Le tram entre craintes et enthousiasme

BODEUX,PHILIPPE

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Jeudi 31 mai 2012

Mobilité 600 personnes au Palais des Congrès

Boulevard de la Sauvenière, il n’y aura plus qu’une seule bande de circulation. Comment vont faire les personnes qui se garent en double file pour aller prendre leur papier aux agences d’intérim ? Mon mari est notaire à Sclessin, son étude sera-t-elle encore accessible alors qu’on supprime la circulation sur certains tronçons ?

Les questions ont fusé mardi soir à la première présentation du tracé complet du futur tram, entre Jemeppe et Herstal. Durant près de deux heures, le représentant du bureau d’études « Liègetram » a détaillé avec précision l’emprise du nouveau mode de transport. « Un des objectifs est de faire diminuer la circulation automobile de 20 % au centre-ville en créant 7 parkings d’échanges à divers endroits le long de la ligne », souligne d’emblée Pierre Tacheron, porte-parole de « Liègetram » chargé par la Région d’étudier le tracé. « Comment pourra-t-on avoir accès à notre logement qui se situe en Feronstrée ? », demande un Liégeois. « Il y aura des cartes de stationnement pour les riverains et des accès spéciaux pour les livraisons », explique le bourgmestre Willy Demeyer. « Quand nous supprimons du parcage riverain, nous le remplaçons par des petits parkings situés à proximité », ajoute Pierre Tacheron.

Dans l’assemblée, un représentant des 400 commerçants ambulants de la Batte s’interroge : « Où allez-vous déplacer le marché durant les travaux ? Une fois ceux-ci terminés, comment allez-vous compenser les espaces perdus, en particulier celui du quai Saint-Léonard ? » « On y réfléchit », répond le bourgmestre. Un autre s’inquiète des options techniques. « Au centre-ville, le tram pourrait être alimenté par le sol. Qu’adviendra-t-il en cas de gros orages où une partie de la place Saint-Lambert est sous eau ? »

Certains saluent l’intégration du vélo tout au long du parcours ou encore la large plage de fonctionnement (de 5 h à minuit). Mais une jeune fille s’inquiète de l’éclairage des stations le soir (surtout en hiver) et de la distance entre le cœur des quartiers et les stations. « Marcher 500 mètres avec ses courses et ses enfants pour rejoindre une station, c’est trop ! » « L’écart moyen entre les stations (30 sur les 17 km de tracé) est de 450 mètres, rétorque Pierre Tacheron. Treize d’entre elles seront pourvues de pôles d’échange avec le bus, la voiture, le vélo ou le train. » « Pouvez-vous me dire quelles lignes de bus seront encore en service ? Il faut que je puisse m’organiser », lance un usager exclusif des transports en commun. « Tout le réseau de bus va être réorganisé », répond Jean-Marc Vandenbroucke, président de la SRWT.

« Et l’extension du réseau en Outremeuse et vers Fontainebleau, c’est pour quand ? » se demande un habitant du quartier Sainte-Marguerite qui rappelle l’étude de la Transurbaine qui envisage un axe 2. « Nous allons d’abord essayer de trouver la centaine de millions d’euros qui manque pour boucler l’axe 1 », répond Willy Demeyer. « Les lignes suivantes dépendront du succès de la première », ajoute Pierre Tacheron. Dans la salle, un représentant de l’association Urbagora énumère les critiques déjà relayées par la presse : le tram n’est pas assez urbain et loupe les quartiers denses, n’a pas assez de complémentarité avec le chemin de fer dans sa partie nord ou encore sa trop grande emprise (7,1 m au lieu de 6) écarte de facto le passage dans des rues étroites. « Nous avons en effet prévu une emprise de 7 m sur la base des expériences françaises de manière à éviter au maximum les accidents », répond Pierre Tacheron. Il est près de 23 h, la séance d’information touche à a sa fin. Une grande question demeure : l’impact des travaux sur la vie des habitants et des commerçants. Ce sera assurément la phase la plus délicate.

Infos : www.keskistram.be et www.tramliege.be

Polémique

Seraing boude le tram

« Je ne vois pas pourquoi je m’intéresserais au tram, c’est un projet liégeo-liégeois » a déclaré Alain Mathot à nos confrères de Sudpresse. Le bourgmestre PS de Seraing boude le tram depuis que le gouvernement wallon a décidé de réduire le tracé à Sclessin-Coronmeuse. Contrairement à son homologue de Herstal (Frédéric Daerden) qui espère un financement complémentaire pour réaliser tout l’axe 1, Alain Mathot dit préférer concentrer ses forces sur la ligne 125 A pour y faire rouler un train entre Seraing et Liège. Une posture qui, à court terme, est sans doute plus rentable électoralement. Par contre, le PS apparaît à nouveau divisé sur un projet majeur pour l’agglomération. Enfin, il sera toujours temps pour le maïeur serésien de se raviser le jour où ses camardes de la Fédération auront trouvé une centaine de millions d’euros complémentaires pour financer les bouts de ligne. Et les regards de se tourner vers la Province et son député en chef André Gilles qui, pour l’instant, a vu filer sous son nez la réalisation du tronçon vers Jemeppe, son fief.

le centre-ville plus piéton

Place Saint-Lambert

Fini de la traverser en voiture par tous les sens. Seule la traversée Cadran-Léopold sera encore permise (deux fois une bande) avec un seul sens rue Joffre vers le boulevard de la Sauvenière. Pour le reste, le rond-point situé devant l’Opéra devient une vaste zone piétonne tandis que le tunnel vers la gare des bus est comblé puisque le tram passe en surface. Aux oubliettes la gare des bus autour de l’Opéra tandis que les autres sont fortement allégées puisque quantité de lignes de bus ne viennent plus jusqu’au centre-ville.

Feronstrée sans voitures

Toute la rue devient piétonne – y compris la rue de Bex devant l’hôtel de Ville – avec des zones spécifiques dédiées aux livraisons et aux riverains. Pour rappel, en semaine, le tram se dédouble passant dans un sens par Feronstrée, dans l’autre par la Batte. Le dimanche, il passe uniquement par Feronstrée, en alternance sur une voie unique.