Marolles : Léopold trahi par la technique

DELEPIERRE,FREDERIC

Mercredi 20 juin 2007

La téléphonie prouve qu'il était à Bruxelles au moment des meurtres. Un ami confirme que le principal suspect se rendait régulièrement aux Pays-Bas pour y acheter de la drogue.

Mercredi après-midi. Il est 16 heures. Six amis de Léopold Storme et de sa soeur Caroline sortent de chez la grand-mère Jacqueline. Ils sont venus lui apporter du réconfort. Discuter.

Dans la nuit de samedi à dimanche, Jacqueline (73 ans) a perdu son fils, François-Xavier, sa belle-fille, Caroline, et sa petite fille, Caroline, surnommée Carlouchka (22 ans). Seul survivant, Léopold, le cadet de la famille, âgé de 19 ans.

Les trois membres de la famille ont été trucidés au cours de la nuit de samedi à dimanche, dans le magasin de tissus - une ancienne brasserie - que le père de famille gérait, rue des Capucins, dans les Marolles, à Bruxelles.

Les lieux étaient maculés de taches de sang. Le corps de la mère de famille a, dans un premier temps, été découvert par un couple de clients, tandis que ceux du père et de sa fille étaient ensuite retrouvés dans l'arrière-boutique.

Très vite, les enquêteurs et la juge d'instruction Berta Bernardo-Mendez ont suspecté Léopold, le plus jeune fils de la famille. Il avait du mal à justifier son emploi du temps durant le week-end.

Dès dimanche, vers 18 heures, le jeune homme de 19 ans, étudiant à Solvay (ingénieur en gestion), était entendu par les enquêteurs. Lundi, la magistrate l'inculpait de parricide et assassinat.

La réaction n'allait pas se faire attendre dans la famille et dans l'entourage du jeune homme : « C'est un garçon distrait, fragile mais incapable de commettre un tel geste », disait son parrain, Vincent.

Et les réactions des amis de Léopold abondaient dans le même sens : l'étonnement, voire la stupeur.

Concrètement, Léopold était censé passer le week-end dans l'appartement familial de La Panne pour y étudier. Il devait y peaufiner certaines matières, car il est en pleine session d'examens. Or, son épreuve de janvier s'était soldée par des échecs cuisants.

Comme nous l'avait laissé entendre la tante de Léopold, « deux de ses amis l'ont vu à La Panne, dans la nuit de vendredi à samedi. Ils ont regardé des DVD ensemble. »

Reste que les hommes de la section « crime » de la police judiciaire fédérale ont vérifié les alibis de Léopold. Ils ont aussi confronté ses déclarations. Et l'ensemble ne tient pas.

Certes, il est passé à La Panne. Mais, selon les enquêteurs, il n'y était pas le samedi soir, au moment du triple assassinat. Des vérifications techniques, notamment téléphoniques, le prouvent.

Des communications GSM démontreraient qu'il était à Bruxelles « dans une tranche horaire critique », dixit le parquet. Tranche horaire - samedi soir - où le jeune homme avait fixé rendez-vous à un ami, à La Panne. Rendez-vous auquel Léopold ne s'est jamais présenté, selon ce même copain.

Les amis de Léopold et Caroline, venus ce mercredi réconforter la grand-mère à Bruxelles, ne croient pas à la culpabilité de leur ami.

« Il aurait tout fait pour Carlouchka. Lorsqu'elle sortait, il venait la chercher au métro pour qu'elle ne rentre pas seule », disent-ils.

Certes, mais au parquet de Bruxelles, on confirme aussi que Léopold consommait du LSD et des champignons hallucinogènes. « Il allait les chercher aux Pays-Bas », précise un ami. « Mais sa consommation de stupéfiants n'était pas problématique », tient à relativiser l'avocat de Léopold, Me Pierre Huet.

Vendredi, la chambre du conseil lèvera ou confirmera le mandat d'arrêt.