Medvedev et Poutine tout sourires, mais…

QUENELLE,BENJAMIN

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Lundi 23 novembre 2009

Russie Le président ne cache plus ses critiques

MOSCOU

DE NOTRE CORRESPONDANT

Ils avaient l’air décontractés. Dmitri Medvedev, le chef du Kremlin, et son prédécesseur Vladimir Poutine, devenu puissant Premier ministre, ont dîné en tête à tête samedi. Avec Saint-Pétersbourg en guise de décor pour cette rencontre, intime mais largement filmée et photographiée, où les visages ont semblé tous sourires et les conversations amicales. A elle seule, cette mise en scène devrait faire taire les rumeurs sur les différends prétendus croissants entre les deux amis qui, cet été, avaient paru se lancer dans une lutte pour la prochaine présidentielle.

Hasard ou non, dans son discours annuel devant le congrès de Russie unie, le parti du pouvoir, Vladimir Poutine a repris samedi quelques-uns des grands thèmes chers à Dmitri Medvedev qui, il y a une semaine, avait insisté sur la nécessité de « moderniser » le pays. « Nous ne pouvons pas attendre plus longtemps », avait alors insisté le président, dressant un tableau peu flatteur de la Russie poutinienne dont il a hérité. Des propos du coup interprétés comme une attaque indirecte au système de son prédécesseur trop dépendant de la manne énergétique.

« Je suis sûr que cet appel reflète les sentiments de toute la société russe », a reconnu au contraire Vladimir Poutine, voulant ainsi s’inscrire dans la même logique que celle du chef du Kremlin. « Le président a posé la question sur la nécessité, à travers la modernisation de l’économie russe, de dépasser des retards chroniques et de conduire le pays à un niveau plus moderne de développement », a-t-il déclaré.

S’ils semblent d’accord sur le plan économique, Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine n’apparaissent cependant pas sur la même longueur d’onde en matière de démocratie. Dans son discours à la nation, le président avait déjà appelé à une « modernisation de fond en comble » de la Russie « basée sur les valeurs et les institutions de la démocratie » et demandé le développement d’une « société intelligente et responsable » à la place d’une « société archaïque dans laquelle les leaders pensent et décident pour tous ».

« Perdre de mauvaises habitudes politiques »

Samedi, dans sa brève déclaration devant les membres de Russie unie, le président a franchi une nouvelle étape. Il a critiqué le fonctionnement de ce parti dont Vladimir Poutine est le leader. Il a reproché indirectement à ses dirigeants leurs méthodes qui ont permis une écrasante victoire lors des élections locales d’octobre dernier.

Membres de l’opposition et observateurs indépendants ont depuis dénoncé les fraudes : votes multiples, dépouillements sujets à caution et obstructions aux campagnes des candidats de l’opposition. Samedi, Dmitri Medvedev a regretté que la volonté de la population n’ait pu s’exprimer librement. « Les élections, qui doivent être une mise en concurrence d’idées et de programmes, sont parfois transformées en affaires où l’on confond procédures démocratiques et administratives », a-t-il dit, prononçant ses critiques les plus fermes à ce jour contre le parti au pouvoir. Et d’ajouter : « Russie unie doit apprendre à se libérer de telles personnes et à perdre d’aussi mauvaises habitudes politiques ».

Assis devant Dmitri Medvedev, Vladimir Poutine ne s’est sans doute pas senti visé. Tout en bavardant avec son voisin, le Premier ministre a pris quelques notes. Il a certes applaudi. Mais il a peu regardé directement le président…