Michael C. Hall, alias « Dexter »

GORISSEN,AGNES

Page 39

Samedi 24 mars 2012

Télévision Le comédien incarne un tueur en série vraiment très attachant

Entretien

Dexter a tout pour être haïssable : c’est un serial killer. Mais il a tout pour qu’on l’aime : un traumatisme dans l’enfance (sa mère a été tuée sous ses yeux) a fait de lui ce qu’il est et il ne s’en prend qu’à des monstres qui ont réussi à échapper à la justice. Alors que la saison 5 arrive sur Be TV ce samedi, nous avons interviewé Michael C. Hall, qui campe ce tueur si attachant.

Comment vous êtes-vous préparé pour le rôle de Dexter ? Vous êtes-vous inspiré de vrais psychopathes ? Avez-vous étudié leur comportement ?

Oui, j’ai lu des transcriptions d’entretiens avec des serial killers, des bouquins rédigés par des profileurs du FBI qui détaillaient le mécanisme mental qui détermine le profil du tueur en série. J’aime imaginer que Dexter lui-même se serait familiarisé à ça pour essayer d’éviter de correspondre à un tel profil. Mais au bout du compte, je pense que le rôle requiert une part d’imagination. Ce gars est particulier, vu le type de gens qu’il cible et la façon dont il opère.

Comprenez-vous pourquoi les gens peuvent l’aimer ?

Nous avons tous notre côté sombre. Nous avons tous des secrets. Les ombres et les secrets de Dexter sont sans doute plus importants, moins ordinaires que pour le commun des mortels, mais je pense que c’est une des choses qui le rapproche de nous. Évidemment, c’est un tueur, mais on ne peut qu’admirer la manière dont il gère ses pulsions les plus sombres.

Vous avez des échanges avec les scénaristes ?

Je n’aspire certainement pas à écrire la série. Mais je suis le bienvenu dans la « writers room », et même encouragé à prendre part aux discussions pour déterminer la direction qu’elle va prendre et la façon d’y arriver. J’ai parfois des interventions plus spécifiques, quand je considère que certains développements trahiraient le personnage tel que je le vois et je demande des changements.

Y a-t-il parfois dans « Dexter » des scènes qui ont été tournées et qui sont retirées parce que trop violentes ?

Il y a des discussions sur les scènes gore, bien sûr, et c’est l’ensemble de nos sensibilités qui crée ce qu’on voit à l’écran. Mais je pense que les images les plus terrifiantes, ce sont celles que notre imagination invente pour remplir les blancs…

Peut-on parler de « remords » chez Dexter ?

La première fois qu’on voit Dexter en proie au sentiment de responsabilité puis au remords, c’est avec le meurtre de Rita, sa femme. C’est un traumatisme. Il aimerait se dire qu’il fait ce qu’il fait et que ça n’affecte personne, mais il a la preuve que c’est intenable. C’est ce qui nous fait sentir que le remords existe en lui. Je ne pense pas qu’il ait des remords pour ceux qu’il a tués en vertu du code (NDLR : celui de Harry, son père adoptif, qui a canalisé les pulsions meurtrières de Dexter en les tournant vers des crapules) ou parce qu’il pensait ne pas avoir le choix. Mais la saison 5 est pour moi un exercice de réparation : la vie d’une femme, Rita, a été enlevée et il a l’impression qu’il doit à l’Univers de rendre sa vie à une autre femme, Lumen.

Après six années dans ce rôle, qu’est-ce qui est le plus difficile ?

C’est de jouer un personnage qui se retrouve dans une situation que je n’avais jamais imaginée quand j’ai commencé. Quand on a tourné la première saison, je ne le voyais pas avoir des relations sexuelles un jour, se marier, avoir un enfant, établir une relation assez forte avec quelqu’un au point de l’inviter dans la pièce où il tue. Je n’imaginais pas la mort de Rita, toutes les ramifications. Je pense que négocier les retournements de l’histoire et maintenir ce que je pense être la vérité du personnage, c’est ça le défi. La remise en cause a été permanente, vu tout ce qu’on lui a fait traverser comme épreuves ! Et ce n’est pas fini.

Peut-il y avoir un happy end ?

Honnêtement, j’ai du mal à imaginer une fin totalement heureuse pour le personnage. J’ai des idées sur la façon dont l’histoire pourrait se terminer, mais les décisions doivent encore être prises. Ce qui est sûr, c’est que je me bats pour que la série se termine bien.

Vous avez été croque-mort dans « Six Feet Under », vous êtes serial killer dans « Dexter » : avez-vous des projets où vous ne seriez pas entouré de morts ?

C’est dans mon contrat de mission en tant qu’acteur d’être toujours entouré de morts ! Sans rire, je pense que la vie et la mort sont des sujets fondamentaux. Je suis reconnaissant d’avoir passé du temps sur des choses qui, d’une façon ou d’une autre, sont liées aux racines profondes de ce que c’est d’être une personne. Et j’ai toujours été attiré par le ton subversif. Ce genre de séries ne peut fonctionner que si elles sont accompagnées ou imbibées d’un sens de l’humour. Mais j’adorerais faire une comédie où personne ne meurt ! Cela dit, pendant la pause entre les saisons 6 et 7 de Dexter, je viens de consacrer quelques jours à une web série, Ruth et Erica, c’est quelque chose de nouveau. Et je suis en train de tourner un film à New York.

Il était question il y a quelques mois que vous participiez à l’adaptation de « Big Fish » à Broadway.

J’ai passé du temps avec la troupe et j’ai fait une lecture de la comédie musicale à New York, c’était fabuleux – j’aimerais trouver l’occasion de chanter et danser à nouveau. Mais avec l’emploi du temps pour Dexter, je ne pense pas qu’il me sera possible de leur donner le temps qu’ils méritent.

On parle aussi d’un projet où vous joueriez Ulysses Grant, chef d’état-major des troupes de l’Union lors de la guerre de Sécession et 18e président des USA.

C’est un projet auquel pas mal de gens sont attachés et que j’adorerais faire. Pour l’instant, la production n’est pas encore planifiée. Mais c’est un personnage fascinant. Et, pour le coup, j’aurais de nouveau un tas de morts autour de moi – je ne peux pas m’en débarrasser !

Vous ne craignez pas que Dexter vous colle à la peau pour la suite ?

Quand Six Feet Under a commencé, tout le monde me voyait comme un directeur de pompes funèbres homosexuel. Ce personnage a été la première victime de Dexter puisque tout le monde m’associe au tueur en série. Donc non, ça ne me fait pas peur, mais je suis conscient qu’inévitablement il me restera quelque chose de ce personnage.

Dexter, samedi, Be Séries, 20 h 45 (crypté).

Cinq saisons en DVD, six diffusées aux États-Unis, deux de plus à venir

Saison 1

On découvre Dexter, sa sœur Debra, les flics avec lesquels il bosse comme expert médico-légal. Et un premier adversaire qui le défie, le « tueur de glace » – son frère, en réalité.

Saison 2

Saison 2

Pour faire plaisir à Rita, sa copine, Dexter se trouve une marraine façon alcooliques anonymes. Vénéneuse. Et il est à deux doigts d’être démasqué par Doakes, un flic avec lequel il bosse.

Saison 3

Saison 3

Pour la première fois, Dexter viole son code : il tue un innocent. Ce qui le met en contact avec un étrange adjoint du procureur, Miguel Prado, qui l’a cerné et rêve… de bosser avec lui.

Saison 4

Saison 4

Dexter est marié et papa d’un petit Harrison. Une petite vie tranquille, entre famille, boulot et meurtres ? C’était compter sans un tueur vicieux nommé Trinité.

Saison 5

Saison 5

Trinité a tué Rita, Dexter est seul pour élever son fils. Il se dédouane de sa culpabilité en aidant Lumen, une jeune femme qui a été séquestrée et violée, à se venger.

Et après ?

Saison 6

Showtime a diffusé la saison aux Etats-Unis, Canal + est en train de le faire en France. Quelques indices en attendant qu’elle arrive chez nous : Dexter y est confronté à des tueurs qui agissent au nom de la foi, une donnée totalement nouvelle pour lui.