Nouveaux nuages sur Rome et Madrid

THOMAS,PIERRE-HENRI; AFP

Mardi 26 juin 2012

Crise de l’euro Les marchés plongent : la Bourse espagnole perd 3,6 % et l’italienne 4 %

Les obus n’arrêtent pas de tomber sur le front bancaire européen. Ce lundi, alors que le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a officiellement demandé l’aide – sans toutefois mentionner de montant – de la zone euro pour sauver son système bancaire, les banques espagnoles et italiennes étaient dans le collimateur des marchés. Ce qui faisait plonger les Bourses de Milan (-4,02 %) et de Madrid (-3,6 %).

Lundi en fin de soirée, l’agence de notation Moody’s a annoncé qu’elle abaissait d’un à quatre crans la note de long terme de 28 banques espagnoles et de deux émetteurs de crédit. Une décision qui fait suite à la dégradation de la note de l’Etat espagnol voici quelques jours.

Aujourd’hui en effet, l’état de santé des banques et celui de l’État sont étroitement liés : l’État soutient les banques en y injectant (indirectement, via un fonds ad hoc) du capital, mais avec cet argent, les banques achètent entre autres des obligations de l’État. Mais si les marchés se méfient de l’Etat espagnol, la valeur de ces obligations baisse, et les banques espagnoles accusent des pertes latentes importantes sur leur portefeuille obligataire et des pertes réelles sur leur portefeuille de crédit puisque l’économie va mal. Ce qui vient ronger leurs fonds propres, et du coup, renforce la nécessité d’une intervention de l’Etat. Un cercle infernal.

Spirale infernale

Cette spirale est également partiellement à l’œuvre en Italie. Même si ce pays, contrairement à l’Espagne, ne souffre pas d’une crise immobilière majeure et que son système bancaire apparaît sensiblement plus solide que dans la péninsule ibérique.

Mais ce lundi, on a appris que la plus vénérable institution italienne, la Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS), négociait avec l’Etat italien une injection de capital. BMPS – qui a été fondée en 1472, ce qui en fait la plus ancienne banque encore en activité dans le monde – doit trouver 3,3 milliards d’ici la fin du mois de juin pour atteindre un ratio de fonds propres durs de 9 % et se mettre ainsi en conformité avec les exigences du gendarme bancaire européen (EBA).

La banque siennoise, qui avait accusé une perte de 4,7 milliards d’euros en 2011, souffre de quatre maux qui la fragilisent.

Un portefeuille de mauvais crédits plus important et moins provisionné que dans les autres banques italiennes. Deux, un portefeuille d’obligations de l’Etat italien qui a perdu de la valeur. Trois, la relative impuissance de son actionnaire principal, la Fondazione Monte dei Paschi, qui souffre d’un endettement important. Quatre, BMPS avait déjà été recapitalisée à hauteur de 1,9 milliard par l’État italien en 2009 via l’émission d’obligations réservées à l’État italien (des Tremonti Bonds) sur lesquels la banque devra payer un intérêt plus important à partir de l’an prochain.

La banque envisagerait donc, selon le quotidien La Repubblica, de faire appel à l’aide de l’Etat à hauteur d’un milliard d’euros pour se mettre en conformité avec les nouvelles règles en matière de fonds propres.