MIDRASH: UNE AIDE AUX PARENTS TOXICOMANES
CLAEYS,JANINE
Page 20
Vendredi 29 janvier 1993
Les jeunes droguées se retrouvent elles aussi enceintes
Une aide aux parents toxicomanes
Cinq pionniers se battent, à Bruxelles, pour aider de jeunes toxicomanes à devenir parents. De bons parents. Le Dr Picard, pédo-psychiatre, soigne les jeunes jusqu'à un âge où, parfois, ils se droguent. Et jusqu'à un âge où, parfois, ils deviennent parents. Il a donc dû se poser la question: «Comment faire pour que les enfants soient heureux lorsque leurs parents se droguent?» Comment faire pour que ces enfants aient de bons parents?
Il va de soi que les jeunes qui se droguent ont besoin d'aide lorsqu'ils sont sur le point de devenir parents. Or ils sont souvent coupés de leur famille, de leurs amis. Alors qui peut les aider? Bien des institutions, et notamment des centres de jour, refusent les drogués par crainte de «contamination».
Une équipe de cinq personnes, avec au centre le Dr Picard, a lancé «Midrash» - un mot hébraïque signifiant que c'est à soi-même de «se trouver» -, avec un centre qui ouvre ses portes et ses services à de futurs parents qui se droguent.
Souvent, c'est le «bouche à oreilles» qui apprend aux jeunes que le centre existe, et sinon ils y sont envoyés par un médecin. Là, on donne aux parents de la méthadone. Pour le Dr Picard, il est en effet contre-indiqué que la mère arrête tout de go de se droguer, ce qui impose à la femme une grande souffrance, en fin de compte nocive pour le foetus également; et comme il y a bien souvent rechute, cette souffrance lui est imposée plusieurs fois. Pour la mère, par ailleurs, même si elle «tient bon» pendant la grossesse, elle rechutera probablement après. Le Dr Picard juge beaucoup plus équilibré de soigner par la méthadone, qui ne provoque pas d'effet nocif pour l'enfant, et qui permet aux parents de reprendre pied dans la société. Après, quand la chose sera possible, il sera temps de tenter d'échapper à toute intoxication.
On sait comment l'ordre des médecins juge la méthadone... Il a cependant fini par accepter qu'elle soit prescrite à la femme enceinte, mais seulement à elle, c'est-à-dire pas au père, et pas après la naissance. Le Dr Picard a déposé un recours au Conseil d'État contre la directive du Conseil de l'ordre, et il semble très confiant à ce propos.
Tout en se montrant favorable à l'accès des centres de jour aux drogués, le Dr Picard tente en ce moment de mettre sur pied un centre d'hébergement ainsi qu'un centre de jour, où il y aurait divers services (blanchisserie, mais aussi services juridique, social...), et où l'on pourrait laisser l'enfant quelques heures.
JANINE CLAEYS
Consultations à la maison des Femmes prévoyantes socialistes du 4, place du Champ de Mars, 1050 - Bruxelles, Tél. 02/502.05.32, le lundi matin et le mardi.
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