Quand la musique se fait éthique

STAGIAIRE

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Vendredi 20 juin 2008

Musique Collaboration musicale avec le Congo

Music Fund envoie des instruments dans des pays du Sud, mais forme aussi des réparateurs.

Trois Congolais en Belgique, trois experts belges à Kinshasa… sur fond musical. C’est un des épisodes de la belle histoire de l’ASBL Music Fund, à laquelle Le Soir est associé.

Car cette année, Music Fund a entamé un projet de trois ans avec l’Institut national des arts de Kinshasa (INA). C’est pour cela qu’Augustin, Paul et Sassis sont en Belgique. Ils suivent un stage de trois mois dans des ateliers d’experts-luthiers : un de réparation de pianos à Anvers, et deux de réparation d’instruments à vent à Bruxelles.

Le 28 juillet, ils reprendront l’avion pour Kinshasa, accompagnés de trois experts. Ces experts donneront là-bas des cours de lutherie et aideront à la mise en place d’un atelier de réparation à l’INA. L’atelier s’ouvrira sur la rue afin de toucher aussi les musiciens de la ville, extrêmement nombreux.

A la base du projet, il y a la collecte d’instruments, qui sont ensuite restaurés. Des trombones, pianos ou violons d’ici qui sont acheminés dans des pays en voie de développement ou situés dans des zones de conflit. Lukas Pairon, l’initiateur du projet et directeur de l’ensemble de musique contemporaine Ictus, estime que c’est un beau symbole : « Les gens sont souvent très liés émotionnellement à leur instrument, mais acceptent de le donner car ils savent où il va atterrir. Ils ont l’impression de faire le voyage avec lui. »

Mais c’est la formation de luthiers et d’accordeurs qui représente la partie la plus ambitieuse du projet. Lukas Pairon : « C’est ça qui donne du sens à notre investissement, car un savoir-faire, ça ne se perd jamais. Au contraire, on peut le transmettre de génération en génération. » Le but à long terme est de rendre les partenaires indépendants de Music Fund. Une dynamique plus que nécessaire dans des régions où le métier de réparateur d’instrument est peu répandu.

A l’actif de Music Fund depuis 2005 : Naplouse, Gaza, Maputo ou Nazareth. L’année prochaine, sans doute Soweto et Capetown en Afrique du Sud. Lukas Pairon veut néanmoins garder ses partenaires en nombre limité, afin d’entretenir une relation privilégiée avec chacun d’entre eux et pouvoir identifier exactement leurs besoins.

La musique, pas une priorité

De tels projets sont indispensables, car la musique sera toujours partout, malgré la guerre ou l’occupation. « On nous dit souvent que la musique n’est pas une priorité pour les gens qui ont à vivre avec de telles difficultés, explique Lukas Pairon. Et c’est vrai. Mais malgré tout, je pense qu’elle peut être un moteur de développement. Elle permet de s’exprimer et de ne pas se laisser porter par les contingences. Et faire de la musique à Gaza ou à Maputo, ça demande beaucoup de débrouille et de courage. »

Augustin Kadiata répare de Matonge à Kinshasa

Augustin Kadiata est saxophoniste à Kinshasa. Chaque week-end, il se produit avec son groupe dans une boîte. « Ça marche plutôt bien », dit-il. A côté, il répare aussi des instruments de musique. Il a appris sur le tas : « Je faisais ça à la maison, c’était la débrouille. » Il rend souvent des services aux élèves de l’Institut national des arts (INA) de Kinshasa. C’est comme ça que Lukas Pairon, président de Music Fund, lui est tombé dessus.

Il a commencé son stage de réparation d’instruments à vent fin avril. Le chemin parcouru est déjà long : « J’ai appris plein de techniques de réparation. Grâce à l’expert-luthier Yves Treuttens, j’ai progressé énormément. » Normal : ici, les stagiaires travaillent 8 heures par jour. « Le soir, j’ai à peine la force d’aller jouer de la musique avec mes amis de Matonge ! » Des projets, une fois rentré à Kinshasa ? « Avec toute l’expérience que j’aurai accumulée ici, je pourrai m’occuper de l’atelier de réparation d’instruments de l’INA. Ce sera un atelier professionnel. »