MARTENS APPELLE LES PLUS PAUVRES A PROTESTER

VAN DEN BRINK,RINKE

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Mardi 2 octobre 1990

Martens appelle

les plus pauvres

à protester

C'est devant les caméras de la télévision néerlandaise que le Premier ministre Wilfried Martens a lancé un appel aux pauvres de nos pays pour leur conseiller de s'organiser afin de se faire entendre.

Le franc-parler est une denrée rare dans le monde politique. Aussi le film «Overleven» («Survivre») diffusé dimanche soir sur l'une des chaînes néerlandaises mérite-t-il une mention spéciale. A cette occasion, en effet, Wilfried Martens et son homologue néerlandais, Ruud Lubbers, se sont exprimés de manière très franche sur la pauvreté.

La cinéaste Ireen van Ditshuyzen a tourné son film à la demande du ministère néerlandais de la Culture. Elle a tourné dans trois villes néerlandaises et à Bruxelles (Molenbeek). Le film a été montré aux deux chefs de gouvernement avant l'enregistrement de leurs interviews. Les deux Premiers ministres chrétiens-démocrates - le Belge issu d'un milieu très défavorisé, le Néerlandais d'une famille d'industriels aisés - ont été interpellés par le problème de la nouvelle pauvreté.

Wilfried Martens a appelé les pauvres à résister contre leur sort. Je pense, a-t-il dit, qu'il est extrêmement nécessaire qu'il y ait des organisations de personnes vivant dans la pauvreté et qu'elles s'unissent. Et qu'elles interpellent les responsables politiques de leur pays. Lorsque le meneur de jeu a demandé s'il s'agissait d'un appel à la contestation, M. Martens a répondu: Oui. Je pense que les responsables d'un pays doivent se sentir motivés et être enclins à lutter contre les situations dramatiques qui subsistent en dépit de tous les progrès déjà engrangés.

Selon le Premier ministre belge, il faut faire la distinction entre la pauvreté résultant d'une crise économique et celle transmise de génération en génération. La première forme de pauvreté est, selon lui, relativement facile à combattre grâce aux mécanismes sociaux et techniques existants. Dans l'autre cas, les choses sont moins évidentes. Il faut sortir les gens de leur léthargie, estime Wilfried Martens avant de souligner que les pauvres sont de plus en plus conscients qu'il est possible de sortir du cycle infernal de la pauvreté. Il y a des personnes issues de ces groupes qui le prouvent et qui, en quelque sorte, personnifient la possibilité d'en sortir. Comme vous-même?, demande l'interveweur. Eh! bien, je m'y reporte, a répondu le Premier ministre.

Wilfried Martens a encore déclaré que ce qu'il craint le plus est l'insuffisance de la formation et de la motivation d'une partie importante de la population. Selon lui, il faut impérativement donner une deuxième chance à ces groupes. Autre point primordial: Le grand effort destiné à intégrer les immigrés dans la société de nos pays. Dans le film, le Premier ministre attaque vigoureusement le «Vlaams Blok», sans toutefois le mentionner. Confronté aux sentiments de certaines personnes interrogées selon lesquelles la misère n'existe que par la faute des immigrés, Martens a répondu: Je constate que ce sentiment existe, que cette opinion existe dans la tête de beaucoup de Belges. Notamment à cause du fait que certains groupes politiques favorisent ce sentiment en prétendant que les problèmes du pays, et notamment des grandes villes, naissent de la présence d'immigrés et de la politique menée par le gouvernement en la matière. Il s'agit là évidemment d'une attitude criminelle.

RINKE VAN DEN BRINK