Neurochirurgie Une « RMN de poche » dans une salle d'opération de l'hôpital Erasme (ULB) Toute la tumeur en un coup d'œil

PONCIN,JACQUES

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Vendredi 7 février 2003

Première mondiale à Erasme. L'hôpital bruxellois s'est équipé d'une mini-résonance magnétique en salle d'opération. La pointe de la neurochirurgie.

Neurochirurgie

Une « RMN de poche » dans une salle d'opération de l'hôpital Erasme (ULB)

Toute la tumeur en un coup d'oeil

JACQUES PONCIN

La chirurgie en général et la neurochirurgie en particulier ne seraient rien sans l'assistance de l'imagerie qui permet en permanence de guider le geste du praticien. Il est tout à fait courant qu'un chirurgien demande une « radio » pendant une intervention, mais les rayons X ne peuvent pas toujours visualiser le problème. Dans le cerveau, par exemple, pour voir la différence entre une tumeur et un tissu sain, il faut une technologie plus sophistiquée, celle de la résonance magnétique nucléaire (RMN) principalement. Le service de neurochirurgie d'Erasme vient de se doter d'une RMN « de poche » qu'il peut utiliser au cours même d'une opération.

Pour le profane, la chose est peut-être difficile à comprendre, mais de plus en plus les chirurgiens ne « voient » pas ce qu'ils font ! Il leur est bien difficile notamment de savoir s'ils ont « tout enlevé » dans le cas où ils doivent réséquer une tumeur, principalement. Or, savoir cela est très important.

D'une part, il existe des tumeurs totalement guérissables par la chirurgie... pour autant que celle-ci soit pleinement efficace. Ensuite, il est démontré que la rémission que l'on peut attendre d'une opération est fonction du pourcentage de la tumeur qui a été enlevé. Dans les cas où le chirurgien sait qu'il ne pourra tout enlever, il doit aussi diminuer la masse malade suffisamment pour pouvoir espérer mettre en oeuvre une autre technique de destruction, par exemple le gamma knife, qui irradie très sélectivement les tissus malins. Enfin, le fait de laisser quelques cellules malades augmente le risque de complications, par exemple du fait qu'il y est plus difficile d'arrêter les saignements.

Classiquement, les praticiens ne sont sûrs du résultat qu'après coup, quand ils font une RMN de contrôle. Il est alors trop tard, bien entendu. C'est pourquoi, depuis quelques années, les médecins cherchent un moyen d'effectuer cette vérification tant qu'il est encore possible d'agir. Dans les années 90, un hôpital de Boston équipa sa salle de RMN (une machine gigantesque, il faut le savoir) d'une salle d'opération adaptée. Une solution très coûteuse d'autant qu'elle nécessite une adaptation de tout le matériel chirurgical. Et aussi une installation où le praticien a fort peu de place pour travailler.

Plus tard, à Erlangen (Allemagne), on installa une salle d'op' suffisamment proche de la RMN pour qu'il soit possible de déplacer le patient sur sa table d'opération. Une formule qui n'est pas sans risque. Enfin vint l'époque des installations miniaturisées. Que l'on pend au plafond (comme à Winnipeg, au Canada) ou que l'on déplace sur le sol, comme l'appareillage mis au point par la firme israélienne Odin. En principe, il faut alors « faradiser » la salle d'opération, c'est-à-dire l'isoler de toutes les interférences électromagnétiques (c'est complexe et coûteux) et... éteindre tous les appareils électriques pendant la prise d'images.

D'où l'idée d'enfermer la RMN et bien entendu le patient sous une tente, faite d'un tissu contenant des fils de cuivre, chaque fois que l'on veut mettre l'appareil sous tension et lui demander de vérifier par l'image l'avancement du travail chirurgical. C'est cette combinaison entre un appareil de RMN miniaturisé (deux disques magnétiques en céramique qui se placent de part et d'autre de la tête, à 25 cm de distance) et cette tente isolante que l'équipe du Pr Jacques Brotchi (ULB-Erasme) a été le premier au monde à choisir et à se payer grâce au mécénat de la firme Tractebel.

Ce vendredi, les 22e et 23e patients seront opérés avec l'assistance de ce système, une expérience suffisante pour convaincre les chirurgiens (outre le Pr Brotchi, les Prs Levivier et De Witte) et l'ingénieur qui développe les logiciels d'interprétation des images (David Wikler) de l'intérêt du système et de la nécessité de poursuivre son utilisation, mais surtout la recherche scientifique (menée avec l'Institut Montefiore de l'Université de Liège) afin d'améliorer les images (l'appareil miniaturisé est évidemment moins performant que les autres) et surtout les informations que l'on peut en tirer.

D'autres équipes dans le monde ont donc une expérience plus riche, avec des appareillages souvent très lourds. Il en ressort que dans un cas sur quatre, le chirurgien doit parfaire un travail qu'il croyait avoir terminé (ce qui montre donc l'utilité d'une vérification immédiate) et que, si la procédure allonge en moyenne de 2 heures la durée de l'opération, elle réduit l'hospitalisation de 4 jours. ·