MARCEL MODRIKAMEN,LE PRESIDENT DE L'INSTITUT GAILLY ECHAPPE DE JUSTESSE A UN ATTENTAT

COLLOT,OLIVIER

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Mardi 19 février 1991

GAILLY: VENDETTA À CHARLEROI?

Tentative de meurtre avortée, mais de justesse, contre le Président de l'Institut Gailly, à Charleroi. Enquête en milieu perturbé.

La police judiciaire de Charleroi a travaillé d'arrache pied hier toute la journée pour tenter d'identifier le mystérieux tireur qui a gravement blessé, lundi soir, Marcel Modrikamen, président de la Fédération des mutualités socialistes de Charleroi et président de l'Institut Gailly.

La tentative de meurtre - car c'est bien de cela qu'il s'agit - s'est produite en début de soirée, à une cinquantaine de mètres du domicile de la victime.

Marcel Modrikamen avait participé à une réunion au siège des Mutualités, avenue des Alliés, jusqu'à 18 h 30. Une entorse à ses habitudes dans la mesure où il passait la majorité de ses après-midi à l'Institut. Il avait ensuite repris la route de Couillet, où il demeure avec son épouse et son fils, avocat, rue de Loverval.

C'est au moment où il venait de rentrer sa voiture dans un box de garage situé place de la Queue, à cinquante mètres de son domicile, que le président a été victime de l'agression, à 18 h 55 précises. Il était occupé à baisser le volet métallique du box lorsqu'une voiture s'est approchée à quelques mètres et s'est arrêtée. Son conducteur a aussitôt tiré un seul projectile, de calibre 9 mm, en direction de Marcel Modrikamen, au moyen d'un riot gun ou d'un fusil de chasse, puis a redémarré en trombe. Sept à huit ballettes ont ainsi été éjectées, deux d'entre elles se fichant dans le bras gauche de la victime, à quelques centimètres du coeur, les autres perforant le volet pour aller se perdre dans le garage.

Bien que grièvement atteint, le blessé est parvenu à se traîner jusqu'à son domicile où son épouse a aussitôt alerté les secours. Quelques minutes plus tard, la victime était admise à l'Institut Gailly et subissait une opération chirurgicale qui allait se prolonger jusqu'aux environs de 23 h. Après avoir passé la nuit dans le service des soins intensifs, Marcel Modrikamen a pu être transféré dans une chambre mardi en fin de matinée. Son état, bien que satisfaisant, demeurait néanmoins sérieux, d'autant que le blessé relève de maladie et continuait à recevoir régulièrement des soins importants.

En ce qui concerne les circonstances de l'agression, il faut noter que Marcel Modrikamen regagnait son domicile à une heure habituelle. Le tireur aura donc pu guetter son arrivée assez facilement. Par ailleurs, des témoins ont pu fournir une première description du véhicule et de son conducteur à la police judiciaire, qui a multiplié les descentes ce mardi toute la journée. Enfin, l'épouse du président avait reçu, il y a quinze jours à peine, un coup de téléphone anonyme lui annonçant que «son mari allait crever».

On s'interroge également sur un premier incident qui aurait - le conditionnel est de rigueur - marqué le trajet du retour de Marcel Modrikamen. Ce dernier dit avoir entendu deux détonations à hauteur de la chaussée de Philippeville et les avoir attribuées à des phénomènes d'échappement. Certains enquêteurs se demandent dès lors si un premier tir n'aurait pas eu lieu à cet endroit, d'autant que la lunette arrière de la voiture a été transpercée comme on le sait. Mais il ne s'agit là que d'une hypothèse - la seconde penche pour l'impact de l'une des ballettes qui a traversé la porte de garage - que les services de la balistique devront vérifier.

OLIVIER COLLOT