Michel Nihoul vise Connerotte, Bourlet et Verwilghen

METDEPENNINGEN,MARC

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Jeudi 4 mai 2006

P.4 Libéré, il contre-attaque : « Ils ont construit une carrière sur mon nom. »

Michel Nihoul est libre. Et il parle. Avant d'écrire un livre, dit-il. Mercredi, il a reçu quelques journalistes, dont celui du Soir, en exclusivité pour la presse écrite francophone. Un mot revient sans cesse dans son discours : « innocent ».

Mais au-delà du plaidoyer, l'ancien accusé du procès Dutroux passe à la contre-offensive. Il confirme avoir engagé deux procédures au civil contre Marc Verwilghen, l'ancien ministre de la Justice et ex-président de la commission d'enquête : « Il a construit une carrière sur mon nom. »

Le juge Connerotte et le procureur du Roi Bourlet bénéficieront bientôt du même traitement. Le premier est qualifié d'« incompétent » ; le second aurait été « habité par des fantasmes » durant l'enquête.

Nihoul contre-attaque

Justice Il a déjà intenté un procès à Marc Verwilghen

Libéré il y a une semaine, Michel Nihoul règle ses comptes. Il veut assigner le procureur Bourlet et le juge Connerotte.

Ma prison préférée, c'était Arlon. Un boulanger y livrait du pain frais tous les jours. À Saint-Gilles, le pain arrivait congelé d'Anvers. C'était moins bien. À Bruges, c'était des contrôles incessants, même à la sortie du cours de néerlandais ! Et la pire, c'était Namur et ses locaux honteusement crasseux où il m'est arrivé de rester deux jours sans manger... »

Une semaine après sa libération, Michel Nihoul, condamné à 5 ans de détention pour trafic de drogue et association de malfaiteurs lors du procès Dutroux, n'entend pas s'atteler à l'écriture de ses souvenirs pénitentiaires. Mais bien remonter aux sources de cette affaire qui lui a mangé « dix années de vie ». Ce livre, dans lequel il promet « de tout dire », devrait s'intituler Taisez-vous, Nihoul ou Je peux enfin vous le dire.

Dans le jardin de sa résidence de Zeebrugge, où il recevait hier quelques journalistes, Nihoul n'a pu s'empêcher de refréner des sanglots à l'évocation de la plaidoirie des avocats de la famille d'Eefje Lambrecks - une des victimes de Marc Dutroux - lors du procès d'Arlon. « Notre fille, avaient-ils dit, n'aurait pas supporté qu'un innocent soit condamné. Ce fut un moment extraordinaire. Mon meilleur souvenir de ce procès épuisant. »

Innocent. C'est le maître mot de Michel Nihoul. Chemise rose, cravate rayée, remplumé par une semaine de liberté et le soleil du littoral, le « cerveau » putatif du « grand réseau » que se promettaient de mettre au jour en 1996 les magistrats de Neufchâteau, qu'attendait une opinion publique tétanisée et qu'accréditaient la presse et le monde politique, entend bien le crier face à ceux qui l'ont incriminé.

« Deux procédures devant les tribunaux civils sont pendantes contre l'ex-ministre de la Justice Marc Verwilghen qui a construit une carrière sur mon nom. D'autres procédures seront lancées contre des journalistes qui eux aussi ont fait carrière sur cette affaire. »

Mais les cibles principales de Michel Nihoul sont le juge Jean-Marc Connerotte (qu'il qualifie « d'incompétent ») et le procureur du Roi Michel Bourlet (« habité par des fantasmes »).

« J'ai demandé à mes avocats de les assigner au civil. Michel Bourlet a été ignoble. À l'époque, Neufchâteau avait été dessaisi de « l'affaire du siècle », le meurtre d'André Cools. Il leur était offert une autre « affaire du siècle ». Michel Bourlet promettait que des autocars remplis de VIP viendraient bientôt stationner devant le palais de justice de Neufchâteau. Pour ce faire, ils m'ont utilisé. Lors de mes interrogatoires, on me demandait de livrer les noms de nobles, de ministres, de personnalités en échange d'un traitement plus favorable. »

Ce déferlement, Michel Nihoul en trouve l'explication dans les « fantasmes du passé » : la pseudo-affaire des ballets roses qui fut témérairement rattachée aux Tueries du Brabant avant de basculer sur le dossier Marc Dutroux : « Et vous verrez que bientôt, le dossier Fourniret connaîtra le même sort. Bourlet, on l'a laissé faire, comme il le demandait. On voit maintenant le résultat. »

« Je ne veux pas obtenir d'argent, précise Nihoul. Je veux juste que l'on dise ce qui fut. Et s'ils me demandent pardon, je pardonnerai. Car on ne peut pas vivre dans un monde sans pardon. »

À 65 ans, Michel Nihoul compte, outre son combat pour « la vérité », s'occuper de sa compagne, de ses enfants et de ses petits-enfants. « Depuis ma libération, dit-il, je me suis promené en rue. Des gens sont venus me saluer spontanément. Et même les gardiens de la prison de Bruges me disaient ne pas comprendre la lourdeur de ma condamnation. Quinze cents pilules d'ecstasy : ce fut une peine trop lourde. » Il maintient : ces pilules d'ecstasy faisaient partie d'une livraison sous contrôle de la gendarmerie.

« Bourlet le savait. Il a préféré vouloir m'envoyer 30 ans en prison plutôt que de reconnaître ses erreurs. »

Le naufragé et les commissaires

Commentaire

MARC METDEPENNINGEN

Dopé par sa libération d'il y a une semaine, Michel Nihoul affiche cette énergie du naufragé qui gesticule dès son arrivée sur la plage. Pas plus que son acquittement pour les enlèvements d'enfants ou que le résultat (très incertain) des actions judiciaires qu'il a décidé de lancer, le « livre vérité » qu'il compte publier n'effacera en rien son nom de l'affaire Dutroux. « Lorsque je mourrai, je suis sûr qu'on dira que Michel Nihoul s'en est allé avec ses secrets », se dépitait-il, hier. C'est probable. La libération de Nihoul est pourtant l'occasion de porter un regard d'historien sur l'affaire qui ébranla la Belgique, il y a dix ans, et fit s'emballer les passions, parfois jusqu'à la déraison. Les membres de la commission d'enquête « Dutroux, Nihoul et consorts », qui s'emparèrent, dans la précipitation, d'un dossier dont n'effleuraient, en 1996, que les pires soupçons se grandiraient en reprenant leur ouvrage et en le corrigeant humblement à l'aune de ce qui est dorénavant établi.