’années que l’on ne fantasme plus sur la « maison du futur ». Maintenant qu’elle a gagné en sagesse, quel est le futur de la domotique ? « Le point de départ de tout, c’est l’utilisateur, rappelle le patron du BCDI. Les possibilités sont telles, on peut mettre des senseurs partout. Il faut voir ce qui est souhaitable, ce qui se justifie économiquement et partir des besoins de l’utilisateur. » Georges Klepfisch identifie en tout cas deux défis majeurs à relever pour la domotique.

Un : le souci écologique. « Je pense récupération de l’eau, filtrage, gestion énergétique. Les réglementations ne feront qu’aller plus loin. Peut-être sera-t-il interdit, d’ici dix ans, d’user d’eau potable dans les toilettes. Voilà qui accentuera le besoin de gestion. De gadget à ses débuts, la domotique deviendra peut-être indispensable. »

Deux : le vieillissement de la population. « Le tout est de savoir si sa maison est capable de communiquer ou pas. A l’heure actuelle, les personnes âgées désirant faire l’objet d’un minimum de surveillance doivent se contenter de ce vilain bouton pressoir qu’elles actionnent en cas de besoin. Si, plus tard, elles disposaient d’une sorte de smartphone qui, en plus, pose certaines questions ? Du genre : avez-vous bien pris vos médicaments ? En fonction des réponses, divers scénarios, allant en crescendo, pourraient être imaginés. Ici, on dépasse le seul domaine de la technologie, la question est aussi sociologique, voire philosophique : que veut-on ? Jusqu’où une personne peut-elle être assistée ? Certaines choses, difficilement acceptées aujourd’hui, seront peut-être devenues normales dans 20 ans ? C’est aussi une question d’habitude. Rares sont les personnes âgées qui ont déjà commandé un repas par téléphone ; les jeunes, eux, y sont habitués. En domotique, finalement, l’équation est simple : plus votre maison sait communiquer, plus elle peut rendre de services. »