Musique - 14 e Jazz à Liège, vendredi et samedi L'Uberjam de John Scofield jouait dans la division supérieure

JOASSIN,ANDRE

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Lundi 10 mai 2004

Musique - 14 e Jazz à Liège, vendredi et samedi

L'Uberjam de John Scofield jouait dans la division supérieure CRITIQUE

ANDRÉ JOASSIN

Avec une seule véritable vedette à l'affiche (John Scofield), le festival Jazz à Liège 2004 a permis de vérifier la fidélité d'un public qui maintient sa confiance aux choix de programmation de Jean-Marie Peterken et Jean-Pol Schroeder. Les bilans chiffrés n'étant pas tirés au soir de l'édition, on peut estimer l'assistance certes moins nombreuse qu'en 2003 mais de nature, tout de même, à bien garnir les cinq salles du Palais des Congrès et à mettre comme il se doit une animation conviviale aux différents bars du festival.

Le baptême du chapiteau réservé au blues a pâti de la froide météo. Et aux coûts de location de la tente, frais d'assurance et de sécurité pour le matériel, l'organisation dut, après un premier soir frigorifique, se fendre d'un système de chauffage. Bref, le directeur du festival devait faire les calculs avant de tirer le bilan de ce coup d'essai. Une chose est sûre, cependant : cet axe musical spécifique se tient dans une ambiance différente, qui constitue un « plus » rafraîchissant.

Cette 14e édition a surtout été marquée par l'explosif concert de John Scofield. Avec Uberjam, la démarche du guitariste américain relève moins du jazz proprement dit que d'une fusion entre free-rock instrumental et dance-music électronique - on a même eu droit à un solo de game-boy ! Des afro-beats psychédéliques au disco revu et corrigé (surtout corrigé) façon heavy metal, ça barde ! Logiquement, sous l'action des sons électriques, joyeusement saturés, distordus, trafiqués, et du volume sonore monumental, une partie du public reflua vers les issues, l'autre manifestant, par contre, un enthousiasme sans réserve.

L'éclectisme pour seule ligne éditoriale

Mais la ligne éditoriale de Jazz à Liège est précisément de ne pas avoir de ligne et de revendiquer l'éclectisme. Et puis, les concerts sujets à controverse - de même que celui de musique improvisée par le trio de Fred Van Hove, par exemple - ont le don d'animer les débats et de contribuer au climat...

La prestation d'Uberjam laissa l'impression que le groupe évoluait dans une autre division, ce week-end. Voire dans une autre époque. Quoique... Deux groupes bien différents l'un de l'autre ont démontré la possibilité d'habiter au présent et de façon créative des genres aussi définis et codés que le swing manouche et le blues.

En un set chaleureux et souriant, l'excellent guitariste Biréli Lagrène perpétua ainsi le style cher à Django Reinhardt, mais sans dévotion muséologique. Son quintet à cordes sort en effet du répertoire des « imposés » et le leader imprime sa personnalité par la modernité de ses solos, le groupe se plaisant aussi à adapter, par exemple, le « Fly me to the moon » de Sinatra aux principes du jazz gitan.

Quant à Byther Smith, il joue le blues de Chicago sans recours aux effets choc qui enferment souvent le genre dans des clichés sans finesse. Le guitariste noir se rend au contraire efficace, par la diversité des tempos et la qualité de ses solos. Bref, par la musicalité.

D'autres ont séduit à leur tour : Steve Houben et une Mélanie de Biasio au feeling unanimement reconnu ; Fabrice Alleman en duo avec Jean Warland ; l'émotion de Paolo Fresu associée à Diederik Wissels et David Linx ; la prestation colorée du groupe Orange Kazoo.

On retrouvait aussi avec intérêt l'Américain Rick Margitza. Sur un programme d'originaux de bop moderne, son quintet européen cherchait parfois son unité. Mais le saxophoniste ténor dispensa le plaisir de son style fluide et bien balancé.

Cette 14e édition ne comptera peut-être pas parmi les plus prestigieuses de l'histoire de la manifestation, mais chacun a toutefois pu y trouver la qualité selon ses préférences.·