MARTENS:LA JUSTICE POLITISEE EST CAUSE D'INCAPACITE

CORDY,JACQUES

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Vendredi 13 septembre 1996

Martens : la justice politisée est cause d'incapacité

PARIS

De notre envoyé spécial

permanent

La politisation des nominations dans la justice est une des causes majeures de l'incapacité reprochée à la justice et à la police (...) Le soutien politique accordé (à ces nominations) même par des instances régionales est une erreur fondamentale...: l'ancien premier ministre Wilfried Martens participait, mercredi soir, à l'émission «Le téléphone sonne», au micro de France-Inter. Il a asséné quelques vérités sur l'état des institutions responsables de la crise que traverse la Belgique.

Il a notamment dénoncé la «faiblesse» du parlement qui n'a guère fait face à ses responsabilités, ces dernières années: ainsi, en matière de problèmes de société. Et il a lancé un appel pressant aux parlementaires belges pour qu'une commission d'enquête mène, sans tarder et avec détermination, l'«enquête sur l'enquête» qui s'impose aussi bien sur l'affaire Dutroux que sur l'affaire Cools qui réémerge actuellement.

M. Martens estime que le gouvernement actuel a pris, lui, ses responsabilités, mais n'en pense pas moins que les réformes, en ce qui concerne la justice et la police, sont très lentes dans notre pays. Beaucoup d'obstacles surgissent dans les commissions (au parlement). La clarté doit être recherchée par le parlement. Que ce même parlement ait le courage de s'attaquer aux réformes très vite. Je ne crois pas qu'il y ait un autre chemin (...) La justice doit se réformer de l'intérieur aussi...

«La Belgique malade des scandales», titre de l'émission, a également permis d'entendre des questions d'auditeurs commentées notamment, de Bruxelles, par l'expert belge Xavier Mabille et le correspondant de France-Inter, Quentin Dickinson, un des rares journalistes français à répercuter avec justesse et talent ce qui se passe réellement en Belgique. On a ainsi entendu leur étonnement devant cette politisation à outrance de la vie publique dans notre pays, ou encore leur stupéfaction face à ce qui a été décrit comme «un déficit de démocratie»: le fait qu'une grande majorité de Belges soit hostile au séparatisme alors que l'on n'entend parler que de lui!

M. Martens a attribué ce phénomène aux politiciens «populistes» très habiles à monopoliser les médias. Il a déploré les divergences au sein de son propre parti quant à la tendance (qu'il a fustigée) à vouloir sans cesse, «tous les cinq ou dix ans, réformer les institutions». Il s'est défini lui-même comme un «fédéraliste d'union», et a dit avec force que les nouvelles institutions ont surtout besoin d'être «fortifiées» et «équilibrées». Il a d'ailleurs attribué la chute de son propre gouvernement (en 1987) à l'acharnement mis par certains à vouloir réformer sans fin ces institutions.

Il s'est élevé, par ailleurs, contre l'accusation de corruption adressée à la classe politique. Pour lui, elle est marginale. Enfin, revenant à la tentation séparatiste de certains et au populisme développé par d'autres, il a conjuré le parlement d'exercer réellement ses prérogatives, sans quoi, a-t-il prédit, «l'extrême-droite aura des chances».

Ainsi, à l'occasion d'événements tragiques, d'émissions radio en sujets télévision, en passant par les articles parfois bien informés de la presse écrite («Le Parisien», «La Croix», etc), le public français fait-il, ébahi, la découverte d'un pays exotique qu'il croyait résumé au charme de Bruges, aux moules-et-frites et au parler pittoresque de Bruxellois dont il se gaussait fort: la Belgique...

JACQUES CORDY