Misha Defonseca : le pire est encore à venir
METDEPENNINGEN,MARC
Mardi 4 octobre 2011
Le pire est encore à venir, même si Le Soir avait révélé la trahison de Robert De Wael, la livraison aux Allemands de ses camarades des Grenadiers Résistants. Lionel Duroy convainc Misha Defonseca de l’autoriser (ce qui nous avait été refusé) à avoir accès aux dossiers de l’Auditorat militaire de Bruxelles. Deux mois de démarches sont nécessaires pour confier à l’écrivain et envoyé de Misha le dossier du lieutenant De Wael, jamais porté en jugement du fait de son décès à la forteresse de Sonnenburg. « Ce que j’ai lu était vraiment épouvantable, raconte Lionel Duroy. J’ai été horrifié par l’attitude de cet homme. S’il avait survécu, il aurait été sûrement condamné à mort par la justice belge après la guerre. »
Dès le lendemain de son arrestation, il se met aux services des Allemands. Roger Mispelaere est ainsi arrêté le premier : la Geheime Polizei découvre chez lui un fusil et 60 cartouches maçonnés dans un mur : De Wael était le seul à connaître cette cachette. En 1942, il se présente, en compagnie de trois agents de la Gestapo de Cologne dans le bureau de l’officier allemand Wilhem Krumkamp, arrêté à la Libération : « Dans mon bureau, le lieutenant De Wael se mit en devoir de relever le numéro de téléphone de divers bourgmestres. Il téléphona ensuite à ces bourgmestres pour connaître les adresses d’une vingtaine d’officiers belges de la Résistance. De Wael n’était sous l’emprise d’une quelconque contrainte. Il agissait bien librement. »
D’autres témoins racontent par le menu comment Robert De Wael se présenta sous les fausses qualités d’un « évadé d’Allemagne » auprès des épouses de ses anciens camarades de combat, chaque fois accompagné d’agents de la Gestapo. Ces trahisons répétées ne lui épargnèrent pas la vie, pas plus qu’elles ne lui rendirent sa Germaine et sa Monique. « Les nazis avaient horreur des traîtres… », estime Lionel Duroy.
Lorsqu’il livre ce dossier noir et accablant à Monique De Wael, l’écrivain est confronté à une femme abattue, proche du suicide, à nouveau plongée dans un passé qu’elle subodorait mais dont, dit-elle, elle ne connaissait pas les détails, faute d’avoir cherché à les connaître : « Elle a pris ces révélations extrêmement mal. Un moment, elle s’est réfugiée dans les toilettes. Je crois qu’elle a vomi… ». La « fille du traître » apprend l’ampleur de l’infamie qui pèse sur son père. Elle avait l’intuition qu’il avait fauté. Mais pas à ce point-là. Son géniteur lui est révélé sous les traits d’un authentique salaud. Le dossier de l’Auditorat militaire et les témoignages de ses victimes révèlent qu’en aucune manière, il n’avait cédé à la torture. « En tout cas pas physique, sans doute morale », estime Lionel Duroy.
Comment expliquer que Monique De Wael, alias Misha Defonseca, ait pris le risque fou de se dévoiler ? Ce travail mental, qui va du chagrin intime que doit ressentir une fillette « déparentalisée » dans des circonstances de guerre et de souffrances indicibles jusqu’à la construction réfléchie d’une fable, Lionel Duroy la rapporte, sur foi de ses entretiens avec Monique De Wael.
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