Nos armes reprennent le chemin du Golfe

SPLEETERS,DAMIEN

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Lundi 2 juillet 2012

Éthique Pas de preuves du détournement d’armes vers la Syrie, assure le ministre-président wallon Rudy Demotte

Les armes wallonnes peuvent à nouveau être exportées vers les pays du Golfe… Le 21 mars, Le Soir faisait état de l’indécision de la Région quant à l’octroi de licences d’exportation vers le Qatar et l’Arabie Saoudite, suite aux déclarations publiques de ces deux pays qui souhaitaient fournir des armes aux rebelles syriens. Face au risque de réexportation d’armes wallonnes vers la Syrie, la Région décidait, début mars, de suspendre préventivement l’octroi de nouvelles licences d’exportation vers ces deux clients de la FN Herstal, avant de faire marche arrière et de choisir d’attendre l’avis des Etats-membres européens qui devaient en discuter le 26 avril.

Interpellé, le 28 mars, par Luc Tiberghien (Ecolo), le ministre-président Rudy Demotte (PS) rappelle que la référence en termes d’octroi de licences d’exportation d’armes est la position commune européenne, adoptée en 2008. Parmi les huit critères définis dans ce texte, le septième veut que les Etats membres évaluent le risque de réexportation par le pays acheteur.

Evoquant les déclarations du Premier ministre du Qatar et du chef de la diplomatie d’Arabie Saoudite, M. Demotte affirme qu’« il existe un risque, pour ce qui concerne la situation syrienne, de réexportation d’armes ». Au lieu de suspendre préventivement l’octroi de licences, le gouvernement optait cette fois pour un autre type de mesure de prudence en consultant ses partenaires européens.

Fin avril, cependant, il était impossible de connaître la teneur des discussions européennes, confidentielles. Il faudra attendre une nouvelle question de M. Tiberghien pour obtenir, ce 26 juin, une réponse claire de M. Demotte : « Les délégations ont répondu qu’il semble qu’il n’y ait pas de preuve actuellement du détournement d’armes en provenance de l’Union européenne par le Qatar vers la Syrie. Il n’y a donc pas de position de principe de non-exportation prise par nos partenaires européens. »

Le 13 juin, le quotidien britannique The Independent faisait pourtant état de livraisons d’armes en provenance du Qatar et d’Arabie Saoudite à destination des rebelles syriens. En outre, la position commune européenne veut que ce soit le risque de réexportation qui soit pris en compte, non les preuves de celles-ci. Alors que la Région wallonne vient d’adopter un nouveau décret réglementant ses exportations d’armes, afin d’éviter un autre scandale libyen, continuer à exporter vers des pays à risque comme le Qatar et l’Arabie pourrait poser question. Ce n’est pas l’opinion de Cédric Poitevin, du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité, qui relève la prudence de la Région : « L’Arabie est un très gros client de la FN Herstal, et donc de la Région wallonne. Les conséquences d’une suspension de l’octroi de licences d’exportation d’armes seraient très dommageables pour la Région. »