Misha Defonseca ne pouvait ignorer qui étaient ses parents
METDEPENNINGEN,MARC
Lundi 3 octobre 2011
Lionel Duroy, le prolifique écrivain dont l’œuvre est hantée par le parcours de vie des enfants de traîtres ou de nazis (son père était profondément antisémite), se décide à comprendre le parcours – au moins – mythomaniaque de Misha Defonseca et d’entreprendre une enquête serrée dans la vie de la faussaire. Précisons-le : Duroy « voulait faire ce livre ». Le financement (dont sept déplacements à Boston) a été assuré par les éditions XO qui avaient produit et promu le livre Survivre avec les Loups.
« Lorsqu’elle m’a reçu à Boston, raconte Lionel Duroy, elle avait l’espoir que je démontrerais que son père n’avait pas été l’homme qu’elle redoutait… Après l’enquête du Soir, elle était au bord du suicide. Elle allait m’aider. » Et Misha Defonseca-Monique De Wael lui révèle : « Je crois avoir des lettres de mon père envoyées depuis la prison. »
Un trésor enfoui dans un garde-meubles de Boston, trésor qu’elle avait transporté avec elle depuis sa jeunesse, signe qu’elle ne pouvait ignorer qui étaient son père et sa mère. Ces lettres, parfois écrites à la sauvette sur des papiers de récupération, des emballages, au crayon gras, racontent la détresse de Robert De Wael, arrêté à Schaerbeek, dont l’épouse Germaine Donvil est, elle aussi, incarcérée ; dont la fille Monique est confiée à la garde de ses parents. Elles offrent le récit terrifiant du quotidien d’un prisonnier des nazis : la peur, l’angoisse pour les siens, les privations.
Lionel Duroy en publie des fac-similés et des extraits : « Il faut faire mener à Monique une vie régulière », « Je veux qu’elle reste catholique », « Toujours cette pensée obsédante, la libération de Germaine », écrit-il du fond de ses geôles successives.
Monique De Wael affirme ne jamais avoir lu ces lettres, pourtant thésaurisées depuis des décennies et qui lui racontent la fin de ces parents dont elle dit avoir ignoré le destin.
Même si Le Soir avait révélé la trahison de Robert De Wael, la livraison aux Allemands de ses camarades des Grenadiers Résistants. Lionel Duroy convainc Misha Defonseca de l’autoriser (ce qui nous avait été refusé) à avoir accès aux dossiers de l’Auditorat militaire de Bruxelles. « Ce que j’ai lu était vraiment épouvantable, raconte Lionel Duroy. J’ai été horrifié par l’attitude de cet homme. S’il avait survécu, il aurait été sûrement condamné à mort par la justice belge après la guerre. »
CHATTEZ avec LIONEL DUROY le jeudi 6 octobre de 12h30 à 13h30.
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