Namur Escapade aux quatre coins du pays (12)Le retour de Félicien Rops dans son musée Des menus en guise de mise en bouche Un musée contemporain doit permettre des regards pluriels PRATIQUE

PETIT,JEAN-PHILIPPE

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Vendredi 13 avril 2001

Namur Escapade aux quatre coins du pays Le retour de Félicien Rops dans son musée

On peut à nouveau voir du Rops à Namur. Toujours en chantier, le musée qui porte son nom présente une exposition qui préfigure un nouveau parcours à travers l'oeuvre de l'artiste.

SÉRIE (12)

JEAN-PHILIPPE PETIT

Après un an d'absence, Félicien Rops est à nouveau chez lui dans son musée de la rue Fumal à Namur. Les oeuvres majeures de l'artiste n'avaient jamais vraiment quitté les bords de Sambre et de Meuse qui l'ont vu naître en 1833, mais elles avaient été rangées dans les réserves le temps de rendre un nouveau lustre au bâtiment. Hélas, en cours de travaux, de gros problèmes de stabilité ont été mis au jour dans la vieille maison qui abrite les salles d'exposition et le chantier, on le sait maintenant, jouera les prolongations jusqu'à la fin de l'année prochaine, au moins.

Par respect pour nos visiteurs, on ne pouvait pas se passer de Rops plus longtemps, explique Bernadette Bonnier, la directrice du musée. Pendant un an, nous avons continué à organiser des expositions temporaires autour de son oeuvre, mais les gens qui viennent à Namur veulent voir du Rops. Nous avons même eu, l'an passé, la visite de touristes américains qui avaient traversé l'Atlantique spécialement pour découvrir son oeuvre. Imaginez leur déception.

La rénovation d'une partie du musée est heureusement achevée. Les salles réservées aux expositions temporaires, qui sentent encore la peinture fraîche, accueilleront donc jusqu'à la fin du chantier une nouvelle exposition «permanente» des oeuvres du divin Félicien intitulée «De flammes et de nerfs». Un avant-goût, en fait, de la future présentation du musée élaborée par le scénographe namurois Filip Roland (voir par ailleurs).

Dans le passé, le parcours que nous proposions était essentiellement biographique et chronologique , commente Bernadette Bonnier. Désormais, les oeuvres sont davantage regroupées par thèmes. La première salle de l'exposition offre ainsi un bon aperçu des débuts de Rops comme caricaturiste.

C'était l'époque où il croquait les travers de ses contemporains et prenait part aux grands débats de société pour le compte de l'hebdomadaire «Uylenspiegel». Une production abondante. Tellement que la place manque un peu aux murs pour exposer, de manière classique, toutes les richesses du musée sur ce thème. Qu'à cela ne tienne, le visiteur pourra encore satisfaire sa curiosité en découvrant une autre série de gravures enfermées dans un astucieux «meuble à tiroirs».

Le promenade dans l'oeuvre de Félicien Rops se poursuit avec sa période réaliste et notamment son «Enterrement au pays wallon», inspiré de Courbet et puis surtout avec l'évocation de sa rencontre avec Charles Baudelaire. Ce sera un tournant dans sa vie , rappelle Bernadette Bonnier. A partir de là, il se consacrera à deux thèmes essentiels: la femme et la mort.

«Par respect

pour nos visiteurs,

on ne pouvait pas

se passer de Rops

plus longtemps»

Des femmes qui envahissent la salle suivante et témoignent des premiers séjours de Rops à Paris et de son exploration des bas-fonds où il trouve une multitude de modèles. La femme, encore, qui s'impose dans son oeuvre la plus connue, «Pornocratès», dont le musée présente l'aquarelle originale, mais aussi une série de gravures qui en ont été tirées.

Rops, peintre, mais surtout graveur a expérimenté toutes les techniques: eau-forte, pointe sèche, aquatinte. L'exposition se fait didactique et se sert des oeuvres du maître pour la démonstration. Elle rappelle aussi qu'il fut à une époque l'illustrateur le mieux payé de Paris et que les éditeurs s'arrachaient ses frontispices qui «faisaient vendre les livres».

C'est sur la partie la plus fameuse, mais aussi la plus sulfureuse de l'oeuvre de Rops que s'achève l'exposition: ses gravures sataniques et érotiques. Certaines, là aussi, ont trouvé place dans un meuble à tiroirs, bien commode pour les soustraire au regard de trop jeunes visiteurs.

Des menus en guise de mise en bouche

Le musée Rops apporte sa petite contribution à l'année touristique des saveurs en exposant une dizaine de menus illustrés par le grand Félicien.

Il n'y a pas de petites choses en art, écrivit-il un jour, un menu peut être un chef-d'oeuvre (...) s'il est fait par un virtuose artiste. Il mettait donc autant de soin à ces «petites» oeuvres moins connues du grand public qu'à des réalisations plus prestigieuses. Repas entre amis ou illustrations de commande, la bonne chère l'inspirait.

Il parle aussi du bien manger dans son abondante correspondance. Et des conséquences des repas trop copieux sur sa santé. Rops souffrait de la goutte et il en évoquait, avec beaucoup d'humour, les souffrances dans les lettres qu'il écrivait à ses amis. Tant par le texte que par le dessin. Une jolie mise en bouche avant la visite de la nouvelle exposition du musée.

J.-P. P.

Un musée contemporain doit permettre des regards pluriels

ENTRETIEN

Nom. Roland.

Prénom. Filip.

Age. 46 ans.

Origines. Bruxelloises.

Profession. Se définit lui même comme «archiscénographe».

Passion. La création de mobilier.

JEAN-PHILIPPE PETIT

Vous avez été choisi comme auteur de projet pour l'aménagement du nouveau musée Rops, ça s'est passé comment?

En 1998, la province de Namur a lancé un concours européen de remise de projet. Un concours tout à fait anonyme, j'insiste. J'habite Namur, j'ai décidé d'y participer en me disant: «Pourquoi pas?». Et j'en suis sorti lauréat. Au grand étonnement des gens de la Province, c'est un Namurois qui a été désigné par le jury.

Rops, vous connaissiez bien?

J'ai découvert Rops quand je suis arrivé à Namur en 1976. A l'époque, il fallait encore aller sonner à la porte de l'hôtel de Gaiffier d'Hestroy - le musée des Arts anciens, rue de Fer - pour pouvoir voir quelques-unes de ses oeuvres. C'était par intérêt artistique. Je connais l'oeuvre de Rops, comme j'en connais d'autres. Personnellement, je ne dirais pas que c'est un grand peintre, je préfère ses gravures. Mais sa peinture je la trouve, disons, flamande. Ce qui n'est une pas une critique. J'aime bien le bonhomme.

C'est-à-dire?

Il a osé dire des choses. Il n'avait pas peur de la polémique. Il faisait partie des grands personnages de son époque. Il a participé à la création de la nouvelle esthétique à la fin du XIXe siècle. Il fréquentait les grands écrivains.

Pour en revenir à son oeuvre, on peut dire que pour la lire, il ne faut pas forcément être initié à l'art. C'est bon d'y être confronté à n'importe quel âge, parce qu'elle contient une critique de la société.

Comment avez-vous conçu votre projet de musée?

Je ne veux pas retomber dans une conception aseptisée du musée, comme on en voit beaucoup. Je veux introduire une sorte de souplesse pour le regard. Je ne touche pas au bâtiment existant bien sûr, mais je crée des trouées dans les murs qui vont permettre des regards pluriels, alors que d'habitude dans un musée on regarde les oeuvres de face et c'est tout. Dans le musée Rops, on pourra voir plusieurs oeuvres d'un seul regard.

Il n'y aura pratiquement pas d'ouverture vers l'extérieur. Sauf deux trous «de voyeurs» qui seront dirigés vers Saint-Aubain et Saint-Jean, pour rappeler aux visiteurs que le musée se trouve au coeur du quartier où Rops est né. Avec d'un côté la richesse que symbolisait l'évêché place Saint-Aubain et de l'autre la place des pauvres au pied de Saint-Jean.

Grâce aux fibres optiques, on aura un éclairage proche de la lumière du jour, un véritable voile lumineux qui tombera sur les toiles. Il y aura des pupitres et des vitrines spécialement créés pour les oeuvres plus petites et les tableaux plus grands ne seront pas accrochés aux murs, comme on le fait d'habitude. Les murs seront voilés, pour rappeler la mode qui avait cours dans les salons du XIXe siècle. Les tableaux ne seront donc pas sur le même plan que les murs de fond. Ce sera digne d'être visité.

C'est la moindre des choses, non?

Tout le monde n'en est pas forcément convaincu chez nous. Il faut que le musée attire le public non seulement pour les oeuvres qui y sont présentées, mais aussi pour la mise en scène qui sera créée. Tout sera scénographié, y compris la billetterie et la nouvelle bibliothèque. Quand je vois ce qui se fait à l'étranger pour des artistes moins connus ou ce que les Flamands on fait pour Ensor, il faut oser faire la même chose pour Rops.

PRATIQUE

Horaires. Le musée provincial Félicien Rops est ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 à 18 h.

Tarif. Le prix d'entrée est de 100 F par personne (50 F pour les personnes du troisième âge et les étudiants).

Visites guidées. Des visites guidées sont organisées sur réservation au prix de 1.250 F (1.000 F pour les groupes scolaires).

Films. Le musée Rops dispose depuis peu d'une salle audiovisuelle qui permet, à la demande, de visionner les films de Thierry Zéno consacré à l'artiste.

Activités. Le musée Rops organise des ateliers créatifs pour les enfants de 8 à 12 ans. Les prochaines sessions auront lieu en juillet et en août 2001.

Projet. Le musée voudrait publier, dans quelques années, la correspondance complète de Félicien Rops. Appel est lancé à toute personne qui pourrait détenir des lettres signées par ce grand épistolier.

Adresse. Musée Félicien Rops, 12, rue Fumal, à 5000 Namur. 081-22.01.10. Email: rops@ciger.be, internet: http://www.ciger.be/rops