Madonna : « Edouard VIII était un punk »

n.c.

Samedi 3 septembre 2011

Mostra de Venise : Madonna accorde au Soir une interview exclusive. Elle nous parle de son film, W.E., de la passion amoureuse et de son amour de la monarchie. De notre envoyé spécial Nicolas Crousse.

Elle arrive comme la veille sur le tapis rouge. Avec une petite heure de retard sur le programme. Les scribouillards râlent un peu. Mais dès qu’elle fait son entrée, dans une robe mi-longue de Dolce Gabana, une croix religieuse contre sa gorge, une silhouette de petite femme, et le sourire de la star qui s’y connaît pour faire tout se pardonner, eh bien oui, c’est con mais on lui pardonne tout. Elle vient s’asseoir là, à cinquante centimètres. Et durant la conversation, centrée principalement sur le film qu’elle vient présenter à Venise, W.E., évoquant la romance amoureuse entre Wallis Simpson et Edouard VIII, roi furtif qui abdiqua par amour pour cette femme divorcée, on ne peut s’empêcher d’écouter le grain de sa voix nasillarde, de regarder sa peau, ses petites mains, ses yeux verts, et ce mélange de séduction et d’autorité naturelle qui en a fait, depuis déjà près de trente ans, une star planétaire.

D’où vient votre passion pour l’histoire d’Edouard VIII et de Wallis Simpson ?

C’est sa force : un homme va abandonner le trône et un pouvoir sans égal pour l’amour d’une femme. Je ne suis pas sûre que ce soit arrivé avant, dans l’Histoire. Pour moi, Edouard est un rebelle. Un punk, à sa façon. C’est ce choix fou et si beau qui m’a totalement fascinée, jusqu’à me donner envie de faire un film. J’aime aussi l’époque où cela se passe, les années vingt, les années trente.

Et vous : le feriez-vous, cela ? Tout quitter, carrière, pouvoir, lumières, par amour pour un homme ?

On me pose souvent cette question. Mais cette histoire-ci se passe à une autre époque. Alors, c’est difficile de comparer votre propre vie à celle d’un Roi d’un autre temps. De façon générale, ce que moi je crois, c’est que dans toute relation, il faut être capable de lâcher prise un tant soit peu. Et faire des compromis. Mais nous vivons une autre époque, et nous avons aujourd’hui conquis le droit ou la possibilité de mener plusieurs choses à la fois : carrière, amour, famille. Ce qui est mon cas.

Wallis Simpson était une femme en quête de liberté et d’émancipation. Cela vaut pour vous ?

Trouver ma voie en tant qu’artiste, c’est depuis le début mon grand voyage. De même que dans le film, les protagonistes passent beaucoup de temps à chercher leur place. Et leur espace de liberté, oui. Et de liberté d’expression, ce qui, c’est vrai, est un domaine qui me préoccupe depuis longtemps.

Dans W.E., vous filmez la romance de Wallis Simpson à travers le regard contemporain d’une jeune femme admirative, Wally. On pourrait y voir le regard de vos fans sur vous. Voire celui de Lady Gaga ?

De mes fans ? Disons que ce qui m’intéresse avec le regard de Wally, c’est d’arriver à percer la vérité sur Wallis Simpson. Et s’apercevoir que rien n’est jamais tout blanc ou tout noir. Vrai ou faux. La vie est de couleur grise. Et on ne peut enfermer personne dans une case. Quant à Lady Gaga, je n’ai pas de commentaire à faire sur ses obsessions ayant trait à moi, parce que je ne sais pas si ça repose sur quelque chose de profond ou de superficiel.

Comme vous, qui vivez aujourd’hui en Grande-Bretagne, je viens d’un pays, la Belgique, qui est une monarchie. A-t-elle encore un sens, à notre époque ?

Quand vous pensez à l’énorme pouvoir, entre autre politique, qu’avait Elizabeth durant la Renaissance, vous vous dites que les temps ont bien changé. Aujourd’hui, les reines et rois sont réduits à un rôle d’ambassadeurs ou de cautions touristiques. C’est une honte !

Pourquoi ?

Pas seulement parce que j’aime le style old-fashioned. Mais parce qu’ils méritent d’être plus utiles qu’ils ne le sont aujourd’hui, c’est-à-dire plus que des figurants. Etre roi ou reine, cela veut dire pour moi être dans la position de pouvoir avoir une empreinte, voire une influence réelle sur son époque.

En ce sens, le statut de célébrité et de star, qui est le vôtre, vous donne plus de pouvoir ?

Sans doute, si vous en faites quelque chose.

Vous êtes avec ce film derrière la caméra. Vous n’avez jamais eu envie de vous filmer comme actrice ?

Non, je ne pourrais pas. Comme actrice, j’ai besoin qu’un réalisateur me dise où l’on va et ce que je dois faire. Mais j’ai vu de près des réalisateurs qui parvenaient à être en même temps acteurs de leurs propres films. C’était le cas avec Warren Beatty, qui se débrouillait très bien d’ailleurs. Mais je ne sais pas comment il s’y prenait. Pour moi, c’est trop de casquettes à la fois.

Vous aimez visiblement le cinéma. Qui sont les réalisateurs qui vous ont fait ou vous font rêver ?

Des gens comme Alain Resnais, Ingmar Bergman, Godard, Visconti, Coppola…

La romance de Wallis et Edouard, leur parti-pris pour le chemin de traverse invite à une ultime question : ça ne vous tente pas quelquefois, l’idée de disparaître et de vivre une vie totalement secrète ?

Oh, oui ! C’est un paradoxe, je sais…

NICOLAS CROUSSE