Morale : un cours fourre-tout ?
LHUILLIER,VANESSA
Page 17
Mercredi 11 janvier 2012
Nos voisins français sont souvent très surpris et très critiques par rapport à ce cours dont l’appellation paraît venir tout droit des années 50. Et pourtant, nous sommes bien loin d’un cours moralisateur puisque son but est essentiellement d’ouvrir l’esprit des élèves afin qu’ils puissent effectuer leur choix de vie. Seulement, parfois, ce cours se transforme en salle de cinéma ou en ludothèque. Non décisif pour le passage dans la classe supérieure, les élèves ne s’y investissent pas. Et les professeurs non plus. Du coup, dans certaines écoles, il devient un cours fourre-tout donné à des enseignants qui n’ont pas un horaire complet. On est donc bien loin de l’esprit premier du cours de morale.
Ce cours est d’abord né du Pacte scolaire de 1958. Dans l’enseignement officiel, il faut donc dispenser des cours de religion (catholicisme, protestantisme, islam et judaïsme) ainsi qu’un cours de morale laïque.
On respecte ainsi la liberté de choix de culte et de philosophie.
Au fil des années, le cours de morale laïque est surtout devenu un cours de morale philosophique. « Cette matière a toujours été définie de manière négative, explique Joachim Lacrosse, professeur de morale à l’athénée Jean Absil à Etterbeek. Il est construit en opposition au cours de religion. C’était parce qu’on ne croyait pas en Dieu qu’on le suivait. Or, ce n’est pas ça. Je n’ai pas l’impression de dispenser un cours fourre-tout. C’est vrai que nous pouvons parler de beaucoup de choses mais nous avons quand même un programme à respecter. »
Le programme du cours de morale n’existe pas réellement. La Communauté française fixe des orientations que les professeurs suivent. En première, l’élève doit s’ouvrir, s’enrichir. En troisième, il faut aborder la question de l’autorité. En cinquième, l’être humain est-il seul au monde, etc.
Des thèmes très larges qui laissent donc une liberté aux enseignants.
« Je pense qu’il faut mieux partir de l’actualité pour aborder ces questions, précise Jonathan Fischbach, professeur de morale dans la région liégeoise. Nous devons être un référent pour l’élève avec une grande culture générale. Nous devons aussi répondre à leurs interrogations car parfois, à leur domicile, personne ne peut leur expliquer les grands débats de société. Après, personnellement, j’ai construit mon cours en opposition au professeur de morale que j’avais. Avec lui, j’ai vu tous les films qui sont sortis dans les années 90 sans avoir de débat par la suite. Moi, j’essaie de tendre vers des cours de philosophie. Il faut intéresser les élèves et mettre des professeurs motivés qui ont suivi une formation pour dispenser la morale. Il faut changer cette image en changeant d’appellation par exemple ou en se rapprochant des autres cours philosophiques. »
Au cabinet de la ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet (CDH), est étudiée la possibilité de créer un socle commun pour le cours de morale et ceux de religion. Cela permettrait d’aborder l’histoire des religions et les valeurs morales semblables. « Ce référentiel commun nous semble aujourd’hui important, confirme-t-on au cabinet. Il faut un meilleur partage des ressources tout en laissant une grande autonomie pédagogique aux enseignants. Elle peut alors donner l’impression d’un cours fourre-tout mais les thèmes sont tellement larges qu’il est nécessaire de pouvoir les traiter de diverses manières. »
Et les élèves ?
Charlotte reconnaît qu’elle a poursuivi le cours de morale au secondaire car, en primaire, elle n’y faisait que des jeux. Et elle n’est pas la seule à préférer le cours dans lequel on travaille le moins. Mais cette année, cela se passe mieux. « Certains sujets m’intéressent comme les sectes. Je me suis posé beaucoup de questions après le cours. Comment les gens peuvent se laisser avoir ? Et moi, est-ce que je pourrais aussi être dans une secte un jour ? Je préfère le professeur de cette année car il nous fait réfléchir. Je continuerai donc l’année prochaine. »
Pour Loïc, 13 ans, élève à Lens, le constat est le même. « Le cours de morale, ce n’est pas le cours où je suis le plus assidu. Cela peut être utile mais pas toujours. On parle de l’égalité, de la liberté, de l’identité privée. Notre professeur prend des exemples et ensuite, il essaie de nous expliquer des choses abstraites. On ne parle pas beaucoup de l’actualité. Ce que je préfère, c’est quand notre professeur, qui vient d’Afrique, nous raconte comme cela se passe là-bas. Il nous explique sa culture. Sinon, cela ne me fait pas beaucoup poser de questions. »
« La morale est une discipline, pas un passe-temps »
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