JENNOTTE,ALAIN
Mardi 2 septembre 2008
P.32
La Belgique affirme qu’elle sera présente au rendez-vous de novembre prochain, tant avec des contenus numériques de la Bibliothèque royale que d’apports de la Région flamande et de la Communauté française. « Il ne s’agit pas uniquement de mettre en ligne des manuscrits du XVIe siècle, même s’ils seront évidemment présents eux aussi, insiste Alain Goossens, en charge du projet de numérisation de la Bibliothèque royale. Nous allons, dès l’ouverture de l’Europeana, nous efforcer d’y apporter plusieurs centaines de milliers de pages de contenu extrêmement diversifié, et notamment d’anciennes collections de journaux que nous avons numérisées ».
En juin dernier, la « Royale » annonçait le lancement, avant la fin de l’année, de son propre portail en ligne Belgica, qui permettra de faire connaître gratuitement au grand public les trésors qui sommeillent sur ses étagères.
Double emploi avec l’Europeana ? « Absolument pas, plaide Alain Goossens. Tout comme la France, avec sa bibliothèque virtuelle Gallica et bien d’autres pays, la Belgique a entamé un long et coûteux processus de numérisation. L’Europeana ne sera pas seulement un immense réservoir de fichiers numériques. Elle viendra aussi moissonner – c’est le terme consacré – toutes les données descriptives que nous associons à chaque livre numérisé sur notre site, pour les rendre accessibles à ses visiteurs ».
Ainsi, les visiteurs qui utiliseront le moteur de recherche de l’Europeana seront, à l’occasion, renvoyés vers le site de la Bibliothèque royale pour y consulter un ouvrage. Plus les bibliothèques virtuelles donneront à d’autres portails l’opportunité de venir « moissonner » les données descriptives de leurs contenus numériques, plus leur visibilité sera renforcée sur le Net.
Reste à déterminer pour qui et pour quoi l’Europe débourse une fortune en numérisation. Récemment, la commissaire européenne à la Société de l’information, Viviane Reding, se réjouissait qu’avec l’Europeana, un étudiant tchèque puisse consulter les ouvrages de la British Library sans aller à Londres, tout comme un amateur d’art irlandais pourrait admirer la Joconde sans subir les files d’attente du Louvre.
En matière d’éducation et d’accès pour tous à la culture, l’idée est séduisante. Et pour des milliers de chercheurs de toutes disciplines, c’est la promesse de décupler les sources d’information.
Mais certains observateurs se demandent déjà si cette politique européenne de réplique à Google s’est suffisamment doublée d’une réflexion sur la pérennité et l’accessibilité du patrimoine dans le monde numérique. Et si elle sera capable de communiquer le désir de ne pas « consommer » Byron ou Poussin exclusivement derrière son écran.
Pour François Mairesse, le directeur du musée royal de Mariemont, « L’Europeana, c’est bien plus que du livre puisque l’objectif est d’y mêler un éventail d’objets différents ». D’où l’importance stratégique, pour la Communauté française, d’associer très tôt les musées à la réflexion sur la bibliothèque numérique européenne. Malgré des moyens financiers souvent dérisoires. « L’objectif de Mariemont était d’entrer au plus vite dans un cycle de numérisation », poursuit François Mairesse.
L’institution de la Communauté française s’active à mettre en ligne un catalogue de plusieurs milliers d’autographes, parmi lesquels des manuscrits de Beethoven et une lettre de Rembrandt. Mais au-delà de collections qui peuvent toucher un très large public, Mariemont cible également un public scientifique bien plus pointu. « Nous numérisons notre collection de cinq mille tessons mérovingiens. Cela n’intéressera évidemment pas tout le monde mais en revanche, c’est une mine bientôt accessible pour des chercheurs du monde entier ».
Pour la Communauté française, la numérisation pose des défis spécifiques. « Là où la Bibliothèque royale est très centralisée, nous devons prendre en compte le patrimoine de 350 institutions réparties en 2.300 endroits, explique Evelyne Lentzen, déléguée générale à la préservation et à l’exploitation des patrimoines. Le musée de la fraise, à Wépion, n’a ni les mêmes contenus ni les mêmes projets que la bibliothèque de Tournai ou la RTBF ».
Malgré des moyens modestes, la Communauté française a des ambitions. « L’Europeana aura un côté parfois très statique d’accumulation de contenus numériques. Nous voudrions valoriser ces contenus de manière telle que les gens qui les découvriront puissent se les réapproprier de façon active ».