Négociations Le formateur et les négociateurs écrivent le chapitre « emploi »… : Chômage : attention, réformes !

COPPI,DAVID

Page 4

Jeudi 20 octobre 2011

Chômage : attention, réformes !

Négociations Le formateur et les négociateurs écrivent le chapitre « emploi »…

Munis de la note de base du formateur (celle du 4 juillet), les négociateurs (deux par parti) amendent, corrigent, complètent un texte voué à se muer en déclaration gouvernementale. En l’occurrence, les discussions portaient hier sur le chapitre « emploi » : marché du travail, prépensions, allocations de chômages… Autant de sujets de controverse potentiellement.

A cet égard, nous avions souligné lundi la possibilité d’« isolement » du PS – le parti du formateur, au-dessus de la mêlée par fonction – au sein d’une coalition qui pencherait au centre-droit. De quoi s’agit-il ? Ceci : s’il est bien question « d’avancer vite dans les négociations et de passer outre une série de tabous », explique-t-on du côté socialiste, le parti « qui a gagné les élections de juin 2010 », insiste-t-on, voudrait que « chacun fasse sa part dans l’effort ». Or, les rouges ont le sentiment d’avoir à céder sur les soins de santé, les prépensions, le chômage, sans qu’en face, « les libéraux » ne battent en retraite sur les intérêts notionnels, la taxation des plus-values, l’impôt sur les grandes fortunes… Les socialistes distinguent même le « cas VLD » : le parti d’Alexander De Croo ne consentirait pas même à envisager un effort budgétaire légèrement supérieur à 10 milliards d’euros, afin de permettre le financement de quelques mesures positives, comme l’augmentation de la quotité exemptée d’impôt (pour accroître le salaire-poche). Ambiance !

Les négociateurs ne sont cependant pas restés inactifs, ni repliés sur leurs positions respectives : ils ont travaillé toute la journée mercredi. Et, on l’a dit, il est question notamment de réformer les allocations de chômage : la note du formateur s’ouvre à la dégressivité progressive (et accélérée, par rapport au régime actuellement en vigueur) des allocations, tout en les renforçant dans un premier temps.

Une option globalement partagée par les négociateurs (le VLD voudrait frapper plus fort : pourquoi pas limiter dans le temps les allocations ?), mais qui soulève un sérieux débat de société. Illustré par nos deux interviews, ci-dessous.

Chômage : On abuse, et on sanctionne

108.168

C’est le nombre de « sanctions » appliquées globalement dans le régime de chômage en 2010. Trois fois plus qu’en 2000. Il y a eu 39.877 sanctions de chômeurs en Flandre, 46.261 en Wallonie, et 16.417 à Bruxelles.

36.961

C’est le nombre de sanctions administratives, en 2010, auxquelles ont donné lieu une série de contrôles : les contrôles du travail non déclaré, des revenus non cumulables avec les allocations de chômage (détectés par le croisement de bases de données de la sécurité sociale), des fausses déclarations (par exemple, pour ce qui concerne la situation familiale), des faux documents, etc.

Pour la réforme du régime d’allocations de chômage « Je vois un système intégré dégressivité-activation »

Entretien

Pour la réforme du régime d’allocations de chômage : les arguments de Marc De Vos, directeur de l’Itinera Institute, think-tank économique…

Vous jugez insuffisante la réforme évoquée dans la note de travail du formateur…

Je précise d’emblée : je suis animé d’une philosophie positive. Je ne veux pas pénaliser, sanctionner – ou que sais-je ? –, mais faire en sorte que nous exploitions les talents dans notre société, les capacités, et nous en aurons besoin. Cela étant dit, oui, je suis favorable à la dégressivité accrue des allocations de chômage, mais elle doit être compensée totalement par un régime d’« activation » des demandeurs d’emplois – et cela, ce n’est pas le cas dans la note du formateur à ce stade. Moi, je vois un système intégré dégressivité-activation. Il faudrait d’ailleurs remplacer le mot « activation » par « investissement », car le premier a une connotation négative – et ce n’est pas, je l’ai dit, mon état d’esprit.

Précisez votre idée de réforme, ce système « intégré » dégressivité-activation…

L’allocation de chômage est prépondérante au début de la période de chômage – on peut même envisager une allocation plus élevée qu’aujourd’hui : les chômeurs doivent pouvoir chercher un emploi qui leur convienne bien et leurs revenus doivent le permettre. Mais la part de l’allocation dans le budget total doit cependant diminuer au profit de mesures d’activation, à mesure que le temps passe. Ces mesures d’activation deviendraient ainsi progressivement prépondérantes. Cette proposition implique des allocations dégressives dans le temps, mais au profit d’allocations progressives destinées à favoriser l’insertion dans le marché du travail.

Mais pour cette vaste politique d’« activation », telle que vous la décrivez, il faut des moyens budgétaires supplémentaires… Or, nous vivons, au contraire, le temps des contraintes budgétaires.

Le chômage de longue durée grève les budgets sociaux : le juguler, c’est renflouer le budget de l’Etat. Et puis, il faut savoir que la Belgique est le pays en Europe dont le budget consacré à la « politique d’emploi » est le plus élevé, mais il n’est pas assez orienté vers l’essentiel : l’activation, menée par des interventions individualisées, adaptées aux personnes, carrières et trajectoires.

contre la réforme du régime d’allocations de chômage

« On risque de précipiter un paquet de gens dans la pauvreté »

Entretien

Contre la réforme du régime d’allocations de chômage : les arguments de Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB wallonne…

Mot-clé : « dégressivité ». Dégressivité des allocations de chômage. Vous n’y êtes pas favorable.

Mais elle existe ! Après quelques mois au chômage, un isolé ne touchera plus que 898 euros, un cohabitant, 475 euros. Le seuil de pauvreté pour un isolé est de 973 euros… Donc : son allocation de chômage est inférieure au seuil de pauvreté. Autre comparaison : un minimexé isolé touche 770 euros, un cohabitant minimexé, 513… Une catégorie n’est pas touchée par la dégressivité : les chefs de ménage. Ils touchent en moyenne 1.069 euros. Le minimex est de 1.027 euros. Vous voyez, quels montants !

La « dégressivité » aurait pour vertu d’encourager le quidam à rechercher un emploi…

Ah oui ? Savez-vous que si l’on baisse les allocations de chômage, on baisse du même coup les compléments chômage des travailleurs à temps partiel, c’est-à-dire le gros bataillon de travailleurs aujourd’hui ? Ils vont perdre 200 euros par mois. Et certains nous parlent de réduire les « pièges à l’emploi »… C’est incroyable !

J’ai lu l’enquête Tempo-Team (NDLR : Le Soir de mercredi)… Pour 75 % des Belges, les chômeurs doivent accepter l’emploi qu’on leur propose… Savent-ils – Tempo-Team le sait-il ? – que le règlement du chômage stipule qu’après un an, tout chômeur « doit » accepter un emploi « quel qu’il soit » ?

L’idée en débat : des allocations plus élevées au début, pour ensuite les réduire plus rapidement… J’ai dit ce que j’en pensais. J’ajoute que cela va introduire de grosses injustices entre Régions, car les chômeurs de longue durée, il y en a davantage en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre. Le résultat ici, ce sera une surcharge pour les CPAS.

Soyons sérieux : ce n’est pas parce que son allocation tombera de 1.000 à 800 euros qu’un chômeur trouvera plus vite du travail. Au contraire, il sera pénalisé dans ses démarches : transports, essence, etc. J’ai dirigé un service chômage dans la région liégeoise, et je peux vous affirmer que les chômeurs qui ne veulent pas travailler, c’est une minorité. Non, je refuse d’ouvrir la porte à ce type de réforme. Ce serait précipiter un paquet de gens sous le seuil de pauvreté.