Louis De Poortere veut se séparer de 380 travailleurs Emplois au tapis à Mouscron

DETAILLE,STEPHANE

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Vendredi 26 février 1999

Louis De Poortere veut se séparer de 380 travailleurs Emplois au tapis à Mouscron

La direction de la société textile Louis De Poortere (LDP), spécialisée dans la fabrication de tapis «haut de gamme», a présenté hier au conseil d'entreprise un plan de restructuration qui devrait susciter la supression de 383 emplois: 264 ouvriers et 119 employés. Soit plus du tiers des effectifs occupés par l'entreprise à Mouscron (siège social) et à Aalbeke, son siège d'exploitation flamand.

La nouvelle a consterné le personnel même s'il était devenu évident, ces derniers mois, que LDP filait un très mauvais coton. Depuis 1993, explique Eric Smet, le (nouveau) directeur général, les activités de la société n'ont cessé de se dégrader suite, notamment, à l'augmentation de la concurrence sur le marché de la moquette.

Ainsi, depuis 1993, le chiffre d'affaires a baissé de plus de 20% - environ 4,8 milliards en 1997 - avec une érosion plus que proportionnelle des marges bénéficiaires. Selon un audit sur les deux métiers de base de l'entreprise, seule l'activité du «tissé» demeurait rentable: l'activité «tuft» - les fibres pressées sur un support de mousse - s'avérait lourdement déficitaire . C'est dans ce secteur, qui occupait encore 300personnes, que la restructuration sera la plus dure.

REVENIR AU «HAUT DE GAMME»

Jusqu'il y a peu, pourtant, le groupe caressait encore le rêve de devenir le leader belge du tapis tufté grâce à la mise en oeuvre d'un plan baptisé «Power house». Ce plan prévoyait de transférer vers Aalbeke plusieurs machines à tufter en provenance de Châteauroux, le site d'exploitation du groupe Balzan, devenu l'actionnaire majoritaire (1) de LDP Holding en 1997. Mais il apparut que LDP n'avait pas les moyens de financer le projet «Power house» qui devait générer une capacité supplémentaire de 12 millions de m 2 par an: si les actionnaires - dont la Sowagep qui détient 29% - souscrivirent à une augmentation de capital, les banques n'accordèrent que la moitié de la somme (520 millions) nécessaire à la mise en oeuvre du plan. Et elles subordonnèrent cette avance au remboursement d'anciens crédits. Pour l'entreprise, l'opération allait accoucher d'un solde négatif. En novembre 1997, le projet «Power house» était mort-né. Et les 240 millions injectés par la Région wallonne à la faveur de l'augmentation de capital servirent à éponger une partie des dettes de l'entreprise.

A l'époque, certains avaient tiré la sonnette d'alarme: avec l'abandon du plan «Power house», les effectifs risquaient de devenir pléthoriques... Son successeur, Vincent De Poortere, par ailleurs PDG de Balzan, s'était montré rassurant: Nous n'allons pas abandonner le tuft, mais allons tenter de conserver les produits à plus haute valeur ajoutée. Aujourd'hui, Eric Smet ne dit rien d'autre: Notre intention est de rebâtir une activité «tuft» rentable. Notre département «tissé», lui, est encore très solide. Nous allons tirer parti de notre rapprochement avec Balzan pour assurer notre redéploiement. Louis De Poortere doit revenir au tapis de haute qualité: face à la nécessité de faire du chiffre, l'ancienne direction a commis l'erreur de faire davantage dans le bas de gamme au détriment des marges.

Avec ses mille travailleurs, Louis De Poortere faisait encore figure de mastodonte dans le textile wallon constitué pour l'essentiel de PME. Et l'entreprise restait jusqu'ici le plus gros employeur de la région.

S.D.

(1) Une sorte de retour à la case départ puisque Balzan, dirigé par Vincent De Poortere, représentait en fait l'ancien pôle français du groupe De Poortere avant son dépeçage entre les clans familiaux.