Mowgli et ses loups nazis

METDEPENNINGEN,MARC

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Vendredi 17 octobre 2008

La Une Un décryptage de l’escroquerie de la Belge Misha Defonseca

Le reportage que consacrent ce soir le journaliste Emmanuel Allaer et son réalisateur Philippe Lorsignol ausculte en profondeur les origines et la fabrication de l’une des plus grandes escroqueries « littéraires » et mémorielles du siècle : la supercherie que constitua le récit prétendument autobiographique d’une enfant juive adoptée par les loups d’Ukraine alors qu’elle était partie, fillette, à la recherche de ses parents déportés vers l’Est. Mowgli et les loups nazis démonte avec minutie l’histoire fabriquée par l’auteure belge Misha Defonseca, prétendument partie de Bruxelles en 1941 pour retrouver ses parents, tout aussi prétendument juifs, déportés. Allaer et Lorsignol ont patiemment reconstitué l’histoire de cette affabulation, pourtant portée au pinacle littéraire et cinématographique (le film Survivre avec les loups de Vera Belmont) par les plus éminents critiques.

Leur caméra les a emmenés de Schaerbeek (où vécut Misha, née Monique De Wael) jusqu’à Boston (où elle réside). Ce parcours est un long et impitoyable recensement d’affabulations, de mises en garde, de sentimentalisme poli exprimé par ceux qui croyaient aveuglément à l’histoire fabriquée par Misha Defonseca, fille de traître (son père, résistant, fut ensuite retourné par la Gestapo) et non de déportés juifs. Elle qui entendait « rendre hommage à ses parents » en fabriquant une fausse autobiographie apparaît dans ce reportage de 52 minutes d’un machiavélisme froid, revendiquant les souffrances de son histoire imaginaire. Un témoin se souvient des manipulations dont elle se commit en venant « vendre » son histoire de rescapée de la Shoah dans des assemblées juives aux États-Unis, béquille à la main, pansement ostensiblement porté. Et son éditrice américaine raconte comment elle tomba dans les griffes de la faussaire ; soucieuse d’abord de réaliser une vidéo consacrée à son cabot avant de lui glisser à l’oreille l’histoire fantasmagorique de son épopée inventée de petite fille juive adoptée par une meute de carnassiers.

Douleurs et dollars

Au-delà de la dissection d’une incroyable imposture, le documentaire d’Emmanuel Allaer et de Philippe Rossignol, pointe aussi l’aveuglement collectif qui a soutenu les mensonges de Misha Defonseca. À l’aune de ce qui est su aujourd’hui, ses déclarations du passé apparaissent comme autant d’injures, non seulement à l’égard de ses propres parents, mais aussi à tous les survivants de la Shoah, acteurs discrets et prudes, de leur propre histoire et de l’Histoire. Misha Defonseca, elle, n’eut d’autre intérêt que de transformer ces douleurs en dollars.

Devoir d’enquête : Mowgli chez les nazis, La Une, 20 h 50.