LOUVAIN-LA-NEUVE Le futur musée se profile Oublié le lac, bonjour la Grand-Place!

WILLOT,ISABELLE

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Mercredi 3 mars 1999

LOUVAIN-LA-NEUVE Le futur musée se profile Oublié le lac, bonjour la Grand-Place!

Les contours du futur musée de Louvain-la-Neuve se précisent. Philippe Samyn, l'architecte de la grande Aula, en signe l'avant-projet.

Cent cinquante millions. C'est la somme que l'UCL est prête à débourser pour offrir aux habitants de Louvain-la-Neuve et à la communauté universitaire un nouveau musée. Il ne s'installera pas sur le lac comme certains l'avaient rêvé mais aux portes de la grande Aula. Comme elle, il sera dessiné par Philippe Samyn, l'architecte à qui l'on doit aussi le centre de recherche de Shell qui sera sans doute mis en vente dans les deux ans.

Les collections ne déménageront pas dans ces deux nouveaux bâtiments avant 2002, la première pierre s'annonçant elle pour l'an prochain. Chacun des immeubles visibles de la Grand-Place comportera quatre niveaux, dont un en sous-sol. On dépassera au total les 4.000 m2 de plancher, soit quatre fois plus que la surface aujourd'hui disponible tant pour les collections que les réserves.

Les volumes dont les plans seront dévoilés dans les prochaines semaines ont été conçus en fonction du patrimoine qu'ils accueilleront. Les collections permanentes seront exposées par thématique (sculpture nègre, vases grecs de l'antiquité...) ou par donation (legs Delsemme, Van Hamme, Boyadjian). Ce qui ne nous empêchera pas de créer la surprise en y mêlant des oeuvres étrangères à ces ensembles , souligne le conservateur du musée, Ignace Vandevivere. Pour développer le sens critique de nos visiteurs.

De vastes espaces seront réservés dans un premier temps à des expositions temporaires mais ils pourront être progressivement investis par de nouvelles donations. Des donations que le musée a dû parfois refuser faute de place.

Mais aussi pour respecter une certaine cohérence , ajoute M. Vandevivere. Notre philosophie n'est pas d'accumuler mais d'éduquer le regard. C'est impossible s'il y a trop de pièces à voir. On étouffe alors. Pour prendre de la distance, il faut des vides.

Toujours dans l'idée de libérer de l'espace, les célèbres bornes interactives devraient disparaître. Mais pas question pour autant d'abondonner le concept de musée interactif, au contraire. Michel Lefftz, un docteur en histoire de l'art féru d'informatique, tente actuellement de mettre au point des petits ordinateurs portables que chaque visiteur pourra manipuler à l'envi durant sa promenade au musée. Plus besoin alors de mettre des étiquettes et des longs commentaires à côté des oeuvres: un petit numéro renvoyant à un menu d'informations suffira. Chacun y puisera alors ce qui sera susceptible de satisfaire sa curiosité. Il faut que les gens poussent la porte pour apprendre par eux-mêmes et sur eux-mêmes, pour avoir des émotions, conclut le conservateur. Et pas seulement grâce aux objets exposés. Le lieu lui-même devra les bouleverser. Par ce jeu de lumière et de vides subtilement entrelacés qui n'est encore aujourd'hui qu'un rêve de papier.

ISABELLE WILLOT