MARIAGE DE RAISON BELGO-TCHECOSLOVAQUE SOUS LE SIGNE DE LA PRIVATISATION. GLAVERBEL MET LE VERRE EN FUSION A L'EST

COLLOT,OLIVIER

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Samedi 23 mars 1991

Mariage de raison belgo-tchècoslovaque sous le signe de la privatisation

Glaverbel met le verre en fusion à l'Est

A gauche, Glavunion, filiale du groupe verrier tchècoslovaque Sklo Union, principal producteur du verre plat de l'Europe de l'Est. Fiche signalétique: 2,2 milliards de kopecs (environ 2,42 milliards de FB) de chiffre d'affaires; neuf usines diversifiées dans la production de float, de verre étiré, de verre feuilleté, de verre trempé et d'autres produits transformés; 4.900 travailleurs; 65 millions de mètres carrés de verre produits l'an dernier, dont 40 % exportés en Allemagne, en France, en Autriche et aux Pays-Bas.

A droite, Glaverbel. Premier producteur de verre plat au Bénélux (troisième en Europe) avec une gamme qui vise aussi bien les industries spécialisées (du médical à la photographie) que les marchés traditionnels (bâtiment, automobile, sécurité); chiffre d'affaires, 27 milliards FB; trente établissements en Europe et en Amérique du Nord; 6.500 travailleurs.

En se portant acquéreur de 40 % du capital du premier, avec possibilité de porter cette part à 67 % dans trois ans, le second vient d'effectuer une percée spectaculaire sur les marchés de l'Est. Un choix qui s'inscrit dans le cadre de la politique définie pour les années 90 et baptisée judicieusement «croissance et internationalisation».

Il s'agit là de la première privatisation majeure d'une branche importante de l'industrie tchècoslovaque, avalisée comme il se doit par les instances nationales et fédérales de ce pays et négociée par l'intermédiaire de la banque d'affaires Bankers Trust International. L'acte de mariage, signé officiellement ce vendredi à Prague, avait fait l'objet d'un premier accord le 27 novembre dernier, qui réservait l'exclusivté des négociations à Glaverbel et écartait de facto d'autres concurrents. Pour obtenir les 40 % du capital de Glavunion, la société belge s'est engagée à verser 48 millions de dollars (un peu plus d'1,6 milliard) dans les 18 mois. On estime à 120 à 200 millions de dollars (4 à 6,8 milliards FB) le montant des activités existantes de l'unité tchècoslovaque filialisée, chiffre qui devra cependant être affiné en fonction des futurs résultats financiers.

Quant à l'objectif de l'opération, dont les effets prendront cours au 1er avril prochain, il vise naturellement le développement de Glavunion et l'augmentation de la vente des produits tant sur le marché tchècoslovaque qu'à l'étranger. Un projet qui devrait être soutenu par un programme d'investissements qui mènera de pair la modernisation des unités de production et le développement de nouveaux produits et qui portera sur 3,4 milliards de FB en quatre ans. Une partie de ce programme, qui portera en priorité sur la modernisation des deux lignes de float existantes, sur la construction d'un convoyeur d'argenture pour la fabrication de miroirs de grandes dimensions, et sur l'accroissement de la capacité de production et l'amélioration de la qualité des verres destinés à l'industrie automobile, sera financée avec le montant de la transaction payée par Glaverbel à Sklo Union.

Si la présidence du conseil d'administration sera assurée par Luc Willame, PDG de Glaverbel, il est encore prévu que les dirigeants actuels de Glavunion continueront à assumer la gestion courante des affaires.

Ajoutons que la nouvelle a fait l'effet d'une petite bombe au sein du personnel de Glaverbel qui sort d'une grève de quatre semaines pour obtenir une amélioration des conventions collectives pour 1991 et 1992 et qui constate, en même temps que cet important investissement, que la société a réalisé un bénéfice net de 2,4 milliards l'an dernier et un cash flow net de 5 milliards.

OLIVIER COLLOT