Non, Madame Schepmans, la Cocof ne doit pas disparaître
n.c.
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Mercredi 21 novembre 2007
Carte blanche
Je suis persuadée qu’une telle prise de position est non seulement totalement déconnectée de la réalité vécue par les différents acteurs de terrain concernés, mais encore qu’il s’agit d’une option totalement opposée aux intérêts des Bruxellois et de la solidarité francophone dans son ensemble.
L’identité bruxelloise se conjugue au pluriel. Notre Ville-Région est à la fois un espace de vie en commun de néerlandophones et francophones, le lieu qui symbolise la construction européenne, une terre d’accueil qui a fait siennes de nombreuses personnes d’origine méditerranéenne et également la première ville francophone de la Communauté qu’elle forme avec la Wallonie. C’est là le fruit de notre histoire complexe, au carrefour du monde latin et germanique. Notre richesse se constitue de toutes les dimensions de cette histoire et notre développement passe par notre capacité à les conjuguer positivement et à les assumer via un ensemble d’institutions qui leur permettent d’exister ensemble sans appauvrissement. On ne peut ôter l’une d’elles sans nous mutiler.
Notre Région a ainsi été dotée, par le biais de sa Commission communautaire française, de la capacité à gérer un ensemble de matières qui concernent spécifiquement les francophones bruxellois, parallèlement à l’organe similaire dont disposent les néerlandophones de Bruxelles.
C’est au travers de cette Commission communautaire qu’ils gèrent, par exemple, leur télévision régionale, leur formation professionnelle, qu’ils déploient un réseau propre d’enseignement, d’institutions de promotion de la santé, leurs propres initiatives culturelles, etc.
L’action de la Cocof au niveau bruxellois complète celle de la Communauté française, de la Région bruxelloise et d’autres institutions. Force est de constater que Mme Schepmans n’apporte pas plus d’exemples concrets quant au fait que la disparition de la Cocof renforcerait la Communauté française ou que cette disparition permettrait de mieux remplir les missions imparties.
A contrario, je ne vois pas, par exemple, de raison d’ôter aux francophones de Bruxelles la possibilité de décider eux-mêmes du développement de Télé Bruxelles.
En tant que Ministre de la Cocof en charge de la formation professionnelle, j’ai significativement développé celle-ci en fonction de la spécificité de nos besoins de formation. L’accent a notamment été mis sur l’apprentissage du néerlandais et de l’anglais, sur l’apprentissage du français en tant que langue étrangère, sur l’accroissement des formations recherchées par nos employeurs. L’adéquation du développement de Bruxelles Formation et du secteur de l’insertion professionnelle à nos besoins réels me paraît pouvoir être plus facilement atteinte que si elle devait être pilotée à partir de la Communauté.
La Cocof soutient 25 maisons médicales et 21 centres de santé mentale sur le territoire de notre région. Là encore, je ne vois pas au nom de quoi il faudrait ôter aux francophones bruxellois la possibilité d’orienter le développement de ces réseaux. A travers l’octroi d’environ 650 subventions, les francophones de Bruxelles ont, par ailleurs, leur mot à dire sur la politique culturelle qui leur est destinée. Chacun reconnaît la richesse de la vie culturelle de notre capitale. En quoi celle-ci sortirait-elle grandie si cette possibilité d’action leur était retirée ?
Les difficultés de financement des opérateurs qui dépendent de la Cocof sont réelles. Mais il n’est pas exact, alors que la Région bruxelloise intervient dans le budget, que l’abandon de ces compétences à la Communauté française y apporterait une solution, bien au contraire. L’expression d’une solidarité francophone sur ce point serait effectivement bienvenue et mériterait d’être largement débattue, mais celle-ci n’est en rien liée à un dessaisissement des compétences.
La suppression de la Cocof n’est ni demandée par les acteurs de terrain concernés, ni plus généralement par les Bruxellois ou par les Wallons. Madame Schepmans, qui affirme souhaiter que les francophones parlent d’une seule voix, aurait pu s’en assurer avant de créer, à un moment très difficile des négociations entre les communautés de notre pays, l’impression exactement inverse !
Revendiquer aujourd’hui la disparition de la Cocof reviendrait à déshabiller la Région bruxelloise en lui ôtant la possibilité d’affirmer sa dimension francophone et à affaiblir la position de négociation de l’ensemble des francophones dans le débat institutionnel. La solidarité entre les francophones de Wallonie et de Bruxelles qui s’exprime au travers de la Communauté française ne passe en rien par l’amputation des institutions bruxelloises.
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