maingain menace de ne plus négocier

DEMOULIN,MARC; COPPI,DAVID; DUBUISSON,MARTINE

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Vendredi 26 octobre 2007

le patron du fdf refusera de discuter de l’institutionnel si les bourgmestres de la périphérie ne sont pas nommés.

Olivier Maingain, le président du FDF, ne plaisante pas : « Dès que nous nous réunirons pour entamer les négociations institutionnelles, avec l’objectif de rédiger l’accord gouvernemental, je dirai aussitôt “Halte !” si les bourgmestres de la périphérie n’ont pas été nommés », confie-t-il au Soir.

Le Bruxellois ne peut pas être plus clair : lorsque l’institutionnel sera au menu, il ne prendra plus place à la table des négociations de l’Orange bleue « si la tutelle flamande bloque toujours les dossiers de ces bourgmestres élus il y a un an ». Maingain demande « que l’on respecte le droit dans la périphérie bruxelloise ». Or Marino Keulen, ministre flamand de l’Intérieur, semble moins disposé que jamais à nommer les maïeurs francophones.

Ces nominations avaient déjà été avancées comme un préalable par le MR et le CDH. La sortie d’Olivier Maingain sonne comme un rappel, avec une gradation supplémentaire dans la dramatisation. Car cette fois, l’obstacle est au bout de la ligne droite qui s’offre aux négociateurs.

P.6 La toussaint puis

le sprint communautaire

P.6 trois mauvaises

nouvelles pour leterme

P.20 une carte blanche de patrick dewael :

« pourquoi créer une circonscription électorale fédérale »

Les bourgmestres, le « préalable »

Politique Après la séance du parlement flamand et les menaces de Marino Keulen

Sans la nomination des maïeurs, point de vraies négociations institutionnelles dans l’Orange bleue. Maingain : « Je dirai “Halte !” »

La réunion exceptionnelle des conseils communaux de Wezembeek-Oppem, Linkebeek et Crainhem lundi soir a des effets sur l’Orange bleue – prévisibles et néanmoins déstabilisants. Voir la séance houleuse du parlement flamand mardi (Le Soir d’hier) où les députés du Nord ont dit pis que pendre des maïeurs francophones, et la réaction de Marino Keulen (Open VLD), leur ministre de l’Intérieur, exprimant son « ras-le-bol », jugeant que l’initiative des mandataires des trois communes à facilités aggravait leur cas.

Pour rappel : la tutelle flamande bloque la nomination des bourgmestres des trois entités situées en Flandre au prétexte que des convocations électorales rédigées en français avaient été adressées aux administrés francophones lors des communales d’octobre 2006, alors que le gouvernement flamand exige l’emploi du néerlandais.

Pour Marino Keulen, les conseils rebelles de lundi soir, au cours desquels les élus francophones ont réclamé la nomination de leurs maïeurs, le rattachement à Bruxelles et le droit de parler français en séance, « c’est la goutte qui fait déborder le vase ».

Le ministre de l’Intérieur prendra, dit-il, sa décision avant la fin de l’année, mais la plupart en Flandre croient savoir que la messe est dite : les bourgmestres ne seront pas nommés par la tutelle.

A l’origine de la convocation des conseils de Wezembeek-Oppem, Linkebeek et Crainhem, le président du FDF avait posé la nomination des bourgmestres comme préalable à toute négociation institutionnelle « approfondie » – c’était le terme employé dans Le Soir lundi – dans l’Orange bleue.

Après le boucan au parlement flamand et les menaces de Marino Keulen, il précise sa pensée : « S’échanger des opinions sur BHV ou la réforme de l’Etat est une chose, négocier en est une autre, nous explique-t-il. Nous sommes toujours au premier stade dans l’Orange bleue. Mais dès que nous nous réunirons pour entamer les négociations institutionnelles, avec l’objectif de rédiger l’accord gouvernemental, je dirai aussitôt “Halte !” si les bourgmestres de la périphérie n’ont pas été nommés. Dans ces conditions, je refuserai de poursuivre toute discussion. MM. Leterme et Van Rompuy ont été prévenus. Ils en tireront les conclusions. C’est un fait grave de la part de la tutelle flamande de bloquer les dossiers de ces bourgmestres élus il y a un an, et de la part du ministre de l’Intérieur de viser comme il le fait des démarches qui n’ont rien d’illégal, parfaitement légitimes. Nous n’attendons pas sa bonne volonté, mais que l’on respecte le droit dans la périphérie bruxelloise. »

Le président du FDF avance couvert : la nomination des bourgmestres, rappelle-t-il, avait déjà été posée comme un préalable le 16 août dernier par le MR et le CDH, ensemble, lorsque les deux formations, en pleine période de tension, avaient exposé leurs exigences au formateur Yves Leterme. Simplement, deux mois plus tard, la condition ressort de sa boîte. Plus raide qu’auparavant.

Marino Keulen fera traîner les choses jusqu’à la fin de l’année ? « Très bien. Je ne suis pas pressé, dit Olivier Maingain. Les négociations institutionnelles au fédéral attendront. »

L’Orange bleue aussi ?

P.20 la carte blanche

de Patrick Dewael

Sprint communautaire après la Toussaint

Après les empoignades de mardi et mercredi, un certain calme est revenu sur l’Orange bleue jeudi (si l’on excepte la crispation sur la périphérie, lire ci-dessus). Grâce à une réunion au sommet, mercredi soir, entre le formateur Leterme et les quatre présidents de parti (sans le FDF Maingain et le N-VA De Wever). Est-ce le retour de l’ex-explorateur Van Rompuy, après une semaine d’absence, qui a joué ? Il ne faut pas tout réduire à cela. Mais il est incontestable que sa présence a rassuré Joëlle Milquet (CDH). Et permis le « travail de mémoire » qu’elle attendait.

Car la tension était remontée depuis que le formateur lui avait soumis sa nouvelle note institutionnelle. Laquelle ne se calquait plus sur la fameuse note Milquet-Van Rompuy et ses « convergences » dégagées fin septembre. Or, ces convergences, Milquet y tient sous peine de claquer la porte, les considérant comme la base du futur accord institutionnel. Les autres partis répétaient, eux, qu’il n’y avait pas d’accord formel.

Mercredi, donc, séance de thérapie collective, de 20h30 à 23 heures. Pour calmer le jeu et éclaircir le statut de la note Milquet. Résultat ? Une conclusion belgo-belge, assez floue pour que tout le monde s’y retrouve…

Van Rompuy « guest star »

Côté ambiance, on le jure : la réunion s’est déroulée dans « une bonne, voire très bonne ambiance ». Ah bon ? Non, vraiment, pas une prise de bec ! Les bleus relevant toutefois qu’« ils ont compté les points, entre les difficultés à accorder les violons autour du CD&V » et « Milquet qui a agacé, surtout le CD&V, en se centrant sur Van Rompuy ».

Quant au fond, les partenaires ont, explique-t-on chez Leterme, pris deux décisions. Un : les discussions sur la réforme de l’Etat et BHV se dérouleront en « bilatérales » ; les plénières auront lieu après la Toussaint, pour le sprint final. Deux : « Le formateur va travailler à une nouvelle proposition, dans laquelle la note Milquet sera un des éléments. »

On vous le disait : assez flou pour que Milquet jure que sa note est une base de travail ; et que les autres rétorquent qu’elle n’est qu’une des bases… Autrement dit : « Dans quelle proportion la nouvelle note reprendra les éléments de l’ancienne, c’est l’enjeu. » Une chose est sûre : des acquis de la note Milquet demeurent (phasage de la réforme, conseil des sages…), d’autres pas mais bien leurs « contours ». Tout est dans la nuance…

Et, dans l’Orange bleue, les nuances sont capitales. Jugez plutôt : en début de séance, Leterme a demandé si les présidents voyaient un inconvénient à ce que Van Rompuy revienne dans la négociation communautaire. Non, ont-ils répondu. Conclusion ? Van Rompuy n’est plus explorateur, ni, on l’a dit, négociateur CD&V, il n’est pas (comme le répète le MR) formateur ni même médiateur. A quel titre sera-t-il présent ? Comme invité, pardi ! Après avoir été le sauveur de l’Orange bleue, puis le « mauvais Flamand », le voilà « guest star »…

Trois mauvaises nouvelles pour Leterme

Rien de catastrophique, mais trois mauvaises nouvelles pour Yves Leterme, qui n’a pas besoin de ça…

La première : l’avis du Conseil d’Etat sur les amendements francophones aux propositions parlementaires flamandes de scission de BHV est entre les mains du président de la Chambre. Herman Van Rompuy doit le transmettre aux chefs de groupe. Le feu passe donc au vert pour la commission de l’Intérieur de la Chambre. Elle devrait se réunir mercredi 7 novembre. Tout cela était attendu, mais accroît la pression sur l’Orange bleue, qui doit se presser sous peine de voir le débat BHV dégénérer à la Chambre.

Deux : Fourons revient dans l’« actu ». Nico Droeven, ancien bourgmestre et échevin, a revendiqué hier soir le droit de faire usage du français en séance publique du conseil communal. Minoritaire, le groupe francophone n’a pas obtenu gain de cause, mais le hérisson fouronnais se rappelle au souvenir de tous.

Trois : le formateur doit réécrire sa note « économie et emploi ». Les négociateurs de l’Orange bleue ont passé l’après-midi, hier, à discuter d’un texte d’une quinzaine de pages qui s’est vite révélé insuffisant. Libéraux et chrétiens démocrates se sont affrontés sur la flexibilisation du marché du travail, la baisse des charges pour les entreprises, la réduction de la fiscalité, ou encore l’alignement du régime social et fiscal des indépendants sur celui des salariés, comme sur la revalorisation des indépendants. Une source MR : « Le CDH fait tout pour retarder le travail. A la fin, c’est plus facile de négocier avec le PS ! » Ambiance.

Communautaire, enfin : un paquet de points qui fâchent ont été reportés. Exemple : la N-VA veut accroître le pouvoir d’intervention des Communautés dans la politique scientifique. On verra plus tard…

Les négociateurs continueront à parler socio-économique jusqu’à samedi au moins. Entre les réunions, ils aborderont, en bilatérales, le communautaire, dimanche compris, jusqu’à la pause de quatre jours de la Toussaint. Yves Leterme, lui, profitera cependant de ces quatre jours pour entretenir quelques contacts informels.

N-VA et CD&V répondent…

Les auteurs du Manifeste « Choisir l’avenir » en 1997 (Bernard Remiche, Christian Frank, Vincent Vagman et André Paul-Frognier), avec une soixantaine d’autres universitaires et personnalités francophones, avaient publié une carte blanche dans Le Soir il y a une dizaine de jours : « Pour une solution globale et participative de la réforme de l’Etat. » Ils invitaient les négociateurs de l’Orange bleue à « sortir de la crise » en mettant sur pied un gouvernement éludant l’institutionnel, et en lançant un forum d’un an sur l’avenir du pays, grand ouvert à la discussion sur la réforme de l’Etat, sans préalables de la part des francophones. Un donnant-donnant.

Alors que les signataires sont au nombre de 300 à ce jour (vous trouverez le texte à l’adresse suivante : www.bhvavenir.be), deux partis (tous ont été sollicités par les auteurs de l’appel) ont réagi par courrier : N-VA et CD&V. Le premier pour réaffirmer qu’il veut une réforme de l’Etat… tout de suite ; le CD&V pour préciser qu’il soumet la carte blanche à son service d’étude…

Bernard Remiche confie : « Nous avions sincèrement le sentiment d’avoir fait une proposition constructive pour tous, en ouvrant la porte à l’idée d’un vaste débat sur l’avenir de l’Etat. Mais ces deux réponses viennent nous confirmer un durcissement au sein du cartel d’Yves Leterme. C’est très inquiétant. »

Les verts dénoncent l’« impasse budgétaire »…

Les verts dénoncent l’« impasse budgétaire »…

Par la voix de Stefaan Van Hecke (Groen) et Jean-Marc Nollet (Ecolo), les verts dénoncent « l’impasse budgétaire » : « Depuis que l’Orange bleue piétine et que la Violette a déserté, il n’y a plus de capitaine à la barre pour empêcher le naufrage du budget 2007. » Verhofstadt II s’achève avec un trou de 3 milliards d’euros – « au moins » – par rapport à son objectif budgétaire initial, celui d’un surplus de 0,3 %, oublié.

… et craignent l’Orange bleue

Le gouvernement Leterme qui se prépare ne dit rien de bon aux verts, où l’on parle d’une nouvelle réforme fiscale « qui coûterait la bagatelle de 4 milliards, ce qui nous mènerait droit dans le mur, et représenterait un hold-up intergénérationnel » au moment où s’annonce le vieillissement démographique et grandit la dette environnementale. « En 2004, le Conseil supérieur des finances relevait déjà que les réformes fiscales du ministre Reynders étaient à l’origine de la détérioration du solde budgétaire… » Pour les verts, il faut « arrêter de jeter l’argent par les fenêtres », combler le déficit structurel des finances publiques, par exemple en revenant sur le régime des intérêts notionnels, baisser la fiscalité sur le travail, encourager celle sur l’épargne, environnementale, ou encore la lutte contre la fraude. (D. Ci.)