MUSIQUE Ouverture du Festival de Wallonie à Namur La beauté sage de l'Europa Galante

MARTIN,SERGE

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Lundi 8 juin 1998

MUSIQUE Ouverture du Festival de Wallonie à Namur La beauté sage de l'Europa Galante

C'est à l'Europa Galante, l'ensemble d'archets de Fabio Biondi, que le Festival de Wallonie avait confié samedi soir son concert d'ouverture. Une belle façon de fêter le thème 98 «Italies» avec deux de ses compositeurs les plus séduisants, Antonio Vivaldi et Jean-Baptiste Pergolèse. L'occasion aussi d'introniser au concert le tout nouveau Théâtre royal de Namur, un délicieux écrin où on aspire de découvrir l'opéra coquin du XVIIIe siècle. N'y attend-on pas la production de l'ORW de la «Servante maîtresse», justement du même Pergolèse? On en saura bientôt plus puisque la conférence de presse présentant la première saison musicale du théâtre namurois est annoncée pour cette semaine.

LE RATTRAPAGE

DE L'ITALIE BAROQUE

Dominé par les Virtuosi di Roma de Renato Fasano et surtout les fameux I Musici, le monde musical italien est longtemps resté à l'écart des coups de boutoir du mouvement baroque. Seuls Claudio Scimone et ses Solisti Veneti, mais avec un ensemble d'instruments modernes, avaient su faire souffler un vent de théâtralité. C'était donc de l'incroyable Harnoncourt qu'était venu le coup de tonnerre révolutionnaire avec des «Quatre saisons» déjà passées à l'histoire. L'Angleterre des Academy of Ancient Music et English Consort a suivi. D'Italie, toujours rien, jusqu'à ce que, il y a une petite dizaine d'années, Opus 111, cet indéfatigable défricheur du répertoire italien, ne nous révèle deux enregistrements vivaldiens littéralement bondissants confiés à l'Europa Galante. L'ensemble a depuis lors conquis une notoriété enviable qui l'amène aujourd'hui dans l'écurie EMI (Virgin vient donc de sortir leur imposante intégrale de l'« Estro Armonico » vivaldien) (1). On ne pouvait donc rêver de parrain plus logique pour lancer une saison italienne du Festival de Wallonie.

UNE BEAUTÉ UN PEU FROIDE

Parfois un peu indécis dans la fureur de ses débuts, l'ensemble de Fabio Bondi a assurément gagné aujourd'hui une cohésion et une rigueur qui, au concert, font mouche. La mariée n'est-elle pas pour autant trop belle? L'auditeur souhaiterait parfois ce brin de folie délirante de l'incroyable Giardino Armonico ou la somptuosité plus envoûtante des Sonatori de la Gioiosa Marca. Paradoxalement, les promoteurs du renouveau baroque italien semblent presque occupés à récupérer dans leur splendeur radieuse la place laissée vacante par les Musici. L'esprit pourtant est sans doute ailleurs, mais peut-être l'expérience du concert dans un cadre inconnu a-t-elle incité nos musiciens à trop raison garder. Un bouillonnant mouvement de concerto grosso de Corelli, donné en bis, nous a d'ailleurs expliqué à quel niveau de haute voltige pouvaient nous emporter les musiciens italiens quand ils se libéraient d'une crainte trop respectueuse. Le temps de l'«Adagio e spiccato» du 11e concerto de l'opus 3 vivaldien, l'ensemble de Biondi a aussi su libérer l'ineffable douceur d'un nocturne qui nous emmène tout droit à l'opéra.

On y retrouvait samedi soir le contralto saisissant de Gloria Banditelli : voilà un timbre large et sonore qui épouse avec une chaude présence les mélismes de l'opéra transalpin. Sans atteindre les sublimes jeux de couleurs de Cecilia Bartoli (qui sera la grande absente de cette édition italienne), la cantatrice d'Assise montre une belle ferveur dans le «Salve Regina»

de Pergolèse et des élans décidés dans deux extraits d'opéra de Vivaldi («Atenaide» et «Orlando finto pazzo»). Nous étions bien revenus au coeur de l'expression musicale transalpine, irrésistiblement dominée par le chant.

SERGE MARTIN

(1) Disque du mois EMI.

L'Europa Galante et Fabio Biondi présenteront un concert consacré à Corelli, Geminiani, Locatelli et Vivaldi à la collégiale Saint-Vincent de Soignies, le 17 septembre. (Renseignement : Festival de Wallonie-Hainaut. Téléphone : 065/61.34.60.)