Un tracé du tram presque unanime

BODEUX,PHILIPPE

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Samedi 22 octobre 2011

Mobilité Nouvelle réunion du Comité exécutif

La deuxième réunion était la bonne ! Ce vendredi, le comité exécutif du tram (1) a approuvé le tracé définitif. On se rappelle que la semaine passée, le PS est apparu divisé sur le sujet.

Ainsi Alain Mathot s’était dit « étonné de voir subitement le tram traverser la Meuse pour rejoindre Bressoux alors qu’à Seraing ce n’était pas possible ». Autre grief du maïeur sérésien : le manque d’assurance au niveau de la poursuite de la ligne au-delà de Sclessin. Frédéric Daerden disait « partager les craintes » de son homologue sérésien mais était plutôt satisfait de voir un tram emprunter le boulevard Zénobe Gramme au lieu de plonger dans le cœur de Herstal.

Manifestement, le président de la fédération liégeoise du PS, Willy Demeyer a rappelé les troupes socialistes à l’ordre puisque, cette fois-ci, le tracé a été adopté à la quasi-unanimité. « J’émets encore des réserves sur quelques points : l’impact socio-économique sur la rue des Guillemins qui ne verra pas le passage du tram – il passe sur l’esplanade puis rue Varin – ainsi que les répercussions pour le marché dominical de la Batte, déclare la conseillère communale Christine Defraigne (MR) qui s’est abstenue sur le choix du tracé. J’aimerais aussi avoir des apaisements sur le désenclavement d’Outremeuse. Manière polie de regretter que le tram ne passe pas en rive droite, pourtant fort peuplée… On le sait : le tram est aussi et surtout un projet politique où l’intérêt de desservir les communes en amont et en aval est plus fort que celui d’irriguer les quartiers peuplés de la Cité ardente. Ce que ne manque pas montrer un projet de tracé alternatif élaboré par Pierre Arnould, ingénieur architecte de formation (lire l’infographie).

Un point n’est pas tranché : le passage par les quais de la Batte. Si la décision retenue est d’avoir un sens de circulation via Feronstrée et l’autre sens par les quais – ce qui permet de tout faire passer par Feronstrée le dimanche, jour de Batte, au moyen d’une circulation alternée sur une seule voie –, le comité exécutif laisse la possibilité d’une double voie quai de la Batte.

Pour le reste, on retiendra que le trafic sera coupé au Standard les jours de match, que le passage aux Guillemins s’opère via la future esplanade, que la rue Saint-Léonard est soigneusement évitée de même que le centre de Herstal. Et on remarquera que nombreux sont les endroits où le tram ne passe pas dans un quartier mais longe, ici la Meuse, ici la voie ferrée ou le canal Albert. Cela a l’avantage d’éviter des expropriations et d’assurer une vitesse commerciale suffisante (17km/h) mais n’améliore pas, voire diminue, l’accès des Liégeois au transport en commun.

(1) Il réunit le cabinet du ministre Écolo Philippe Henry, les représentants de la Société régionale wallonne de transport, les bourgmestres des communes concernées et des représentants du PS du MR d’Écolo et du CDH.

Manque d’usagers sur les bouts de ligne

L’association Urbagora a déjà exprimé ses profondes réticences vis-à-vis du tracé du tram choisi par le comité exécutif. À savoir : la quasi-absence d’intermodalité, la faible complémentarité avec le chemin de fer, le passage dans des zones peu peuplées ou l’« oubli » de la rive droite.

Pierre Arnould, ingénieur-architecte de formation, enfonce le clou en mettant en évidence (lire l’infographie) le manque d’usagers sur les bouts de lignes. « Ce n’est pas moi qui le dis mais les études techniques menées par le consortium Liège Tram : entre Sclessin et Jemeppe ainsi qu’entre Coronmeuse et Herstal, le nombre d’usagers par jour descend à 6.550 et 8.600 voyageurs. Qui plus est, entre Jemeppe et Sclessin le tram traverse un « no man’s land » de plusieurs kilomètres, parallèle à la ligne de chemin de fer. C’est absurde, alors que des zones situées en rive droite comme Bressoux, Outremeuse et plus loin Seraing sont ignorées », déclare Pierre Arnould qui a élaboré un projet alternatif.

Celui-ci prévoit, dans un premier temps, de se concentrer sur le tronçon Sclessin-Coronmeuse où la saturation actuelle exige le recours au tram. Moins de rames (15 au lieu de 31) mais pas moins de fréquences grâce à un système de double départ – les 10 minutes en bout de ligne, les 5 minutes au départ de stations intermédiaires – et cela grâce à deux dépôts situés l’un à Sclessin et l’autre à Coronmeuse auxquels seraient joints une connexion avec les bus et un parking-relais. « Attention, ne confondons pas centre de maintenance – établi à Tilleur et où les trams vont à l’entretien une fois par semaine – et dépôt journalier où ils sont remisés au plus près de la ligne pour éviter les trajets à vide et où ils peuvent être réinjectés facilement dans le réseau, aux heures d’affluence. »

La proposition ne fait pas le deuil des antennes vers Seraing et Herstal mais laisse la place à une réflexion plus globale sur la mobilité dans l’agglomération au-delà de l’échéance de 2017 avec la prise en compte d’un RER liégeois sur les lignes existantes.