Nos choix scènes

FRICHE,MICHELE; MAKEREEL,CATHERINE; MERTENS,WENDY; ANCION,LAURENT; WYNANTS,JEAN-MARIE

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Mercredi 29 mars 2006

Allah superstar

Théâtre de Poche.

Sam Touzani entre dans la peau de Kamel Hassani, un jeune Beur qui a décidé de faire rire en incarnant un terroriste. Le rire fait mouche, la réflexion aussi. Ne manque qu'un peu de rythme dans la mise en scène pour que le propos percute pleinement nos consciences.

Alost (Aalst)

L'Eden, Charleroi.

Un saisissant spectacle, basé sur le procès de parents infanticides. Un couple a tué ses enfants dans un hôtel, à Alost, en 1999. Pol Heyvaert porte les mots du procès à la scène et impose une impitoyable réflexion sur notre nature humaine. Un spectacle joué en français par la troupe gantoise Victoria.

Amerika

Halles de Schaerbeek.

Dans un climat d'inquiétante étrangeté, Claude Schmitz dépeint une famille enfermée dans ses angoisses, se débattant dans une maison hantée, métaphore de la psychose qui règne aux Etats-Unis. La mise en scène fourmille de bonnes idées, malgré un message un peu simpliste.

Bob et Georges

Théâtre de la Toison d'Or.

Pas de décor, peu d'accessoires, c'est la complémentarité de Laurence Bibot et de Nathalie Uffner qui est ici en jeu. En scène, dix chaises et des lumières minimales servent de cadre à un délire bon enfant, qui allie feinte visuelle (des acrobaties minuscules) et trouble réel (une intéressante réflexion sur le troisième sexe). Le rire se tisse d'un rien de mélancolie sur l'âge, sur la différence entre les gens et les genres. Avec, cerise sur le gâteau, un invité surprise hebdomadaire.

Boxe

Théâtre national.

Sur le ring de la vie, Olga et Toni ne font pas le poids. A peine ont-ils goûté à la gloire que la shampouineuse et l'ex-champion de boxe dégringolent de leur podium de pacotille. Quatre excellents comédiens, une myriade de tableaux, d'images vidéo, de costumes défilent à un rythme endiablé, au début, un peu moins, à la fin. Un bon match dans l'ensemble.

Chéri

La Flûte enchantée.

L'histoire d'un amour qui écartèle l'échelle des âges : Léa, femme mûre, aime un homme très jeune. Une oeuvre de Colette portée à la scène par Renée Fonck.

Cloak

Théâtre Le Public ; maison de la culture de Marche-en-Famenne.

Un zeste de comédie musicale, des chorégraphies qui se glissent dans la vie de tous les jours et un solide portrait de la morosité des quadragénaires ! Entre Jacques Demy et le film de moeurs, le « Théâtre... à suivre... » réussit un spectacle accrocheur et tonique, centré sur les doutes d'une génération. Le texte de la jeune Laurence Kahn fournit de chouettes dialogues, loupe un peu ses monologues, mais la mise en scène de Luc Fonteyn donne au tout une énergie ludique.

Créanciers

Théâtre des Martyrs.

Après Aïda vaincue, Michael Delaunoy continue sur sa belle lancée avec cette mise en scène épurée de Strindberg. De la quasi-broderie pour tisser cette oeuvre somptueuse sur la guerre des sexes. Jo Deseure, Angelo Bison et Alain Eloy jouent avec une virtuosité urgente et tendue ce triangle amoureux et haineux qui va s'entre-déchirer au nom d'une dette qu'on nomme amour. Sombre et envoûtant.

Desh

deSingel, Anvers.

Un spectacle très introspectif, inspiré par la musique indienne et le jazz de John Coltrane. Solos, duo et trios se combinent dans ce spectacle en cinq parties dont Anne Teresa De Keersmaeker et Salva Sanchis ont écrit le vocabulaire de base. Avec également Marion Ballester.

Elie Semoun se prend pour qui ?

Théâtre royal de Mons.

Dans ce one-man-show, Elie Semoun se prend pour différents personnages : les ados, les voisins, les homos, les vieux, les vendeuses, les pères célibataires, les racailles, les sourds... Un humour noir sur des personnages souvent pathétiques et ridicules.

Faire le malin est le propre de tout imbécile

La Samaritaine.

Georges Courteline joué à la façon des Monty Pythons. Un mari et sa femme vont prendre le plus grand plaisir à être d'une parfaite mauvaise foi, à entrer dans les plus affreuses disputes sous les prétextes les plus minimes. Une mise en scène de Valéry Massion, avec Dominique Rongvaux et Stéphanie van Vyve.

George Dandin ou le mari confondu

Comédie Claude Volter.

Bel effort de simplicité : la comédie de Molière se concentre sur les personnages, sans grand décor ni effets de manche. La farce de George Dandin, paysan devenu noble par alliance, y trouve ses contrastes, entre nobles étouffés sous les colifichets et un pauvre hère qui se demande ce qu'il fait là. En Dandin, Michel de Warzée convainc par son calme. Mais la farce reste une pantalonnade trop carrée.

Grimes et châtiments

Magic Land Théâtre.

Le royaume des contes est menacé par les orques, menés par Attila deux, roi des Huns, qui pillent les villages et enlèvent les enfants pour les revendre comme bouffons dans les cours d'Europe. Après Le Magic Land règle ses contes, la troupe nous plonge à nouveau dans le monde inépuisable des contes de fée.

J'irai cracher sur vos tombes

La Clarencière.

Dans le sud des Etats-Unis, un quarteron d'apparence blanche aide son frère d'apparence noire à sortir du pétrin, au risque de révéler ses vraies origines. Le roman rude, brutal et violent de Boris Vian, écrit sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, qui crie sa haine contre le racisme, le conformisme et le prêt-à-penser.

Johan Padan à la découverte des Amériques

Chapelle de Fauquez, Ronquières.

L'histoire de la découverte des Amériques vue d'en bas, c'est-à-dire par un marin, gibier de potence. Johan, personnage venu de la commedia dell'arte, a inspiré un texte à Dario Fo, aujourd'hui porté à la scène par Caroline Van Gastel et joué en solo par Alberto Garcia Sanchez.

L'abécédaire des temps modernes

Le Manège, Mons.

Avec la jouissance verbale qui le caractérise, Paul Pourveur nous embarque dans une étonnante zone de turbulence linguistique pour dépeindre notre monde moderne, voire postmoderne, en huit lettres. De A à H, quatre excellentes comédiennes évoluent dans une galaxie futuriste, désespérément noire dans le ton et les couleurs.

La campagne

Rideau de Bruxelles.

Cette pièce de Martin Crimp déflore le mythe du paradis champêtre tout en dépeignant un couple rongé par l'hypocrisie. Mélange de polar et de comédie, l'intrigue évolue autour de Corinne et Richard, couple bourgeois en apparence heureux, mais dont la présence d'une inconnue, trouvée inconsciente au bord de la route, va dévoiler les gouffres. Suspense, non-dits et ironie au menu.

La chute

XL-Théâtre - Théâtre du Grand Midi.

Mis en scène par Bernard Damien, ce texte coule de source. La nuit. Un bar à matelots. Et un homme - ou plutôt, l'épave d'un homme - qui confesse sa vie à haute voix. Les mots y tracent leur chemin sans lourdeur et font encore mouche aujourd'hui, distillés par le formidable « diseur » qu'est Alexandre von Sivers.

La croisade du bonheur

Palace, Ath ; centre Bohaimont, Bertrix ; centre d'animation touristique, Chiny ; les Chiroux, Liège.

Lorsqu'elle a rencontré Yannick Jaulin, Claudette Fuzeau a eu une révélation : elle a décidé de partir sur les routes de France pour mesurer le taux de bonheur des habitants et leur procurer du bonheur grâce à son pouvoir de « magnétiser la mogette ». Une comédie de Sandrine Bourreau, Yannick Jaulin et Titus.

La grande vacance

Théâtre des Martyrs.

Philippe Vauchel, ce délicieux comédien poète, évoque la mort. Rien de macabre ici : juste un petit homme en imper beige, comme égaré dans la campagne par un jour de Toussaint. Proximité, tendresse, élan de confidence. L'art de Vauchel, ce n'est sans doute pas d'aller plus loin que ce que l'on dit tous les jours, mais de le dire autrement.

L'amour est enfant de salaud

Théâtre royal des Galeries.

Barbara a renoncé à l'amour. Après un mariage désastreux, son amie d'enfance, Nikki, a trouvé l'homme idéal, un Ecossais qui déplaît d'entrée de jeu à Barbara. Une variation d'Alan Ayckbourn sur l'éternel triangle amoureux, mise en scène par Patrice Mincke.

La pluie d'été

Centre culturel d'Engis.

Immersion dans l'univers étrange et poétique de Marguerite Duras avec cette création très personnelle de Gaëtan Lejeune et Catherine Mestoussis, mise en scène par Dominique Roodthooft. Simplicité et imaginaire sont les maîtres mots de cette histoire singulière de deux enfants dont l'amour fusionnel mènera à l'inceste : Ernesto et Jeanne, ou la fin de l'enfance après le passage de la pluie d'été.

La résistante

Variétés, Amay ; Théâtre Blocry, Louvain-la-Neuve.

Une auteure de théâtre « engagée », face à ses personnages lui reprochant sa lâcheté et l'utilisation qu'elle fait de leur drame pour se donner bonne conscience. Beau texte courageux de Pietro Pizzuti, desservi par une interprétation manquant considérablement de finesse.

La valse du hasard

Théâtre de Binche.

Soudain, une jeune femme se retrouve au purgatoire suite à un accident de voiture, et il s'agit à présent de défendre sa vie. L'ange examinateur pose les questions et compte les points. Rencontre diabolique entre un ange lunatique et une candidate au paradis, sur fond d'injustice ici-bas et dans l'au-delà. Grinçant et pétillant. Une pièce de Victor Haïm jouée en duo par Cloé Xhauflaire et Daniel Hanssens.

Le pain de ménage et Poil de carotte

Théâtre royal du Parc.

Peu joué, Jules Renard a pour qualité sa sensibilité, et pour défaut, sa raideur théâtrale. Essentiellement discursifs, Le pain de ménage et Poil de carotte touchent plus par leur sujet que par leur forme, d'autant que les décors optent pour un naturalisme joli mais pesant. Restent les acteurs, raffinés, et Anaëlle Snoeck, magistrale en Poil de carotte.

Les animaux

Théâtre de la Balsamine.

Trois hommes, un butin et une réflexion sur la « part manquante » de notre humanité, voilà le cadre du deuxième volet de l'excursion philosophique entamée par Olivier Coyette, après Trachées. Western moderne en deux époques, ce « road-movie » dessine quelques sombres interrogations sur cet animal d'homme que nous sommes.

Ligue d'impro

Théâtre Marni.

Finale du championnat lundi (Verts-Bleus). Et, dimanche, finale de la coupe Intervilles (Bruxelles-Mons), qui répartissait les jouteurs en fonction de leurs origines.

L'invisible

Espace théâtral Scarabaeus ; les Chiroux, Liège ; grand manège, Namur.

Dans une poésie qui bouscule l'ordre « correct » de la phrase, ce superbe texte de Philippe Blasband conte l'exil forcé, l'intégration dans un pays « en froideur » et, surtout, la perte des racines qui fait d'un émigré un double étranger. En scène, Dieudonné Kabongo nous fait fondre d'émotion et de bonheur.

Mesure pour mesure

Maison de la culture d'Arlon.

Dans une Vienne où tout est permis, le duc Vincentio confie la régence au seigneur Angelo et part en voyage. En fait, il se déguise en moine pour observer et manipuler son entourage. Philippe Sireuil monte avec brio cette comédie complexe de Shakespeare, portée par Philippe Jeusette, André Baeyens, Céline Rallet et toute une étonnante distribution.

Microsouft World

Centre culturel Jacques Franck ; Théâtre de la Toison d'Or.

Dans un monde futuriste absurde et effrayant, la toute-puissante multinationale Microsouft a généré un monde de solitudes, d'injustice et de précarité. Un spectacle entre science-fiction et parodie de programmes télévisés, par Projet Cryotopsie, dans le cadre des « Giboulées ».

Moi, prince Charles, révolté de la cour de Belgique

Quat'sous - Théâtre Roland Ravez.

Méconnu, adoré ou détesté, le prince Charles fut rebelle à tous ceux qui voulaient le modeler selon les lignes de sa caste. L'auteur belge Rudy Geldhof nous narre les faiblesses, les cruautés et les frasques de ce royal fêtard, dans une adaptation et une mise en scène de Roland Ravez.

Oscar et la dame rose

Palais des Beaux-Arts.

La grande Jacqueline Bir reprend le rôle de Mamie Rose, pleine de tendresse face à Oscar, un petit garçon leucémique. Un grand moment d'émotion et d'humanité, joué sans chi-chi, à voir sans rechigner.

Peanuts

Théâtre Jardin-Passion, Namur.

Fausto Paravidino, jeune prodige italien, nous livre sa chronique personnelle des évènements de Gênes 2001 et du meurtre de Carlo Giuliani, jeune manifestant tué par un carabinier. De ce texte démagogique, Loris Liberale dessine une fresque tragicomique, alliée à un travail corporel soigné mais qui peine à soutenir la tension jusqu'au bout.

Peines d'amour perdues

Théâtre Jean Vilar, Louvain-la-Neuve ; casino de Spa.

La chasteté vouée à l'étude peut-elle résister une minute au charme d'un quatuor de jolies filles ? Bien sûr que non, répond Shakespeare, joyeusement grivois. A sa suite, Armand Delcampe veut rire aussi, mais sa direction d'acteurs, inégale, peine un peu dans les méandres d'une farce poussive. Avec ses 17 comédiens, ce spectacle n'en a pas moins l'ambition d'une fête populaire, ce qui est respectable.

Plus vite que tes yeux

Centre culturel de Polleur.

Bashkim Topojani, un breakeur de 29 ans, livre un autoportrait fulgurant. Son solo mêle danse de rue, images vidéo, mixage aux platines et confession blagueuse d'un garçon venu du Kosovo avec des questions plein la tête. Cette introspection pourrait être exploitée plus profondément, mais le spectacle nous met déjà sur la tête.

POD Petites oeuvres dansées

Centre culturel Jacques Franck.

Une chorégraphie de Ciro Carcatella née de sa rencontre avec le compositeur Cristof Carrion et le plasticien Bruno Kladar. Dans le cadre de « Danse d'ici et d'ailleurs ».

Puur

Stadsschouwburg, Louvain.

Treize danseurs et acteurs vêtus de blanc évoluent sur scène et sur écran. Un monde futur se reconstruit sur les souvenirs, souvent violents, d'un monde disparu. Les danseurs se donnent à fond mais l'ensemble tourne en rond et laisse le spectateur sur sa faim

Reflets d'Ulysse

Théâtre Varia.

Bud Blumenthal mêle depuis longtemps une certaine recherche technologique à une danse fluide et ouverte. Créés en 2003, ses Reflets d'Ulysse s'inspirent du célèbre mythe et de l'oeuvre de James Joyce. Une chorégraphie qui se déploie dans l'espace et touche essentiellement par la simple magie du geste, de l'interaction des corps, de la relation avec l'image filmée et avec la lumière, magistralement utilisée.

Savantissimi doctores

Théâtre Poème.

Repas-spectacle « médicinal ». Médecine et littérature ont toujours fait route ensemble, de Rabelais à Marguerite Duras en passant par Molière. Extraits choisis, sous la conduite de Monique Dorsel.

Si c'est chanté, c'est pas perdu

Salle Baudouin IV, Braine-le-Comte ; Théâtre du Gymnase, Tubize.

Des textes qui lèvent les révolutions, des poèmes qui réveillent la mémoire des résistances, des chants d'espoir de tous pays, de tous temps. Guy Pion les a choisis, organisés, en un spectacle mis en scène par Charles Cornette et en notes par Pascal Charpentier et ses musiciens. Trois voix, belles, chaudes (Delphine Gardin, Roberto Cordova et Guy Pion) pour un spectacle dont l'émotion soulèverait des montagnes.

Soeur Sourire

Théâtre du Méridien.

Assimilée à son hit Dominique, nique, nique..., la vie de Soeur Sourire n'a pourtant rien eu de rigolo. Marie Destrait en tire une tragédie de haut vol, qui laisse aussi la place au rire et à l'imagination.

Table mountain

Théâtre du Quai, Liège.

Le corps et la façon dont il est marqué par la vie, tel est le point de départ de ce travail d'improvisation de cinq comédiens handicapés mentaux du Créahm-Région wallonne, dirigés par Alain Winand.

Tous coupables

Théâtre de la Toison d'Or.

Sexe et pouvoir. Le couple a la dent dure. Le Panach'Club nous parle d'amour au travail. Un bureau est prétexte à des scènes délirantes, écrites à six mains par les jeunes acteurs. Il y a du Monty Pythons là dessous, mais la caricature prend souvent le pas sur le sujet.

Un fou noir au pays des Blancs

Salle Jules Bastin, Waterloo.

Psychologue de formation, auteur prolixe et figure respectée, Pie Tshibanda a dû, un jour, fuir le Congo-Zaïre. Il connaissait un peu la Belgique, grâce à des échanges littéraires, et est venu frapper à sa porte. On lui a ouvert sans le regarder. Puis, les yeux ont dit le mépris. L'auteur a compris qu'il fallait tisser les liens : il a rendu visite à ses voisins... qui n'ont pas compris. Un « fou noir » nous narre son périple et, par l'art du conte réaliste, ouvre des brèches dans les certitudes du « pays des Blancs ». Un formidable plaidoyer pour l'écoute, le respect et l'amour, à voir absolument.

Zic Zag

Ruelle aux Baladins, Namur.

Seul en scène, Joseph Collard, des Founambules, nous raconte sa vie de mime, lui qui est né dans une famille où c'est une tradition, de génération en génération.