Maingain : « Les libéraux qui défendent Bruxelles sont les bienvenus »

n.c.

Mardi 21 février 2012

Le FDF est-il incohérent ? Sa position à l’égard du MR est-elle claire ? A-t-il sa place en Wallonie ? Le résumé du chat avec Olivier Maingain

Habitant votre commune (Woluwe-Saint-Lambert, NDLR), et les élections approchant à grands pas, je m’interroge. Pourquoi le MR figurerait sur la liste du FDF alors qu’il y a une rupture entre les deux partis. (Seraphine)

Olivier Maingain : A Woluwe-Saint-Lambert, je conduirai une liste du bourgmestre sur laquelle figureront des candidats qui auront pris l’engagement de respecter des objectifs sans ambiguïté, notamment en ce qui concerne l’affirmation de Bruxelles comme Région à part entière, son indispensable élargissement, le respect du suffrage universel et le refus d’accorder des privilèges aux partis flamands, la défense de l’autonomie communale et le refus des fusions de communes, etc. De surcroît, nous mettrons en exergue les résultats d’une gestion communale saine et à l’écoute des habitants. Si les partenaires de la liste du Bourgmestre s’engagent sur ces points essentiels, ils sont les bienvenus.

J’ai un peu de mal à comprendre certains des choix de listes FDF à Bruxelles. N’eut-il pas fallu tenir compte des spécificités de chaque commune plutôt que mettre une ligne directrice ferme (qui est, si j’ai bien compris pas d’alliance là où le FDF n’a pas de bourgmestre en place) ne tenant pas compte des situations propres à chaque commune ? (Chicon)

Dans toutes les communes bruxelloises, les FDF proposent les mêmes engagements à ceux qui veulent constituer des listes communes avec eux. Dans certaines communes (Watermael-Boitsfort, Evere, Jette…), des libéraux ont décidé de soutenir ces objectifs car ils sont tous en relation avec la défense de Bruxelles. Ils sont dès lors les bienvenus. En somme, nous revivons l’époque du rassemblement bruxellois (début des années 1970), où les libéraux les plus lucides faisaient des listes communes avec les FDF pour tenir tête au nationalisme flamand. Cette exigence est plus indispensable que jamais quand on voit comment le gouvernement flamand veut s’approprier Bruxelles.

Pourquoi voulez-vous faire une liste FDF séparée à Wemmel alors que cela va diluer les voix francophones et donc permettre à la N-VA d’avoir un échevin ? (Auster)

A Wemmel, comme dans les autres périphéries de la commune, nous proposerons toujours des listes de rassemblement francophone sur des objectifs clairs. 1. Refus d’appliquer les circulaires du gouvernement flamand et les politiques discriminatoires voulues par les autorités flamandes 2. Consultation populaire pour proposer le rattachement de la commune à la Région bruxelloise 3. Soutien actif aux bourgmestres non nommés (comme je le fais à Woluwe-Saint-Lambert) 4. Respect des minorités (comme je le fais à Woluwe-Saint-Lambert et je suis considéré comme le bourgmestre francophone le plus respectueux de sa minorité flamande). Voilà quelques engagements. Si le bourgmestre actuel de Wemmel les accepte, la discussion est ouverte. Jusqu’à présent, il n’a pas montré le moindre signe favorable.

Quelles sont les différences entre la situation vécue à Ixelles et celle vécue à Schaerbeek, au niveau des relations MR/FDF ? Pourquoi dans un cas l’alliance est-elle condamnée et dans l’autre recommandée ? (Christine)

A Ixelles, je constate une fois de plus que les libéraux se divisent puisque l’échevin des finances, Olivier de Clippelle, a décidé de ne plus figurer sur la liste MR car il met en cause l’endettement que le Collège actuel suscite et qu’il ne peut cautionner. Les FDF, à l’immense majorité de leurs membres à Ixelles, ont estimé qu’ils ne pouvaient pas s’entendre pour former une liste commune avec des libéraux à ce point divisés. De surcroît, à Ixelles, les libéraux n’entendent pas se rallier à une charte d’engagements clairs telle que je la propose à Woluwe-Saint-Lambert.

Le FDF est très cohérent jusqu’à en devenir têtu comme un âne. C’est justement là que réside le problème car, en négociation, il faut pouvoir céder du terrain. (Jose Michaux)

La démocratie ne se marchande pas. La protection des minorités est une exigence démocratique de l’Union européenne. Monsieur Herman Van Rompuy le sait comme président du Conseil européen mais l’ignore comme habitant de Rhode-Saint-Genèse. Toute notre action politique est fondée sur les principes démocratiques essentiels. Voilà ce qui gène les partis nationalistes flamands et les partis francophones qui depuis plus de 30 ans n’ont de cesse de satisfaire leurs nouvelles exigences. Avec comme conséquence que la Belgique est toujours plus affaiblie.

Les gens de la périphérie sentent que le monde politique francophone les a laissés tomber et que la Flandre se bat de façon virulente pour récupérer le sol de Flandre sur lequel nous sommes installés depuis des lustres. Que pouvons-nous encore espérer du FDF ? (Jpzolder)

Vous avez raison. Les partis francophones associés aux accords institutionnels ont accepté que le gouvernement flamand puisse poursuivre ses politiques discriminatoires à l’encontre de tous ceux qu’il considère comme n’étant pas de bons flamands. Les partis francophones n’ont même pas eu le courage d’exiger la nomination des bourgmestres de Linkebeek, Crainhem, Wezembeek-Oppem. Ce faisant, ils ont donné raison à la N-VA et à Kris Peeters. Quel abandon démocratique ! Voilà pourquoi nous poursuivrons notre action auprès des instances européennes qui condamnent de plus en plus fréquemment les abus des autorités flamandes.

À propos de la non-nomination des Bourgmestres, vous devez bien admettre que cela vous arrange bien. A Kraainem, cela permet au Bourgmestre de ne pas devoir dépenser grand-chose en campagne électorale et de pouvoir changer de conversation lorsqu’on interroge l’Echevin des finances qu’il est sur la gestion de la commune (pour rappel : dette publique par habitant le double de la moyenne de la Région flamande, ce qui, dans son discours de nouvel-an, a incité le président du MR local à comparer Kraainem à la Grèce). (Jose Michaux)

Dois-je vous rappeler que les libéraux sont dans la majorité à Crainhem et qu’ils détiennent l’échevinat des finances. Je n’ose croire que vous compariez leur gestion des finances publiques locales à celles de la Grèce. Votre acharnement anti-FDF que je connais bien vous amène à tenir des propos guère pertinents.

Etes-vous certain de bien connaître Bruxelles en invoquant sans cesse des pare-feu communautaires sans prendre en compte les véritables enjeux qui concernent les Bruxellois : démographie galopante, fossé entre les quartiers, etc. (Gilbert)

Les FDF ont été la première force politique à vouloir que les Bruxellois soient pleinement maîtres du destin de leur Région pour qu’on puisse ensemble relever les défis qui concernent ses habitants. Oui la dualité sociale se creuse à Bruxelles. Les défis de l’enseignement et de la formation sont les tout premiers points. Didier Gosuin a écrit un livre très pertinent à ce propos. C’est dire que nous réservons aussi une attention toute particulière à tous les enjeux de la gestion publique à Bruxelles.

Êtes-vous favorable à l’expulsion du siège de la région flamande de Bruxelles ? En effet, les politiques flamands qui se disent attachés au droit du sol, sont les seuls à avoir mis le siège de leur Région dans une autre Région ? Quel signe y voyez-vous ? (Democraticus)

Le Parlement flamand a décidé de proclamer Bruxelles capitale de la Flandre au mépris de la constitution et d’un avis du Conseil d’état. Faut-il rappeler que le premier siège du Conseil régional flamand était à Malines. Imagine-t-on un seul instant que la Région bruxelloise décide d’installer ses institutions en périphérie bruxelloise. On n’ose imaginer le tollé des partis flamands. La Région flamande devrait installer ses institutions en Flandre, par contre la Communauté flamande serait en droit de garder une présence à Bruxelles, ce que je conçois fort bien car je suis respectueux des droits des Flamands de Bruxelles.

Monsieur Maingain est lui-même un parachuté en 2006 à Woluwe-Saint-Lambert, il venait de Bruxelles-Ville. Dès lors, ses commentaires sur les parachutages sont étranges. Faites ce que je dis, pas ce que je fais ? (Nicolas)

J’ai vécu plus d’un quart de siècle à Woluwe-Saint-Lambert avant de m’établir à la ville de Bruxelles puis je suis revenu à Woluwe-Saint-Lambert et j’ai obtenu avec la liste du bourgmestre une majorité absolue car les électeurs connaissaient mes attaches avec ma commune d’origine. Je ne crois pas que Madame Onkelinx ou Monsieur Michel pourrait faire la même preuve d’attachement à Schaerbeek.

Vous êtes l’auteur de la déclaration « Les francophones ne sont demandeurs de rien » sur laquelle les autres partis traditionnels ont embrayé avec hypocrisie en vous suivant sur le fameux élargissement de Bruxelles auquel personne n’a jamais cru. Vous avez l’impression d’avoir été trompé, soit ! Mais n’avez-vous pas le sentiment de tromper vos électeurs ? (Jose Michaux)

En 2007, tous les partis francophones ont signé une déclaration solennelle pour exiger quand « contre-partie de la remise en cause de l’arrondissement BHV, l’élargissement de la Région de Bruxelles soit réalisé ». Non la frontière linguistique n’est pas immuable, pas plus que le mur de Berlin. Les frontières injustes – faut-il rappeler qu’il n’y a jamais eu de majorité de parlementaires francophones pour voter la loi instituant la frontière linguistique- sont toujours appelées à s’effondrer. Seul le nationalisme flamand a imposé cette frontière dont il fait un symbole inquiétant.

Votre parti tire sa légitimité de son combat pour les « droits » des francophones dans la périphérie de Bruxelles. Quel est l’intérêt de présenter des listes en Wallonie ? (Loula). Quels objectifs et si j’ose dire franchement quel intérêt pour les Wallons ? (Sarahjevo)

Les FDF sont des réformateurs sociaux qui entendent concilier le dynamisme de la libre entreprise et l’équité sociale par la juste redistribution des richesses produites. La Wallonie souffre d’une gestion publique qu’il l’a considérablement affaiblie. Son parti dominant, le PS, a détourné le pouvoir pour satisfaire avant tout des intérêts partisans. La non-gestion des parcs de logements sociaux en Wallonie en est un exemple. La préoccupation sociale n’est plus guère présente. Voilà pourquoi un parti nouveau, qui a fait ses preuves dans la gestion publique à Bruxelles peut prétendre à apporter un autre modèle de gestion publique. De surcroît, les FDF se veulent les garants de l’unité de la Wallonie et de Bruxelles plus indispensables que jamais pour garantir la prospérité future des deux Régions. Tout repli régionaliste conduirait à une plus grande précarité économique.

Le FDF, bruxellois de naissance, veut s’installer en Wallonie. Dans ma commune (Sambreville) outrageusement dominée par le PS, le MR était la force la plus conséquente pour lutter contre cette hégémonie. Ne pensez-vous pas qu’il serait opportun de votre part d’intervenir afin d’éviter une division qui ne pourrait que nuire et diminuer la force de l’opposition ? (Guest)

Si je suis bien informé de la situation à Sambreville, le Bourgmestre socialiste, Monsieur Luperto, propose une majorité au MR pour autant que celui-ci évince son chef de file, M. Barberini. La Présidente de la section locale MR serait disposée à faire ce sacrifice pour que le MR puisse entrer dans la majorité. Comme quoi l’histoire se répète.

La langue ne fera jamais l’unité d’un peuple sur deux territoires sociologiquement tellement différents que la Wallonie et Bruxelles, ville historiquement flamande et en passe de devenir multi-communautaire. Nous n’avons rien en commun. Votre programme « de bonne gouvernance » importe tous les poncifs anti-Wallons d’une certaine Flandre et de la bourgeoisie commerçante de Bruxelles. Pourquoi diable ne pas laisser les Wallons décider eux-mêmes de leur destin ? (Eustache Daly)

Les partis qui se présentent au suffrage universel des Wallons sont les mêmes que ceux qui se présentent au suffrage des Bruxellois. Ce que vous reprochez aux FDF, vous ne le reprochez pas au PS, au MR, au CDH ou à Ecolo. Vos théories sociologiques sont bien éloignées de la réalité comme si Liège, Charleroi n’étaient pas des villes aussi pluri-culturelle que Bruxelles. C’est le propre des métropoles en Europe mais les Wallons et les Bruxellois partagent non seulement une langue et une culture mais aussi ont intérêt à construire un avenir économique et social en commun.

Le FDF occupe-t-il encore des mandats MR acquis avant le divorce ? Cela m’intéresse de savoir si en terme d’éthique et de cohérence vous avez aussi rendu au MR les mandats qui sont les siens. (Justin)

Le MR bénéficie de moyens budgétaires grâce aux voix qu’ont aussi apportées les candidats FDF aux dernières élections législatives. Comme l’a dit élégamment, l’entourage du Président du MR : « Nous gardons tout ». Je connais peu de partis qui pour sauvegarder leurs engagements électoraux sacrifient leur financement public.

La vision moderne de Bruxelles n’est-elle pas dans l’esprit de la Zinneke Parade : multiculturelle et multilingue ? (Will)

Bruxelles est en effet une grande ville multiculturelle comme l’est Paris ou Marseille et le Français y fédère les populations car, contrairement au nationalisme, nous ne prenons pas l’usage du français par la contrainte et nous respectons l’usage des autres langues. Savez-vous que dans ma commune, j’accorde une prime aux fonctionnaires qui font usage d’autres langues que les langues nationales. Voilà un modèle de tolérance linguistique dont les nationalistes flamands feraient bien de s’en inspirer. On peut être attaché à sa langue sans pour autant nier celle des autres.

Blanche Dekeyse (St.)