Namur revendique sa part

BODART,CORINNE

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Mercredi 30 mai 2007

Economie Fonds structurels européens

Si la capitale wallonne n'est pas éligible prioritairement, elle compte bien avoir une partie du gâteau européen.

Cinq fois. Depuis le début de l'année, la députée régionale Anne Barzin (MR), par ailleurs échevine des finances à Namur, a questionné cinq fois le gouvernement à propos des zones éligibles aux fonds structurels européens en séance du parlement. Un nombre d'interpellations qui traduit l'inquiétude de la capitale wallonne, et plus largement de la province, de ne recevoir que les miettes de cette manne européenne.

Où est le problème ? Tout d'abord, une partie de ces fonds est entièrement dédicacée au Hainaut (1,5 milliard sur 2,6 milliards d'euros). Le solde (1,1 milliard), lui, étant accessible au reste de la Wallonie. Selon le principe de concentration des aides, il devrait être principalement dédicacé au pôle urbain Liège-Verviers (bassin Meuse-Vesdre) ; puis aux zones rurales (qui ont déjà bénéficié des aides structurelles pour la période 2000-2006, soit les arrondissements de Dinant/Philippeville pour la province de Namur) et à Sambreville, qui a réussi à se glisser dans ces « zones prioritaires » à coups d'arguments socio-économiques. Et de lobbying.

Voilà donc pourquoi Namur craint de rester sur le carreau. Ces zones n'ont pas été choisies au hasard, a répondu récemment le ministre-président de la Région wallonne, Elio Di Rupo (PS), à la députée réformatrice : « Elles s'inscrivent dans une philosophie de stratégie de redéveloppement qui consiste à d'abord enlever tous les chancres pour refaire vivre les centres urbains et, ensuite, par rayonnement, avoir un développement plus généralisé. »

« Il n'y a pas d'exclusion »

Cela veut-il dire que les projets initiés dans d'autres lieux ne pourraient être retenus ? « Non, a-t-il souligné. Pour être clair, le fait de se trouver dans ces zones de concentration permet qu'à qualité égale, un projet soit favorisé par rapport à un autre. Il n'y a donc pas d'exclusion. » Pas de grande empathie non plus. « Nous ne nous contenterons pas, une fois de plus, d'un Soyez contents, nous vous avons rénové des immeubles, vous êtes capitale wallonne, etc. », prévient le député bourgmestre de Namur, Jacques Étienne (CDH). « Namur se situe clairement sur un axe de développement économique - le long de la nationale 4 - identifié dans le SDER (Schéma de développement de l'espace régional). Son développement est aussi lié à l'évolution européenne des universités où l'axe UCL, Gembloux et FUNDP aura un rôle à jouer ».

Et de poursuivre : « Par nature, nous ne sommes plus exclus des zones éligibles même si nous ne sommes pas dans les zones prioritaires. La seule certitude, c'est que si nous ne faisons rien, nous n'aurons rien. »

Partant de ce principe, la majorité namuroise (CDH-Écolo-MR) a pris les devants. C'est ainsi que la Ville prépare des dossiers en matière de redynamisation urbaine. On parle de la mise en valeur du quartier de Saint-Servais.

Pour le développement territorial et économique, une meilleure signalisation dans et autour de Namur est aussi envisagée. Au niveau du tourisme, le développement de la citadelle avec, pourquoi pas, l'idée de relancer un téléphérique, est également au programme. « Nous ne faisons pas tout cela pour le plaisir d'avoir des fonds européens, souligne le bourgmestre de Namur, mais parce que ces projets s'inscrivent dans notre projet global de développement. »

Miser sur l'innovation et la qualité de vie

Au niveau du Bureau économique de la province (BEP) de Namur, les projets pouvant être déposés pour obtenir une aide des fonds structurels européens sont presque prêts. La phase de rédaction, en jargon technico-technocratique va pouvoir débuter. Pour se démarquer, le BEP mise particulièrement sur la qualité des projets. À défaut de ne pouvoir présenter que des dossiers issus de zones prioritaires.

Deux axes principaux ont été retenus : l'innovation et la qualité de vie. C'est autour d'eux que se créent des portefeuilles de projets. « Ce qui est vraiment important, c'est que nous essayons de ne pas déposer des projets cloisonnés les uns par rapport aux autres mais des projets qui s'influencent mutuellement », souligne le directeur du BEP, Renaud Degueldre.

Si le BEP prépare ses dossiers, il travaille aussi avec les communes concernées, notamment la capitale wallonne.

« Nous avons aussi des contacts, par exemple, avec les deux universités car nous pensons qu'elles peuvent être des opérateurs de projets dans certains axes », poursuit-il. Notamment avec l'infopôle et les autres clusters. « Mais à un moment donné, les universités pourraient être des partenaires d'autres projets pour lesquels nous pourrions être opérateurs. Cela renforcerait le lien et la crédibilité ».

L'idée n'est bien évidemment pas de positionner la région namuroise contre un autre territoire. « À notre avis, il faut justement profiter de ces fonds structurels pour combiner à la fois des interventions sur les régions qui ont de graves problèmes de restructuration et sur des régions qui amorcent déjà un redéploiement économique. D'autant plus que ces régions-là, si on pense plus particulièrement au cas de Namur, comparativement à d'autres capitales régionales européennes, sont elles-mêmes en retard ».

repères

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Fonds structurels. La programmation 2007-2013 des fonds structurels européens consacrera plus de 2,6 milliards d'euros (aides régionales incluses) au développement de la Wallonie : 1,5 milliard d'euros pour le Hainaut au travers de l'Objectif Convergence ; 1,1 milliard pour le reste de la Wallonie au travers de l'Objectif Compétitivité régionale et Emploi.

Axes prioritaires. Le Gouvernement wallon a adopté 4 axes prioritaires sur lesquels il entend concentrer les moyens européens.

Axe 1. 845 millions d'euros seront consacrés à la création d'entreprises et d'emplois (540,7 millions pour Convergence ; 304,4 millions pour Compétitivité).

Axe 2. 723,6 millions d'euros (379,9 Convergence ; 343,7 Compétitivité) iront au développement du capital humain, des connaissances, des savoir-faire et de la recherche.

Axe 3. Un budget total de 277,1 millions d'euros (129,4 Convergence ; 147,7 Compétitivité) sera dédié à l'inclusion sociale.

Axe 4. Le développement territorial équilibré et durable recevra, lui, un budget de 741,8 millions d'euros (430 Convergence ; 311,8 Compétitivité).

Étapes. L'appel à projets a été lancé le 22 mai. Les projets doivent être soumis à la Région pour le 30 septembre. Les premiers dossiers pourraient être sélectionnés pour la fin 2007.

Sélection. Tous les projets seront analysés par une task force composée, entre autres, d'experts des administrations, d'universités et du monde de l'entreprise.

Infos. www.europe.wallonie.be/