NUCLEAIRE : LA TRANSPARENCE FRANCAISE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE TOUJOURS AUSSI MOBILISEE
AFP
Page 6
Jeudi 27 juillet 1995
Nucléaire : transparence française
Baisse de popularité et émoi international poussent la France à s'expliquer sur la reprise des essais.
La France est passée à la contre-attaque devant l'émoi international provoqué par la reprise prochaine de ses essais nucléaires et le responsable militaire de ce programme a qualifié de «tintamare» les critiques entendues notamment dans la région du Pacifique. La baisse de popularité du Premier ministre Alain Juppé et du président Jacques Chirac, enregistrée dans les sondages ces dernières semaines, a peut-être également provoqué cet effort de transparence sans précédent.
Dans sa première intervention de cette nature, le général Paul Véricel, directeur des Centres d'essais nucléaires français, a défendu sur le site de Mururoa, devant un groupe de journalistes français et étrangers, la décision du président Jacques Chirac de procéder à une dernière campagne de sept à huit essais entre septembre prochain et mai 1996. Le groupe de journalistes a pu visiter les atolls de Mururoa et de Fangataufa - et pénétrer dans les installations d'où seront conduits les essais -, pour la première fois depuis le moratoire sur les essais décidé par le président François Mitterrand en 1992. On nous a fait un mauvais procès, a affirmé le général Vericel.
MURUROA AU BOUT DU MONDE
Rejetant les arguments avancés par les mouvements écologistes, comme Greenpeace, et les gouvernements de la région inquiets d'éventels effets nocifs sur l'environnement, il a martelé : On ressasse des lieux communs, des contre-vérités honteuses. C'est de la désinformation. Il a accusé les gouvernements les plus hostiles à la reprises des essais, dans le Pacifique mais aussi en Europe, d'avoir des intentions politiciennes et de chercher à se garantir le soutien de leurs propres partis ou organisations d'écologistes. Nous sommes ici au milieu du plus grand désert de la planète, a-t-il souligné en rappelant qu'il faut près de 24 heures d'avion pour venir de Paris à Mururoa et que l'Europe est à trois semaines en bateau.
Nous sommes très loin des autres grandes nations du Pacifique. La Nouvelle-Zélande considère que nous sommes dans son arrière-cour mais elle est tout de même à 4.750 km, a-t-il assuré. Dans un rayon de 1.000 km vivent seulement 5.000 habitants, a encore expliqué le général Véricel.
Au sujet d'éventuels effets polluants des essais, il a indiqué que les résultats d'exercices d'intercomparaison réalisés par sept laboratoires, en majorité étrangers, allaient être rendus publics sous peu par l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) de Vienne et son laboratoire marin de Monaco. La France soutient que les essais conduits à plusieurs centaines de mètres sous les lagons de Mururoa ou de Fangataufa n'ont aucun effet sur le niveau de radioactivité des eaux ou de l'air de la région.
CRÉDIBILITÉ DE LA DISSUASSION
Le responsable des essais nucléaires a également rejeté l'idée que les essais de la France pouvaient encourager la prolifération. Les puissances qui prolifèrent le font sans essais, a-t-il souligné.
Il a affirmé que contrairement à la conception du président Mitterrand, la France avait besoin d'une série finale d'essais pour garantir la crédibilité de sa dissuasion. Les experts militaires français considèrent que la prochaine ogive nucléaire prévue pour entrer en service en 1996 aurait pû se passer d'un dernier essai, mais assurent que celle qui, dans vingt ans, devra garantir la dissuasion de la France ne pourrait pas être élaborée sans eux. Les essais de la prochaine campagne doivent également permettre de donner une base d'analyse des résultats de la simulation à venir.
Dans ce domaine, la France est beaucoup moins avancée que les États-Unis et devra notamment achever la construction d'un laser Mégajoul dont la puissance lui permettra de reproduire en laboratoire la chaleur émise par une explosion nucléaire. Le général Véricel a expliqué en conclusion que la France doit avoir les moyens de protéger ses « intêrets vitaux» par la dissuasion nucléaire : On ne peut pas faire de l'angélisme. Rien ne nous pousse à l'optimisme, a-t-il dit. (D'après AFP.)
La communauté internationale
toujours aussi mobilisée
En Belgique, le ministre des Affaires étrangères, Eric Derijcke, a expliqué à son homologue français, Hervé de Charette, pourquoi le gouvernement belge était opposé à la reprise des essais nucléaires : intervenant dans la foulée de la Conférence de New York sur la non-prolifération des armes nucléaires, le moment de cette décision ne pouvait être plus mal choisi. Reprendre les essais maintenant serait contraire à l'esprit de la conférence, a estimé le ministre. M. Derijcke a conclu en appelant la France à renoncer aux essais nucléaires.
Au chapitre des réactions japonaises aux essais français, très nombreuses depuis le début de cette crise, il faut noter la décision des trois partis au pouvoir de citer la France et la Chine dans une résolution qui doit être adoptée au Parlement pour appeler à une interdiction des essais nucléaires. Le gouvernement de coalition du Premier ministre Tomiichi Murayama prévoit d'autre part de soumettre un projet de résolution à l'Assemblée générale des Nations unies en septembre. M. Murayama avait déjà fait convoquer la semaine dernière l'ambassadeur de France à Tokyo, afin de réitérer la demande du Japon pour que le président Jacques Chirac revienne sur sa décision de reprendre une série limitée d'essais. Le pouvoir politique nippon, très actif dans sa campagne anti-essais, est suivi par la population qui est aujourd'hui à 5,8 % hostile à la France, alors que les sentiments anti-français n'avaient jamais dépassé 1 % jusqu'à présent.
La décision de Jacques Chirac coûte cher aux entreprises françaises car, outre le boycott des produits français un peu partout dans le monde, le gouvernement néo-zélandais a suspendu un contrat de 12 millions de dollars américains portant sur l'achat de missiles français air-sol portables. Le processus d'achat des missiles de la firme Matra-Hachette n'a néanmoins été que gelé car la proposition française était la meilleure.
Contrairement à cette avalanche de réactions négatives, l'ancien ministre français des Relations extérieures, Claude Cheysson, n'est pas opposé à la reprise des essais nucléaires. Maintenant que la nécessité en a été déclarée, les essais complémentaires de Mururoa doivent avoir lieu, a-t-il estimé. (D'après AFP.)
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