Monnaie La sortie feutrée du franc belge Monnaie Dans deux jours, ce sera la fin de la circulation de notre devise nationale La mort du franc, sans nostalgie

SERVATY,PHILIPPE

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Mardi 26 février 2002

Monnaie La sortie feutrée du franc belge PHILIPPE SERVATY

Le franc belge a disparu du portefeuille bien plus rapidement que prévu, même si nous continuons à l'utiliser mentalement pour convertir des montants en euros peu habituels. Si bien que la fin de la période de double circulation franc et euro, et donc la mort du franc, prévue le 28 février, ne devrait plus être qu'une date pour manuels scolaires.

Quasiment plus personne n'utilise encore les pièces et les billets en franc. Les Belges se sont montrés les plus enclins à les rentrer à la banque. Chez nous, la valeur des billets en euro en circulation par rapport à la valeur totale des billets était de 86 % le 22 février, précise Nabil Jijakli, porte-parole du commissariat à l'Euro.

Il reste cependant 45,8 millions de billets en franc en circulation pour une valeur de 54,9 milliards de francs. On escompte que 10 milliards de francs ne seront jamais échangés. Pur profit pour l'Etat: 250 millions d'euros, c'est ce qu'a coûté l'introduction de la monnaie unique.

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Monnaie Dans deux jours, ce sera la fin de la circulation de notre devise nationale La mort du franc, sans nostalgie

La période de double circulation franc/euro se termine ce jeudi à minuit. Un non-événement pratique: les francs, qui nous restent, sont dans notre bas de laine, pas dans notre portefeuille.

PHILIPPE SERVATY

Vendredi, aucun commerçant n'acceptera encore vos pièces et billets en franc (ils gardent évidemment toute leur valeur à la banque). La veille, à minuit, le franc aura trépassé comme moyen de paiement: l'euro, qui tolérait le franc depuis son arrivée le 1er janvier, régnera alors en maître absolu dans les échoppes. Il en va ainsi pour huit autres monnaies nationales de la zone euro pour lesquelles il a été décidé que le 28 février marquerait la fin de la période de double circulation. Trois pays ont occis leur devise avant nous: les Pays-Bas (le 27 janvier), l'Irlande (le 9 février) et la France (le 17 février). Tout s'y est déroulé sans anicroche.

La proportion

de paiements par carte

n'a pas augmenté,

à l'exception de Proton

Ce cap se passera également sans problème chez nous. Dès la mi-janvier, près de 90% des paiements en liquide se faisaient déjà en euro, ce qui a surpris tout le monde. A l'origine, il faut s'en souvenir, les autorités avaient prévu une période de double circulation de six mois pour que chaque couche de la population puisse s'adapter à son rythme. Placés devant une échéance inéluctable, les Belges, comme les autres peuples de la zone euro, ont décidé de s'adapter sans tarder. Et sans crainte: la proportion de paiements par carte (crédit ou débit) n'a pas augmenté, à l'exception de Proton. Les Belges n'ont pas eu peur de se faire «rouler» en utilisant les billets et les pièces en euro. Même quand ces dernières n'arborent pas le profil bonhomme et rassurant d'Albert II: déjà 15% des pièces, qui circulent en Belgique, ont une face étrangère. Elles viennent évidemment très souvent de France, des Pays-Bas et d'Allemagne, nos voisins.

Les Belges ont été abreuvés dès janvier de petites coupures en euro. Les billets de 5 et 10 euros reviennent à présent en masse à la Banque nationale de Belgique (BNB). Ils sont devenus excédentaires par rapport à un usage en vitesse de croisière. En revanche, les Belges sont aujourd'hui très demandeurs de coupures de 100, 200 et 500 euros, les seules qui ne sont pas disponibles dans les distributeurs automatiques publics ou privés.

Mais si la proportion de transactions en franc est devenue dérisoire depuis plusieurs semaines, cela ne veut pas dire qu'il ne reste plus de billet et pièce en possession des particuliers: ces francs-là sont simplement restés dans les bas de laine des Belges.

Selon un bilan dévoilé lundi par la Banque nationale de Belgique, il restait, vendredi dernier, 45,8 millions de billets pour une valeur de 54,9 milliards de F, ce qui correspond à 13 % du nombre de billets et à 10% de leur valeur de ce qui circulait au début 2001. Le nombre de billets de 100 F, 200 F et 500 F encore en circulation est en proportion plus importante (20%) que les coupures supérieures (1.000 F, 2.000 F et 10.000 F). Une explication: les petits billets s'égarent plus facilement et sont plus souvent gardés par les touristes étrangers. Le gouvernement s'attend à ce qu'un montant global de près de 10 milliards de F (billets et pièces confondus) ne soit jamais échangé contre des euros, ce qui constituera un bénéfice pour le Trésor.

Les pièces restent, elles, encore très nombreuses à circuler. Au début 2001, on comptait 4 milliards de pièces en franc en circulation, soit une valeur de 23,4 milliards de F, nous précise Nabil Jijakli, porte-parole du Commissariat général à l'euro. Au 22 février dernier, quelque 2,62 milliards de pièces (ou 12,6 milliards de F) n'étaient pas encore rentrées dans les coffres de la BNB. Des stocks doivent se trouver auprès des transporteurs de fonds mais nous estimons qu'environ 1,3 milliard de pièces ne reviendront jamais, sans doute perdues pour toujours. Et la nostalgie, camarade? Si peu , rétorque M. Jijakli. Nous avions interrogé les Belges à ce sujet en 1999 pour préparer la transition. Il en ressortait qu'à peine deux millions de pièces seraient conservées par les Belges comme souvenir. Une pièce pour cinq habitants. Les Belges ne sont pas collectionneurs , avance M. Jijakli, qui fait remarquer que les Allemands sont plus nombreux que les Belges à lui demander une collection complète de pièces en euros à face... belge.