Faites du bruit, qu’ils disaient...
STIERS,DIDIER; STAGIAIRE
Page 29;30
Vendredi 15 juillet 2011
Musique A Dour, ouverture ce jeudi de la vanne aux décibels
Joke Schauvliege, ministre flamande de la Culture, propose d’imposer des normes sonores strictes selon les lieux, entre autres les salles de concerts et les festivals. Pour ces derniers, l’idée est de fixer une limite à 100dB. « C’est un règlement un peu surréaliste, résume Franky. Techniquement, ça ne tient pas la route. Et dans cinq ans, ils verront les conséquences dommageables produites sur un secteur où tout est déjà complexe et cher… »
Sans trop entrer dans les détails de spécialistes, il convient d’abord de préciser que quand on passe de 103dB à 100dB, on diminue le volume par deux. « Dans un sens, faut-il jouer fort, avec pour résultat de “tuer” les oreilles des gens ? Non, bien sûr », concède-t-il. Et de prendre un exemple… « Quelqu’un qui écoute un disque de U2 ou de Muse dans sa voiture ressent l’impact physique de la musique, et ça lui donne envie d’acheter un ticket de concert… À 103dB, 103dB et demi, la dynamique qu’on peut donner à un système de sonorisation tient encore la route. Ce n’est pas très fort, mais l’impact physique, le kick ou le bassdrum que les gens ont appris à connaître et recherchent, est toujours là s’il est bien réglé. »
Dans les grands festivals, telle est actuellement plus ou moins la situation (102dB à Dour…), et c’est aussi plus ou moins en concertation qu’on y est arrivé. « Mme Schauvliege s’est sûrement laissée guider par des gens qui ont un peu regardé ce qui se fait en Allemagne, mais sans s’informer techniquement, et ont opté pour un règlement par lequel ils sont certains que personne n’aura à déplorer de problèmes d’audition. »
Cette mesure préventive risque aussi de chambouler pas mal l’offre de concerts… Reprenons l’exemple de Muse : « Quand on paie 60 euros pour aller les voir dans un grand show de deux heures, à 30 ou 40 mètres du podium, on aura l’impression de les entendre dans un portable ! Seuls ceux qui seront proches de la scène, et qui auront probablement payé plus cher, seront encore bien servis. Qui acceptera encore de payer 60 euros pour entendre un groupe qui sonnera finalement mieux dans une voiture ? »
Le risque existe de voir une frange du public réfléchir à deux fois avant de mettre la main au portefeuille. Mais il n’y a pas que celui-là. Du côté des groupes aussi, on pourrait se mettre à réfléchir autrement… « Certains pourraient très bien décider de ne plus s’arrêter en Belgique parce qu’ils savent que le public n’est pas content de ne plus rien pouvoir “ressentir”. Qu’il y aura la police à proximité pour siffler quand ils auront joué trop fort. Et ces groupes-là iront directement en Russie, où ils peuvent jouer à 110dB et où on les paie le double ! Je caricature à peine. »
Pour vous faire une idée, cherchez sur le Net ce petit clip tourné à l’Ancienne Belgique. Un batteur s’y livre à quelques exercices à proximité d’un sonomètre. La limite des 100dB est très vite atteinte et franchie… « Phil, quand il frappe sur ses caisses, reprend Francky De Smet Van Damme en évoquant le batteur de son groupe, je suis sûr qu’il fait du 105dB à lui tout seul ! »
Avis de danger
« Le meilleur moyen de se protéger c’est arrêter d’aller en concert », affirme Daniel Léon, de l’Institut national supérieur des arts du spectacle. « Tout ce qu’on annonce comme mesures pour protéger les spectateurs est insuffisant. Le son des concerts est comprimé » (le niveau sonore est homogénéisé sur la valeur la plus haute, NDLR). Conséquence, « j’ai entendu Couleur Café de la première à la dernière note à six kilomètres de là ! La pression acoustique est trop forte. » Depuis Woodstock (1969) « Le son a augmenté de 40 décibels en moyenne : ça représente une multiplication par 10.000 du niveau ! » Perversité du mal, il survient jusqu’à 15 ans plus tard. « Après ces concerts on peut avoir des bourdonnements. Ils vont s’estomper mais ils sont le signe d’un trouble irréversible. Le cerveau compense, mais si on continue, la surdité survient 15 ans plus tard. C’est pire que la cigarette. »
Top A Dour, c’est rock, metal, punk et parapluies
Jeudi, jour 1. Démarrage sur le coup de 13h20, au son du rock’n’roll pur-sang de Romano Nervoso. Pur-sang parce que ces Louviérois-là ont pondu un album intitulé Italian stallions, et que ce qui en ressort ne s’égare pas en route : ça crie et ça guitarise comme il faut, ça cogne et ça basse pour se faire du bien aux oreilles. Et se réchauffer un peu aussi. Sur la plaine, certains ont opté pour une autre méthode et dégainé les bouteilles en plastique remplies de petits cocktails savamment concoctés.
Après un second court détour par l’Italie (la rockeuse de Rollo Tomassi, dans un set écourté de dix minutes), on met le cap sur Gand et la cave d’où a émergé le rock furieux de Drums Are For Parades. Vous les aviez vus et entendus lors de la Nuit du Soir, en 2010 ? Oubliez ! Non que ce fût mauvais, loin de là, mais ici au Marquee, le groupe des frangins Reygaert fait parler la poudre et met le souk dans les premiers rangs du public. Lourd, sauvage, rauque, poisseux… On vous laisse le soin de compléter la liste des qualificatifs. Pour l’occasion, ces Drums-là se font épauler par une section de cuivres (saxos, notamment), encapuchonnée tels des moines d’abbaye. Visuellement, ça le fait. Côté son, la vibration donne de la couleur à leur métal.
De l’abbaye aux bons petits produits locaux, il n’y a pas loin : Le stand bières spéciales et vins (rouge, blanc ou rosé) sera toujours de la partie, rappellent les organisateurs. C’est dans cette zone au calme que vous pourrez par exemple faire du cerf-volant, ou jouer aux cartes avec vos amis. »
Ils ne devraient pas être nombreux, ceux qui auront choisi de taper le carton sur le site. Vu la météo mais aussi la suite du programme de cette première journée en terres douroises. Rien que sur la grande scène, c’est un enchaînement Channel Zero, Kuyss Live et Cypress Hill, soit le meilleur du métal belge, des ancêtres de stoner US et la quintessence du hip hop enfumé. La frange la plus « paisible » du public ira, elle, se faire choyer les oreilles par Bony King Of Nowhere. Les adeptes des infrabasses opteront pour le dj set de Kode 9, fondateur du label Hyperdub, une référence en matière de dubstep.
En début de soirée, notre collègue Didier Zacharie est, lui, allé du côté du Club Circuit pour le compte de Frontstage. Club Circuit d’où il est revenu avec quelques bleus. Plaisanterie bien sûr… Sauf que Gallows, le groupe monté sur les planches à 18h00, donne là-bas dans le hardcore et le punk. Il s’agit d’en profiter : Frank Carter, le chanteur tatoué, en est à sa dernière prestation au sein du combo britton et devrait être bientôt remplacé, dit-on. Son énergie n’en est que décuplée : pour l’heure, il appelle au stage diving et au circle pit !
La chronique complète de cette prestation à cent à l’heure ainsi que nos photos et reportages sont à découvrir sur Frontstage… Comme, entre autres, le compte-rendu d’une techno party en compagnie de Laurent Garnier.
Flop
Faut-il rappeler la belle histoire de ce soulman de 63 balais, resté longtemps à travailler en cuisine mais rêvant en fait de devenir chanteur, à l’instar d’un James Brown découvert à l’Apollo ? A force de ne pas lâcher le morceau, il finit par taper dans l’œil et l’oreille des gens de Daptones Records. Où il signe un premier album en 2011, No time for dreaming, revisité à Dour. Imaginez un personnage qui tiendrait un petit peu de James Brown, un peu de Percy Sledge et un peu d’Elvis, mais aurait aussi beaucoup de personnalité, notamment dans ce qu’il donne au public. Vous en connaissez beaucoup, vous, des artistes qui envoient des bisous entre deux chansons ?
Viens faire un Dour dans la boue !
On n’osait pas trop y penser, mais la météo pourrie finit toujours par se rappeler à notre bon souvenir de festivalier… Jeudi, sur le coup de 14 h 30, les petites averses intermittentes font place à quelques draches en bonne et due forme. La plaine de la Machine à Feu se couvre de flaques, l’herbe se pare de plaques de boue et les alentours de certains chapiteaux se transforment en marécages trempant les chaussures et le bas des pantalons. Les t-shirts ont trouvé à s’abriter sous les k-ways, les bottes pavoisent, les allergiques à l’eau sont allés s’installer sous la toile du Marquee ou du Dance Hall.S ous la pluie, un festival, c’est tout de suite moins gai. Encore que…
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