Marcourt veut un plan pour dix ans

VOOGT,FABRICE

Page 7

Jeudi 15 novembre 2012

Enseignement supérieur Le ministre PS interrogé sur son projet de réforme au parlement

Il s’agissait d’un document interne que je n’avais pas validé. Par ailleurs, il est fondé sur des notes qui ont évolué depuis. »

C’est en ces termes que le ministre de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS), a entamé sa réponse aux questions posées, hier en plénière, au Parlement de la Communauté française. Elle avait trait à sa réforme du paysage de l’enseignement supérieur, telle que décrite dans un document dont Le Soir avait révélé le contenu, le 25 octobre dernier (« Colère autour des pôles universitaires »). Tant ses partenaires CDH (Marc Elsen) et Ecolo (Emmanuel Disabato et Stéphane Hazée) que l’opposition libérale (Françoise Bertieaux) ont dit s’interroger sur le statut du texte et l’agenda dans lequel il s’inscrit, mais aussi, quant au fond, sur la réorganisation qu’il sous-tend (seules les universités seraient habilitées à organiser les masters ; « contrôle politique » de la structure faîtière, l’Ares, via la nomination d’un administrateur général ; concertation entre hautes écoles et universités ou inféodation…). Tous se sont aussi étonnés de l’absence de réaction du ministre à la publication du document. S’inquiétant que les partenaires CDH et Ecolo du ministre ne semblassent pas informés de la pertinence du texte ou de son actualité, Françoise Bertieaux a demandé à connaître l’avancée d’un dossier qui, a presque prophétisé le ministre dans sa réponse, pourrait engager la Communauté française pour les dix

années à venir. Confirmant les inquiétudes du MR, Marc Elsen a comparé le décret paysage au « monstre du Loch Ness » : « Si beaucoup de témoignages existent sur le fait d’avoir vu quelque chose, peu de personnes peuvent prouver qu’elles ont effectivement vu quelque chose. » On ne sait pas si la réponse du ministre aura permis à tordre le cou à la légende, mais Jean-Claude Marcourt a dit se faire fort de « couper les ailes au canard ».

« Ne pas regarder dans le rétroviseur »

1. Son projet, a-t-il expliqué, comporte bien une structure unique, l’académie de recherche et d’enseignement supérieur (Ares) : « C’est ça le vrai pilotage. » 2. Les pôles géographiques sont centrés sur les étudiants. Il s’agit de « réduire la concurrence » entre établissements et de mettre en commun des structures (sports…) et des services (aide à la réussite…) et de proposer des passerelles – « et ne pas attendre juin pour permettre aux étudiants de se réorienter ». Le ministre a ainsi rappelé sa conviction que « la richesse de l’enseignement supérieur repose sur son organisation et ses spécificités (universités, hautes écoles, enseignement supérieur artistique) », mais que le tout formait « un ensemble cohérent ». 3. Il a confirmé que l’Ares ferait bien l’objet d’un contrôle du politique (le Parlement). 4. Faisant référence aux inquiétudes de Marc Elsen évoquant « l’obligation de tenir compte de l’histoire des établissements concernés », avant de supprimer les académies au profit des pôles – des collaborations entre universités et écoles supérieures sont potentiellement mises à mal par le regroupement géographique – Jean-Claude Marcourt a répondu que, en

la matière, « il ne fallait pas regarder dans le rétroviseur, mais aller de l’avant ». Il annonce sa vraie réforme pour 2013. Sous la forme d’un non-paper ? D’une note ? D’un avant-projet de décret ? Pour l’instant, en tout cas, « il ne s’agit pas d’un plan, explique Françoise Bertieaux, mais d’une nébuleuse ».

réaction

La FEF sera vigilante

Le président de la FEF, David Méndez Yépez, a dit que la FEF se montrerait vigilante dans ce dossier. « Nous entendons le ministre quand il dit que le texte a évolué, mais nous l’avons lu et certains éléments qui nous inquiètent ont été confirmés par le ministre lui-même, comme le fait que le décret va bien au-delà d’une simple réforme du paysage. Il a notamment expliqué que le financement par étudiant était désuet. Ce décret pourrait donc marquer un grand tournant. Il va toucher à tout. »

repères

Les pôles

Aujourd’hui basé sur une logique confessionnelle, s’articulant autour des académies (UCLouvain, Wallonie-Bruxelles, Wallonie-Europe…), l’enseignement supérieur (universités, hautes écoles, écoles des arts) devrait, selon le projet, suivre une logique de « pôles », basée sur le regroupement des établissements en une même zone géographique. Le texte prévoit qu’à l’intérieur de chaque zone, l’unique université de la zone, ou la plus importante, joue le rôle de référent. Sa mission consistera principalement à coordonner les activités des institutions qui en font partie. Un établissement serait membre principal d’un pôle quand son implantation principale est dans la zone géographique du pôle. A titre complémentaire quand il y possède une implantation fonctionnelle.

L’Ares

Une structure faîtière, serait créée : l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (Ares) pour représenter le système d’enseignement de la Communauté et la coordonner une série d’activités : recherche, études statistiques…