Nos choix sur scènes

WYNANTS,JEAN-MARIE; ANCION,LAURENT; MERTENS,WENDY; FRICHE,MICHELE; MAKEREEL,CATHERINE

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Mercredi 22 mars 2006

Allah superstar

Théâtre de Poche ; salle culturelle de Thuillies.

Sam Touzani entre dans la peau de Kamel Hassani, un jeune Beur qui a décidé de faire rire en incarnant un terroriste. Le rire fait mouche, la réflexion aussi. Ne manque qu'un peu de rythme dans la mise en scène pour que le propos percute pleinement nos consciences.

Alost (Aalst)

L'Eden, Charleroi.

Un saisissant spectacle, basé sur le procès de parents infanticides. Un couple a tué ses enfants dans un hôtel, à Alost, en 1999. Pol Heyvaert porte les mots du procès à la scène et impose une impitoyable réflexion sur notre nature humaine. Un spectacle joué en français par la troupe gantoise Victoria. Lire aussi en page 52.

Artisto !

Centre des Riches-Claires.

Mélange de différentes disciplines, de cirque et de music-hall, ce spectacle du clown Elastic privilégie l'humour visuel, selon une recette alliant le burlesque à l'ironie.

Bob et Georges

Théâtre de la Toison d'Or.

Pas de décor, peu d'accessoires, c'est la complémentarité de Laurence Bibot et de Nathalie Uffner qui est ici en jeu. En scène, dix chaises et des lumières minimales servent de cadre à un délire bon enfant, qui allie feinte visuelle (des acrobaties minuscules) et trouble réel (une intéressante réflexion sur le troisième sexe). Le rire se tisse d'un rien de mélancolie sur l'âge, sur la différence entre les gens et les genres. Avec, cerise sur le gâteau, un invité surprise hebdomadaire.

Boxe

Théâtre national.

Sur le ring de la vie, Olga et Toni ne font pas le poids. A peine ont-ils goûté à la gloire que la shampouineuse et l'ex-champion de boxe dégringolent de leur podium de pacotille. Quatre excellents comédiens, une myriade de tableaux, d'images vidéo, de costumes défilent à un rythme endiablé au début, un peu moins à la fin. Un bon match dans l'ensemble.

Britannis

Centre culturel de Huy.

La compagnie flamande Leporello aborde Racine et la tragédie. Dirk Opstaele s'inspire librement de Britannicus, dont il dégage toute la modernité. Il associe musique, chant, texte et mouvement.

C'est tout moi

Waux-Hall, Nivelles.

Virginie Hocq, jeune femme de poigne, confirme sa souplesse de jeu à travers une galerie de portraits bien observés. De l'humour solo marqué par quelques faiblesses d'écriture, mais livré par une humoriste au sang chaud. Ce n'est qu'un début...

Créanciers

Théâtre des Martyrs.

Après Aïda vaincue, Michael Delaunoy continue sur sa belle lancée avec cette mise en scène épurée de Strindberg. De la quasi-broderie pour tisser cette oeuvre somptueuse sur la guerre des sexes. Jo Deseure, Angelo Bison et Alain Eloy jouent avec une virtuosité urgente et tendue ce triangle amoureux et haineux qui va s'entre-déchirer au nom d'une dette qu'on nomme amour. Sombre et envoûtant.

Debout les damnées

de la terre

Centre culturel de Rossignol.

Solide vie que celle de Louise Michel, anarchiste, révolutionnaire sociale, membre de l'Internationale. Dans un frac noir sur fond noir, Marie-Claire Clausse raconte ses combats, au fil d'un texte signé par le journaliste Guy-Joseph Feller. Austère, essentiellement littéraire, ce solo vaut surtout pour son fond.

Desh

deSingel, Anvers.

Spectacle très introspectif, inspiré par la musique indienne et le jazz de John Coltrane. Solos, duo et trios se combinent dans ce spectacle en cinq parties dont Anne Teresa De Keersmaeker et Salva Sanchis ont écrit le vocabulaire de base. Avec aussi Marion Ballester.

Dramuscules

Théâtre de la Place, Liège.

Une farce féroce, signée par Thomas Bernhard et dirigée par Françoise Bloch. En cinq textes brefs, l'auteur autrichien dénonce sans aucune ambiguïté notre tendance à l'exclusion, à l'égoïsme et au racisme. On rit, malgré les baffes portées à notre humanité, grâce à l'étourdissant travail corporel et vocal réalisé par une distribution de haut vol. Décapant comme de la soude caustique.

Drummer wanted

Kaaitheaterstudio's.

Le malaise couve entre une mère et son fils, Franck, batteur de rock bon à rien qui approche la trentaine et vit toujours chez elle. Une comédie de Richard Maxwell, qui dirige The New York City Players. En anglais.

Et ta soeur ?

Centre culturel d'Auderghem.

Un camping oublié du Littoral. D'une cabine de bain vont sortir les personnages les plus incongrus, joués par une même actrice. Les mots de Sandra Zidani sont mis en scène par Patrick Chaboud.

Georges Dandin

ou le mari confondu

Comédie Claude Volter.

Un paysan fortuné rêve de noblesse et d'amour. Bien sûr, la comédie de Molière ne laissera pas ses désirs se réaliser, ou alors pas comme il l'espérait ! Michel de Warzée est Dandin, dirigé par Vincent Dujardin.

Gitans

Salle culturelle, Thuillies.

La Compagnie Pour Rire continue de trimballer sa roulotte au gré des vents pour filer la berlue aux yeux du public, avec ses histoires d'amour et de clans, ses lanceurs de couteaux, ses jongleurs de feu et ses jolies Tziganes. Un spectacle en musique pour petits et grands.

Impro'justitia

Maison de la culture d'Arlon ; centre culturel de Dinant ; palais de Justice de Huy ; centre Staquet, Mouscron ; palais de Justice de Namur.

Citoyenne, citoyen, l'improcureur général Bruno Coppens vous convoque pour le premier procès-spectacle, sous l'oeil aveugle de Dame Justice. Motif : la langue française, présente sous les traits de Robert Larousse, est accusée de tous les mots de la Terre.

J'aime le noir

La Samaritaine.

Pari audacieux : dérouler la vie d'un couple autour du thème du noir. De la rencontre, sur un banc public, jusqu'à la mort, le spectacle raconte la vie d'Edouard et Sophie. Leurs déceptions, mais aussi leurs petits bonheurs. Tout cela dans une succession de saynètes teintées d'humour noir. Malheureusement, malgré un duo de comédiens très en forme (Tristan Moreau, également auteur du texte, et Laure Godisiabois), les répliques peinent souvent à faire rire. Et à innover dans ce thème souvent rebattu.

La campagne

Rideau de Bruxelles.

Cette pièce de Martin Crimp déflore le mythe du paradis champêtre tout en dépeignant un couple rongé par l'hypocrisie. Mélange de polar et de comédie, l'intrigue évolue autour d'un couple bourgeois en apparence heureux, mais dont la présence d'une inconnue, trouvée inconsciente au bord de la route, va dévoiler les gouffres. Suspense, non-dits et ironie au menu.

La chute

XL-Théâtre - Théâtre du Grand Midi.

Mis en scène par Bernard Damien, ce texte coule de source. La nuit. Un bar à matelots. Et un homme - ou plutôt, l'épave d'un homme - qui confesse sa vie à haute voix. Les mots y tracent leur chemin sans lourdeur et font encore mouche aujourd'hui, distillés par le formidable « diseur » qu'est Alexandre von Sivers.

La croisade du bonheur

Centre culturel de Woluwe-Saint-Pierre ; Palace, Ath ; centre culturel d'Auvelais ; salle Mathieu de Geer, Barvaux-sur-Ourthe ; académie de musique de Bouillon ; Théâtre de Ciney ; Cinéma royal, Gembloux ; Waux-Hall, Nivelles.

Lorsqu'elle a rencontré Yannick Jaulin, Claudette Fuzeau a eu une révélation : elle a décidé de partir sur les routes de France pour mesurer le taux de bonheur des habitants et leur procurer du bonheur grâce à son pouvoir de « magnétiser la mogette ». Une comédie de Sandrine Bourreau, Yannick Jaulin et Titus.

La dernière lettre

Maison des jeunes et de la culture, Comines-Warneton.

Anna, médecin, russe et juive, en partance pour le ghetto ukrainien, écrit une dernière lettre à son fils Vitia, quelques jours avant d'être assassinée par les nazis. Un texte du dissident russe Vassili Grossman, interprété par Béatrix Ferauge.

La grande vacance

Théâtre des Martyrs.

Philippe Vauchel évoque la mort. Rien de macabre : juste un petit homme en imper beige, comme égaré dans la campagne par un jour de Toussaint. Proximité, tendresse, confidence. L'art de ce comédien poète n'est sans doute pas d'aller plus loin que ce que l'on dit tous les jours, mais de le dire autrement.

La pluie d'été

Centre culturel d'Engis.

Immersion dans l'univers étrange et poétique de Marguerite Duras avec cette création très personnelle de Gaëtan Lejeune et Catherine Mestoussis, mise en scène par Dominique Roodthooft. Simplicité et imaginaire sont les maîtres mots de cette histoire singulière de deux enfants dont l'amour fusionnel mènera à l'inceste : Ernesto et Jeanne, ou la fin de l'enfance après le passage de la pluie d'été.

La résistante

Centre culturel de Braine-l'Alleud ; centre culturel de Chimay ; Côté Cours, Jodoigne.

Une auteure de théâtre qui se veut « engagée » fait face à ses personnages lui reprochant sa lâcheté et l'utilisation qu'elle fait de leur drame pour se donner bonne conscience. Un beau texte courageux de Pietro Pizzuti, desservi par une interprétation manquant considérablement de finesse.

La tête en bas

Zone urbaine Théâtre.

Une superbe adaptation théâtrale du roman de Noëlle Châtelet. Trois jeunes comédiens, touchants, étonnants et attachants, racontent l'histoire vraie de Paul l'hermaphrodite, condamné à vivre à deux dans un même corps. Sans pathos, le spectacle émeut jusqu'aux larmes.

La valse du hasard

Centre culturel et artistique d'Uccle ; salle Jules Bastin, Waterloo.

Soudain, une jeune femme se retrouve au purgatoire suite à un accident de voiture, et il s'agit à présent de défendre sa vie. L'ange examinateur pose les questions et compte les points. Rencontre diabolique entre un ange lunatique et une candidate au paradis, sur fond d'injustice ici-bas et dans l'au-delà. Grinçant et pétillant. Une pièce de Victor Haïm jouée en duo par Cloé Xhauflaire et Daniel Hanssens.

Le jeu de l'amour

et du hasard

Théâtre Molière.

Y a pas à dire, un classique de temps en temps, ça fait du bien par où ça passe ! Intrigues et quiproquos légers, drôles ou galants, revoici le séduisant Marivaux, dopé à l'énergie d'une mise en scène inventive, signée Dominique Serron. Une fausse répétition du spectacle, d'abord fragile, revigore ensuite le regard sur cet incontournable du répertoire.

Le pain de ménage

et Poil de carotte

Théâtre royal du Parc.

Peu joué, Jules Renard (1864-1910) a pour qualité sa sensibilité, et pour défaut, sa raideur théâtrale. Essentiellement discursifs, Le pain de ménage et Poil de carotte touchent plus par leur sujet que par leur forme, d'autant que les décors optent pour un naturalisme joli mais pesant. Reste le jeu des acteurs, raffiné, et la performance d'Anaëlle Snoeck, magistrale et boudeuse en Poil de carotte.

Les affaires

de Monsieur Jules César

Théâtre de l'Ancre, Charleroi.

Adaptation problématique d'un des romans de dialectique philosophique de Brecht. Une mise en scène qui mise davantage sur la farce commedia dell'arte, d'excellents comédiens qui sont ici astreints à un jeu monolithique... Ces Affaires de Monsieur Jules César sont certes une curiosité, mais y laissent pas mal de plumes.

Ligue d'impro

Théâtre Marni.

Place au match du public et à une rencontre axée sur la mode.

L'invisible

Centre culturel de Dour ; les Chiroux, Liège.

Dans une poésie qui bouscule l'ordre « correct » de la phrase, ce superbe texte de Philippe Blasband conte l'exil forcé, l'intégration dans un pays « en froideur » et, surtout, la perte des racines qui fait d'un émigré un double étranger. En scène, le grand Dieudonné Kabongo nous fait fondre d'émotion et de bonheur.

Mademoiselle Frankenstein

Théâtre Le Public.

Humour, histoire, dérision et frisson. Voilà les quatre atouts de cette pièce de Thierry Debroux, qui explore les mystères et secrets de Mary Shelley, l'auteur de Frankenstein. La mise en scène de Véronique Dumont aurait pu pousser l'expressionnisme plus loin, mais l'esquisse est déjà plaisante. Avec deux comédiens prêts à tout, Patricia Ide (Mary Shelley) et Pierre Geranio (un visiteur inquiétant).

Mathilde

Théâtre Le Public.

Rosalia Cuevas est éblouissante dans le rôle de cette femme dévorée par le désir, tandis que Patrick Descamps oscille brillamment entre amour et haine, rage et désespoir. Grandiose !

Mesure pour mesure

Palais des Beaux-Arts de Charleroi.

Dans une Vienne où tout est permis, le duc Vincentio confie la régence au seigneur Angelo et part en voyage. En fait, il se déguise en moine pour observer et manipuler son entourage. Philippe Sireuil monte avec brio cette comédie complexe de Shakespeare, portée par Philippe Jeusette, André Baeyens, Céline Rallet et toute une étonnante distribution.

Miouzz.com

Espace Delvaux.

Trois comédiens et trois musiciens - les Extincteurs - répondent aux spectateurs qui leur lancent en pâture un thème verbal ou un genre musical.

1914, le grand cabaret

Sous chapiteau, Soignies.

Le récit et le jeu nous ont paru trop fragiles, malgré les intentions douces des Baladins du Miroir : mêler la douleur de la Première Guerre mondiale à la dure vie d'un cabaret sans le sou, glisser vers un cinéma à la Méliès et mettre en musique le tout, pour dépeindre nos rêves humains, notre lutte pour un monde meilleur. La scénographie est magique, le film qui conclut est épatant. Le charme pourrait opérer si la direction d'acteurs donnait une vraie fermeté à l'ensemble.

Monsieur Ibrahim

et les fleurs du Coran

Ferme de Martinrou, Fleurus.

Mis en scène par Olivier Massart et interprété par Michel Kacenelenbogen, ce troisième volet de La trilogie de l'invisible est un nouvel hymne à la vie signé par Eric-Emmanuel Schmitt.

Oscar et la dame rose

Palais des Beaux-Arts.

La grande Jacqueline Bir reprend une nouvelle fois le rôle de Mamie Rose, pleine de tendresse face à Oscar, un petit garçon leucémique. Un grand moment d'émotion et d'humanité, joué sans chi-chi, à voir sans rechigner.

Oups

Atelier 210.

Aidée d'une dizaine d'auteurs belges, Laurette Goosse incarne autant de femmes loufoques, de l'astrologue intégriste à la plombière en chaleur. Humour et dérision !

Peines d'amour perdues

Théâtre Jean Vilar, Louvain-la-Neuve.

La chasteté vouée à l'étude peut-elle résister une minute au charme d'un quatuor de jolies filles ? Bien sûr que non, répond Shakespeare, joyeusement grivois. A sa suite, Armand Delcampe veut rire aussi, mais sa direction d'acteurs, inégale, peine un peu dans les méandres d'une farce poussive. Avec ses 17 comédiens, ce spectacle n'en a pas moins l'ambition d'une fête populaire, ce qui est respectable.

Plus vite que tes yeux

Maison de la culture d'Arlon.

Bashkim Topojani, 29 ans, breakeur, livre un autoportrait fulgurant. Son solo mêle danse de rue, images vidéo, mixage et confession blagueuse d'un garçon venu du Kosovo avec des questions plein la tête. Cette introspection pourrait être exploitée plus profondément, mais le spectacle nous met déjà sur la tête.

Psy cause toujours...

je t'intéresse

Théâtre 140.

Le théâtre français de la Grange aux Quatre Vents réunit des acteurs autistes et des acteurs professionnels. Un regard inattendu sur des jeunes gens qu'on croyait coupés du monde. Ce spectacle s'avère une vraie leçon de choses, malgré quelques faiblesses dans le jeu des comédiens... professionnels !

Reflets d'Ulysse

Théâtre Varia.

Bud Blumenthal mêle depuis longtemps une certaine recherche technologique à une danse fluide et ouverte. Créés en 2003, ses Reflets d'Ulysse s'inspirent du célèbre mythe et de l'oeuvre de James Joyce. Une chorégraphie qui se déploie dans l'espace et touche essentiellement par la simple magie du geste, de l'interaction des corps, de la relation avec l'image filmée et avec la lumière, magistralement utilisée.

Si c'est chanté,

c'est pas perdu

Maison de la culture de Tournai.

Des textes qui lèvent les révolutions, des poèmes qui réveillent la mémoire des résistances, des chants d'espoir de tous pays, de tout temps. Guy Pion les a choisis, organisés, en un spectacle mis en scène par Charles Cornette et en notes par Pascal Charpentier et ses musiciens. Trois voix, belles, chaudes (Delphine Gardin, Roberto Cordova et Guy Pion) pour un spectacle dont l'émotion soulèverait des montagnes.

Tennis party

(et autres parties)

Théâtre de l'L.

Cinq solitaires se rencontrent à une soirée, sur un court de tennis, au bord d'une piscine. Tentatives d'approche, de séduction, comédie du faux-semblant et de la dissimulation. Laure Bourgknecht renouvelle le genre avec un texte qui fait mouche et une mise en scène pleine de trouvailles sonores, visuelles, gestuelles. Le tout servi par cinq comédiens incroyables de naturel. Dans le cadre des « Giboulées ».

Tous coupables

Théâtre de la Toison d'Or.

Sexe et pouvoir. Le couple a la dent dure. Le Panach'Club nous parle d'amour au travail. Un bureau est prétexte à des scènes délirantes, écrites à six mains par les jeunes acteurs. Il y a du Monty Pythons là dessous, mais la caricature prend souvent le pas sur le sujet.