Naissance de la section belge de Porto Alegre

REGNIER,PHILIPPE

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Samedi 2 mars 2002

Naissance de la section belge de Porto Alegre

Un Forum social belge, sorte de «filiale» du Forum social mondial annuel de Porto Alegre, sera vraisemblablement organisé à Bruxelles en septembre prochain, avons-nous appris vendredi. L'initiative devrait déboucher sur un événement fort destiné au grand public en mai 2003, juste avant les prochaines élections.

Les ONG, mouvements sociaux et syndicats belges qui participaient en ordre dispersé à la deuxième édition du Forum brésilien s'organisent en effet pour unir leurs forces sur le terrain local. La FGTB, la CSC, les ONG «altermondialistes» et des mouvements comme Attac ou les Marches contre le chômage ont constitué un comité de liaison, qui a tenu ses deux premières réunions en février, au retour de Porto Alegre. L'opposition à la privatisation des services publics et la défense des droits économiques et sociaux seront être mis à l'agenda politique, indique Stefaan Declercq, le secrétaire général d'Oxfam-Solidarité.

Les ONG estiment qu'elles doivent s'allier aux mouvements sociaux, traditionnels (syndicats) et nouveaux (féministes, défenseurs de l'environnement, etc.), pour imposer leurs alternatives à la «mondialisation néolibérale», élaborées notamment au Forum social. Les mouvements sociaux ont un rôle central à jouer, en raison de leur plus grande capacité à mobiliser et de leur plus grande légitimité. Eux seuls sont capables d'imposer un rapport de force victorieux , estime Dirk Barrez, qui présentait hier son livre «Une autre mondialisation est possible. De Seattle à Porto Alegre», coédité par Oxfam et Le Roseau Vert.

La consolidation d'un contre-pouvoir efficace s'impose d'autant plus, analysent les «anti», que les dirigeants résistent à leurs assauts et contre-attaquent. Porto Alegre a réussi à délégitimer le système, incapable de résoudre les problèmes du monde. Mais, aujourd'hui, le pouvoir essaie de se relégitimer, par exemple en affirmant que Davos doit se préoccuper de la pauvreté ou en cooptant des ONG, observe François Houtard, directeur du Centre Tricontinental à Louvain-la-Neuve. Par contre, Monterrey fait l'objet de critiques féroces.

Relevant du registre économique, la conférence sera dominée par les grandes puissances et les multinationales qu'elles abritent, juge Houtard. Pour celles-là, la pauvreté doit être combattue par plus de marché. Declercq dénonce le pire sommet qu'on ait eu, où l'unilatéralisme américain a barré la route à toutes les propositions structurelles pour lutter contre le sous-développement qui n'étaient pas au goût du président Bush - qui en a fait la condition de sa présence.

Ph. R.