NOUS N'AVONS VU AUCUN REFUGIE, NI VIVANT, NI MORT

AFP; BELGA

Page 10

Vendredi 25 avril 1997

«Nous n'avons vu aucun réfugié, ni vivant ni mort»

Le camp de Kasese, dans la zone contrôlée par les rebelles zaïrois, est vide. Dimanche, 55.000 réfugiés y étaient toujours. Où sont-ils ?

A Kasese, nous n'avons trouvé aucun réfugié, vivant ou mort. Le coordinateur régional du Programme alimentaire mondial (PAM) était atterré hier, à son retour de ce camp de réfugiés de l'Est du Zaïre, qui abritait pourtant jusqu'à dimanche quelque 55.000 personnes. Le problème n'est pas ce que nous avons vu, mais ce que nous n'avons pas vu.

Avec d'autres responsables onusiens, notamment, il s'est rendu à Kasese, où des informations non confirmées faisaient état de la fuite des réfugiés et de combats entre les rebelles et des miliciens hutus rwandais. Depuis dimanche, les organisations humanitaires n'avaient pas eu accès aux réfugiés.

LES B ACHES AUSSI ONT DISPARU

Quand la mission était présente à Kasese, à 25 km au sud de Kisangani, des coups de feu ont retenti. L'escorte procurée par les rebelles zaïrois, maîtres de la région, a conseillé à la mission de retourner à Kisangani plutôt que de continuer vers le sud, comme elle y avait été autorisée.

La mission n'a même trouvé aucune trace de la présence des réfugiés. Leurs bâches de plastique ont également disparu. De la clinique où étaient hospitalisés les malades du choléra, il ne reste que la structure. Il y avait dans cette clinique des malades qui ne pouvaient pas bouger et n'ont donc pas pu s'enfuir avec les autres. Mais les membres de la mission n'ont pas non plus vu de cadavres ou de traces de possibles fosses communes. Le porte-parole à Nairobi du HCR a cependant indiqué que les membres de la mission avaient vu un tas de terre fraîchement remuée. Mais lorsqu'ils se sont dirigés vers ce monticule, les coups de feu se sont faits plus nourris, les empêchant d'approcher. Le responsable du PAM a vu sur le sol des douilles et des bandes de mitrailleuses. Mais pas de sang.

L'affaire a suscité de nombreuses réactions. Sans attendre d'autres précisions, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a accusé les rebelles de tuer les réfugiés en les affamant, se déclarant choqué et horrifié par le manque d'humanité de ceux qui contrôlent l'Est du Zaïre à l'égard des réfugiés. Les Etats-Unis ont fait part de leur profonde inquiétude devant les informations sur des massacres de réfugiés. La France et l'Allemagne se sont déclarées choquées par le traitement infligé aux populations en détresse dans l'Est du Zaïre.

RELÈVE À BRAZZAVILLE

La Belgique a elle aussi réitéré son inquiétude à l'égard du sort des réfugiés de l'Est du Zaïre et demandé l'accès à Kisangani pour une de ses missions humanitaires. Une mission belge d'identification des besoins humanitaires a été envoyée dans la région par le gouvernement belge mais attend depuis une semaine les autorisations nécessaires pour se rendre à Kisangani, a indiqué le ministère belge des Affaires étrangères.

De son côté, Amnesty International a indiqué qu'environ 80.000 réfugiés au sud de Kisangani se trouvaient dans un état d'épuisement général à la suite de famine ou de maladie. Amnesty International demande que le monde envoie aux rebelles un message clair leur indiquant qu'ils sont responsables d'un génocide.

Devant cette avalanche d'accusations, les rebelles tentent d'attribuer la responsabilité des massacres aux anciens miliciens hutus rwandais, qui se trouveraient parmi les réfugiés.

Mais cette polémique humanitaire ne semble en rien retarder leur avancée. Outre les villes de Ilebo et de Tchikapa dans le Kasaï occidental, qu'ils ont prises sans avoir livré de combats, les rebelles ont annoncé la chute de Boembe, dans la province de l'Equateur, à 800 km au nord-est de Kinshasa.

L'armée belge, de son côté, a entamé un pont aérien entre Bruxelles et Brazzaville pour relever son contingent de quelque 700 militaires dépêché au Congo afin de préparer une éventuelle évacuation des ressortissants belges du Zaïre.

A ce propos, le chef de groupe SP à la Chambre, Louis Vanvelthoven, a mis le ministre de la Défense Jean-Pol Poncelet en garde. Le ministre des Affaires étrangères dit que la situation au Zaïre est explosive et vous maintenez des troupes en Afrique Centrale qui pourraient être appelées à intervenir à Kinshasa. Faites attention. Dans cinq ans, vous pourriez vous retrouver devant une commission d'enquête parlementaire, à l'instar de ce qui se passe actuellement au Sénat à propos des événements au Rwanda, a-t-il lancé à la Chambre, déplorant que la présence de troupes à Brazzaville encourage les expatriés belges à rester au Zaïre.

Le ministre Poncelet a renvoyé la question : Devons-nous retirer nos troupes alors que la situation devient explosive ? (D'après AFP et B.)