Mondialisation - L'OMC entre dans le vif du sujet à Cancún Bousculade autour du coton africain

REGNIER,PHILIPPE

Page 10

Vendredi 12 septembre 2003

Mondialisation - L'OMC entre dans le vif du sujet à Cancún

Bousculade autour du coton africain

PHILIPPE REGNIER,

envoyé spécial

CANCÚN

Notre production de coton est sinistrée en raison des subventions accordées par certains pays développés à leurs producteurs. Boubou bleu, couvre-chef, barbe poivre et sel, le chef de la délégation du Tchad s'adresse à ses homologues réunis au sommet de l'Organisation mondiale du Commerce. L'assistance s'est clairsemée, mais les délégués africains présents applaudissent chaudement. Le Tchad, le Bénin, le Mali et le Burkina Faso demandent à leurs collègues de l'OMC une décision urgente, à Cancún, pour résoudre leurs problèmes.

La 5e conférence ministérielle de l'organisation ouverte mercredi va probablement s'emparer de ce dossier pour montrer sa compassion envers les plus pauvres. Comme lors du précédent sommet, à Doha, lorsque les Etats membres avaient affirmé le droit des pays en développement à recourir aux médicaments génériques meilleur marché. Cette attention avait pesé lorsque les pays du Sud avaient dû décider s'ils acceptaient d'engager de nouvelles négociations pour libéraliser les échanges...

Cette fois, c'est le directeur général de l'OMC en personne, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi, qui a été chargé jeudi de déminer le terrain. Les quatre Africains veulent rien moins que l'élimination des subventions du Nord en trois ans. Et la constitution d'un fonds de compensation dans l'intervalle.

Dans le collimateur : les Etats-Unis, surtout, mais aussi l'Union européenne. Les subventions faussent le libre commerce et annulent le seul avantage comparatif dont nous disposons (NDLR : des faibles coûts de production), expose Chogel Maiga, le ministre malien. Or, bons élèves des médications préconisées par le FMI, les quatre misent tout sur l'exportation du coton pour faire décoller leurs économies. Las !, les subventions massives dans les pays riches ont « boosté » la production et le volume des exportations américaines : les cours se sont effondrés. L'Afrique évoque une perte annuelle de revenus de 1 milliard de dollars...

Les exportations de l'Union sont négligeables et nous ne les subventionnons pas, se défend le commissaire européen au Commerce Lamy. Washington, très déterminé à obtenir l'élimination des subventions à l'exportation de produits agricoles, ne paraît pas disposé à bouger sur le front du coton... Les Etats-Unis proposent plutôt d'ouvrir leur marché et de contribuer au développement d'une capacité industrielle, pour transformer la plante en textile et en vêtements avec une valeur ajoutée - les entreprises américaines pourront investir ! La polémique n'est pas perdue pour tous, alors que l'agriculture se trouve au coeur des débats à Cancún qui, pour l'heure, tâtonnent : des pays comme l'Australie et le Canada, gros producteurs et ardents défenseurs d'une libéralisation totale des échanges agricoles, ont opportunément volé au secours des cotonculteurs africains.

Instrumentalisés ? La démarche des Africains a été organisée par Ideas, une association d'ex-fonctionnaires de l'OMC, ultralibérale, qui affirme que tous les problèmes viennent des subsides, réagit Marek Poznanski, de l'ONG belge « Plateforme souveraineté alimentaire ». Or les cours du café se sont effondrés sans subsides ! Les quatre devraient aussi proposer de gérer l'offre sur un marché saturé. Mais leur discours colle à celui de l'OMC. Et ils sont populaires en Afrique en défiant les Etats-Unis.·