Tram : Liège 2017 avant tout

BODEUX,PHILIPPE

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Mercredi 11 mai 2011

Mobilité Le ministre de la Mobilité Philippe Henry répond à Urbagora

La sortie tonitruante d’Urbagora – « Le projet tram tourne au fiasco » – dans Le Soir du 7 mai a fait réagir les deux principaux responsables du dossier, le ministre wallon de la Mobilité Philippe Henry et l’administrateur-général de la Société régionale wallonne de transport (SRWT), Jean-Marc Vandenbroucke.

En résumé, Urbagora leur reproche de manquer d’une réflexion urbaine d’envergure pour que le tram ne se résume pas à un up-grade technique du bus sur la ligne Jemeppe-Herstal mais qu’il serve à transformer la région liégeoise. Et l’association de regretter amèrement la mise au placard du Plan urbain de mobilité (PUM) censé planifier les aménagements à venir.

« Le PUM est convaincant, il n’est pas encore clôturé, c’est vrai, mais nous avons dû nous concentrer sur le projet de tram pour respecter le délai serré de 2017 dont je ne suis pas responsable, déclare Philippe Henry. Au-delà de l’urgence de la réalisation de la première ligne – travail coordonné par la SRWT – le GRE (Groupe de redéploiement économique du pays de Liège) planche sur des tracés complémentaires transversaux. Les résultats sont attendus pour le mois de juin. » Quant au manque d’intégration avec le réseau SNCB et un futur RER, Philippe Henry avance, de nouveau, l’argument du délai : « On ne peut pas attendre les conclusions de l’étude de la SNCB pour avancer sinon on ne fait rien. Urbagora pratique le “yaka” et est à côté de la plaque quand elle parle de ”fiasco”.

La comparaison avec les ratés du métro de Charleroi – ligne en rase campagne – a fait bondir la SRWT. « Si nous allons jusque Jemeppe en traversant une zone peu peuplée sur plusieurs kilomètres c’est parce que nous rejoignons un pôle multimodal et que c’est à Jemeppe que se trouve la meilleure localisation pour le dépôt, déclare Jean-Marc Vandenboucke. Ceci dit, il pourrait également être situé à Bressoux si le pont Atlas est en mesure de supporter le passage du tram ». Accusée par Urbagora de concevoir un tram « concurrent du train », la SRWT réagit fermement : « On ne peut pas attendre les décisions de la SNCB pour démarrer et nous suivons les conclusions du PUM – même s’il n’est pas officiellement approuvé – qui a étudié l’ensemble des modes de transport dans l’agglomération. »

Le privé en renfort partiel

Sur la question du partenariat public-privé qu’Urbagora juge « très risqué », Jean-Marc Vandenbroucke est confiant. « Nous respectons les critères à savoir que nous transférons le risque d’investissement vers le privé pour deux volets : la construction et la maintenance de la ligne. Le risque commercial, nous l’assumerons. » La SRWT apporte des précisions quant au coût du tram. « Il a été réévalué, passant de 500 à 506 millions d’euros pour les 17 km entre Jemeppe et Herstal. »

Urbagora plaidait également pour un concours d’architecture, histoire que ce ne soit pas toujours les mêmes qui transforment la ville. « Ce n’est pas possible d’organiser un concours, question de délais. Ce sera le consortium privé tramliège – l’Atelier du Sart Tilman en fait partie – qui dessinera les aménagements », déclare Jean-Marc Vandenbroucke. Pour Philippe Henry, c’est moins clair tandis que l’échevin de l’Urbanisme Michel Firket plaide pour un véritable concours d’architecture des stations et de design des rames (lire ci-contre).

Enfin, face au manque d’information et de concertation dénoncé par Urbagora, le ministre Philippe Henry promet la mise en ligne prochaine d’un site internet sur le tram. Avant l’été ?

Le mémorandum de la Ville

Outre le transport de passagers d’un point à l’autre, quel sera le bénéfice du tram ? Le département de l’Urbanisme de la Ville de Liège vient de publier un mémorandum qui reprend les éléments à prendre en compte. « À commencer par l’intégration du PUM (plan urbain de mobilité), le meilleur moyen de développer une conscience d’agglomération, déclare l’échevin de l’Urbanisme Michel Firket (CDH), à l’origine de la démarche avec ses collègues des autres communes. Le PUM est depuis 30 mois sur la table du ministre et il n’a toujours pas été approuvé. Ça commence à dater… » Voici, en résumé, les demandes de la Ville.

Matériel roulant. « Le design du tram soulignera le renouvellement urbain ». La Ville propose la mise en lice de trois projets associant designers et artistes puis la tenue d’un concours auprès du public.

Intermodalité. « Tous les modes de déplacement doivent être pris en compte ». La Ville veut des lieux d’attente confortables pour le piéton, des quais spacieux et entièrement accessibles aux personnes à mobilité réduite. En ce qui concerne le vélo, la ligne de tram doit intégrer les cyclistes sur un site spécifique parallèlement au tracé mais également perpendiculairement. Les arrêts doivent être accessibles aux vélos, pourvus d’espaces de stationnement couverts et/ou sécurisés. Enfin, le cycliste doit pouvoir embarquer gratuitement avec son vélo dans le tram en heures creuses et les week-ends. Ensuite, le tram implique une refonte complète de l’organisation des lignes de bus afin de reporter un maximum de voyageurs vers le tram et de renforcer la desserte fine des quartiers. « Nous réclamons une attention particulière sur les lieux d’échange tram-bus et train-tram ». Enfin, la ville veut des parkings-relais pour « réorganiser profondément les circulations automobiles ».

Espaces publics. « L’implantation d’une ligne de tram doit réduire la place et la vitesse de la voiture et rééquilibrer le partage de l’espace public en favorisant les modes doux. » La Ville réclame deux principes d’aménagement : un revêtement gazonné sur des parties de ligne (quais, boulevard de la Sauvenière et Avroy) et un revêtement minéral pour les parties historiques. Quai Saint-Léonard, elle réclame une promenade piétonne le long de la Meuse et une réduction de la circulation automobile à deux fois une bande. Enfin, elle défend le principe d’une alimentation électrique par le sol ainsi que la tenue d’un concours pour les aménagements (station, rénovation de façade à façade…) et les interventions d’art public.

Communication. Site internet, journal du tramway, ambassadeurs du tram : la Ville dresse un exemplaire non-exhaustif des outils de communication destiné à accompagner l’implantation du tram.