MISSION EUROPEENNE REFUSEE A MURUROA L'ESPRIT DE LA GLANOST NE SOUFFLE PAS EN POLYNESIE PARIS:DE FAUSSES FISSURES

DE MUELENAERE,MICHEL

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Jeudi 5 octobre 1995

Mission européenne refusée à Mururoa

L'esprit de la «glasnost»

ne souffle pas en Polynésie

La Commission européenne n'a pas pris position, mercredi, sur la conformité des essais nucléaires français avec le traité Euratom - la Communauté de l'Energie atomique. Elle dispose néanmoins d'éléments suggérant que les autorités françaises ne jouent pas le jeu de l'ouverture jusqu'au bout. Un «rapport sommaire» rédigé par trois experts qui se sont rendus en Polynésie française du 17 au 30 septembre est sans ambiguïté. Ce document, dont «Le Soir» a obtenu copie, indique que faute d'avoir eu accès à toutes les installations françaises et d'avoir reçu toutes les informations sur l'impact environnemental des tests, les experts se disent dans l'impossibilité de donner une appréciation sans réserve sur l'efficacité et la conformité du système de surveillance mis en place en Polynésie.

Hier, les commissaires se sont donné jusqu'à la semaine prochaine pour prendre une position définitive. D'ici là, la collecte d'informations se poursuit. Il s'agira notamment de déterminer si la France a adopté l'attitude de coopération loyale à laquelle elle est tenue. Dans le cas contraire, l'exécutif européen pourrait ouvrir une procédure pour infraction à l'article 35 du traité Euratom autorisant la Commission à visiter les installations de contrôle de la radioactivité dans chaque Etat membre.

Les essais n'ont eu aucune conséquence sur l'environnement, la totalité des travaux d'experts l'atteste, insistait, lundi, le ministre français des Affaires étrangères, Hervé de Charette. Pour autant qu'ils aient pu en juger, les experts ne contestent pas ce point de vue. La plupart de leurs observations sont satisfaisantes, dit le rapport.

Avec la mission de la Commission, poursuivait M. de Charette, nous avons été aussi clairs et aussi transparents que possible. Pas suffisamment aux yeux des experts, semble-t-il. Arguant du secret militaire, les autorités françaises ont refusé l'accès aux sites de Mururoa et de Fangataufa. Certaines installations n'ont pu être visitées que partiellement. Quant au reste, les experts ont plusieurs fois reçu des informations n'allant, selon leurs dires, pas au-delà de ce qui était déjà disponible. Certes, comme le rappellent les juristes de la Commission, le traité Euratom ne confère aucun droit d'accès aux installations couvertes par la législation nationale en matière de secret militaire. Mais la France cache-t-elle quelque chose ? Ce «quelque chose» est-il une violation de ses obligations européennes ?

MICHEL DE MUELENAERE

Paris : de fausses fissures

Le ministre français des Affaires étrangères, M. Hervé de Charette, a menacé le journal «Le Monde» de poursuites judiciaires, mercredi devant les députés, en raison des informations publiées mardi sur les fissures qui mineraient l'atoll de Mururoa. Je voudrais m'insurger contre ces indications mensongères : cette carte (que «Le Monde» a publiée en l'attribuant aux autorités militaires) n'émane d'aucun service, je crois savoir qu'elle est truquée a déclaré M. de Charette. Jamais n'a été repérée aucune fissure d'aucune sorte, qui eût d'ailleurs été impossible à combler ou à réparer, comme le prétend mensongèrement ce journal, a-t-il poursuivi. Selon le ministre, le journal s'expose ainsi aux dispositions de la loi contre la diffusion de fausses nouvelles.

De leur côté, les services diplomatiques français ont publié une mise au point selon laquelle l'hypothèse d'une fracturation des atolls de Mururoa et de Fangataufa est totalement erronée. Les atolls polynésiens sont d'anciens volcans constitués d'un soubassement basaltique dur et compact de plusieurs milliers de mètres de profondeur... Les expérimentations nucléaires ont lieu au coeur même du soubassement, à des profondeurs pouvant dépasser mille mètres. Elles créent une cavité dont le toit peut s'affaisser en provoquant une zone d'éboulis. Les zones formées à la suite des différentes expérimentations sont suffisamment éloignées les unes des autres pour limiter les interférences possibles. Le volume total des cavités consécutives aux essais depuis le début des campagnes représente, par rapport au volume de l'atoll, environ un dix millième. L'hypothèse d'une rupture de l'atoll est donc dépourvue de toute espèce de fondement, est-il indiqué.

Sur tous les atolls, les structures calcaires superficielles présentent des phénomènes de fissures. Ces fissures, appelées fractures bordières, n'affectent en rien la solidité du socle basaltique. Elles existent à l'état naturel, sont bien connues des milieux scientifiques et sont visibles en fait sur la plupart des atolls de Polynésie, est-il encore précisé. (Avec AP et AFP)